Aphrodite’s Child – It’s Five O’Clock – 1970

Aphrodite’s Child pose le tempo lent d’un monde en veille avec « It’s Five O’ Clock » en 1970.

Un réveil bloqué à cinq heures pile

1970. Le groupe Aphrodite’s Child sort un 45 tours figé dans une seule heure. « It’s Five O’ Clock ». Une pièce vide. Une voix posée. Un piano qui refuse l’élan. Le morceau est extrait de l’album du même nom paru l’année précédente. Mais ici, il devient un signal seul. Le texte est signé Richard Francis. Il tient sur une observation : rien ne bouge. Demis Roussos chante sans vibrato. Il suit une ligne. Vangelis resserre l’arrangement. Pas d’explosion. Pas de montée. Juste une durée.

Le single sort en février 1970. Il devient un tube en Italie. La version « L’ora dell’amore » passe en boucle. Il entre dans les classements en France et Espagne. La chanson s’impose lentement. Elle est diffusée, reprise, installée. Elle devient un repère. En face B, « Funky Mary ». Une rupture nette. Rythme tranchant. Batterie dure. Deux titres opposés. Une même date.

Le groupe a déjà imprimé sa marque. Un an plus tôt, « I Want To Live » avait imposé une tension nue. Ici, la démarche se prolonge. Le minimalisme devient méthode. Le silence devient structure. Vangelis construit. Roussos pose. Sideras cadre. L’ensemble tient sans forcer. Mais il tient fort.

Ce disque est un jalon. Une suspension nette. Une dernière ligne fixe avant la rupture de 666.

A – It’s Five O’ Clock

« It’s Five O’ Clock » débute par un piano. Puis la voix entre. Elle tient. Elle glisse. Elle raconte l’heure qui passe sans rien dire. Le texte est signé Richard Francis. Il évoque une chambre, un matin sans mouvement. L’arrangement est lent. Le titre est enregistré à Paris. Produit dans la continuité des sessions de l’album.

Sorti en février 1970, le morceau devient numéro un en Italie. Il s’impose aussi en France, en Espagne et dans plusieurs pays d’Europe. Il est repris en italien sous le titre « L’ora dell’amore ». Il devient un classique du groupe. Il figure sur toutes les compilations. Il est interprété dans les concerts solo de Demis Roussos. Il reste associé à son timbre. Et à son regard posé hors champ.

« Funky Mary » tranche avec la face A. Basse saturée. Batterie heurtée. Guitare en avant. Le morceau est signé Vangelis et Lucas Sideras. Le chant est plus brut. L’ambiance plus sèche. Pas de transition. Pas de pause. Une montée directe.

Ce titre n’a jamais été édité en single isolé. Il reste attaché à la face A. Il complète le disque. Il confirme que le groupe travaille sur deux tons. Le calme et la rupture. Le morceau est utilisé dans certains concerts du groupe. Mais rarement repris après. Il marque pourtant une intention. Une tension. Une limite.

Aphrodite’s Child ralentit le temps juste avant de le faire exploser.

Aphrodite’s Child naît en 1967 à Athènes. Evangelos Papathanassiou, Demis Roussos, Lucas Sideras et Silver Koulouris. Le coup d’État militaire pousse trois d’entre eux à quitter le pays. Koulouris reste sous la contrainte du service militaire. Les autres rejoignent Paris. Là, ils enregistrent « Rain and Tears ». Le succès est immédiat.

En 1969, ils sortent « End of the World », puis « I Want To Live ». En février 1970, le single « It’s Five O’ Clock » sort en France. Le morceau est extrait de l’album du même nom. La chanson est reprise en italien, en espagnol, en allemand. Elle devient une signature du groupe. Elle est interprétée jusqu’à la fin de la carrière solo de Demis Roussos.

Phase de transition

Le disque s’inscrit dans une phase de bascule. Le groupe entre en studio pour un projet plus vaste. Ce sera « 666 ». Koulouris les rejoint. L’album est enregistré à Londres. Mais la publication sera retardée. Elle n’aura lieu qu’en 1972. À ce moment-là, le groupe est dissous. Les tensions internes ont eu raison de l’unité.

Demis Roussos devient une star. Il vend des millions de disques. Il chante en cinq langues. Vangelis devient compositeur pour le cinéma. Il signe Chariots of Fire, Blade Runner, 1492. Sideras poursuit en solo, plus discrètement. Le groupe ne se reformera jamais.

« It’s Five O’ Clock » reste. Il est diffusé dans les hommages. Il traverse les décennies. Il tient dans un souffle lent. Une chambre vide. Et une horloge qui ne répond plus. À écouter seul. D’un trait.

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