Un orage grec traverse Paris et inonde l’Europe
Mai 1968. Tandis que les pavés volent à Paris, quatre musiciens grecs posent leurs valises dans une capitale figée par la grève. Ils s’appellent Evangelos Papathanassiou, Demis Roussos, Loukas Sideras et Silver Koulouris. Leur groupe : Aphrodite’s Child. Leur projet initial : rejoindre Londres. Mais le blocus de mai les empêche de poursuivre. Ils restent. Et ils enregistrent.
Le morceau s’intitule « Rain and Tears ». Il s’appuie sur le canon de Pachelbel, réarrangé par Vangelis. Le texte est signé Boris Bergman. Une seule strophe, un refrain. Enregistré à Paris dans un climat de tension, il capte l’ambiance d’une époque bouleversée. La voix haute de Demis Roussos traverse la bande. Il chante la pluie, les larmes, les saisons mêlées. Un air ancien, un chant neuf. Un contraste qui bouleverse.
Aphrodite’s Child est encore inconnu. Mais dès la sortie du disque, tout s’emballe. Le titre grimpe dans les charts français, puis européens. Il devient numéro un dans plusieurs pays : France, Italie, Allemagne, Pays-Bas, Autriche. Il se vend à plus d’un million d’exemplaires. Il est repris en allemand, en italien, en espagnol. Sur les plateaux de télévision, le groupe détonne : chemises fleuries, accents méditerranéens, voix angéliques. À l’ORTF, le titre est chanté en direct.
La musique est baroque. Le son est brut. L’accueil est immédiat. « Rain and Tears » s’impose comme un ovni sonore. Il précède « I Want to Live » et « It’s Five O’Clock », autres succès du groupe. Mais ici, c’est la naissance. Le moment suspendu. Une pluie qui annonce l’orage. Et un disque qui ne passe pas. Il s’installe.