Charlélie Couture – Comme Un Avion Sans Aile – 1981

L'idole nancéenne révèle son talent universel avec son 45 tours

Charlélie Couture débarque dans le paysage musical français au tournant des années 1980 avec un parcours déjà riche d’expériences artistiques multiples. Né à Nancy en 1956, ce fils d’un ancien résistant déporté et d’une professeure de français grandit dans un environnement familial où l’art occupe une place centrale. Son père Jean-Pierre Couture, qui fut torturé et déporté dans les camps de Buchenwald et Dora avant de devenir professeur aux Beaux-Arts puis antiquaire, transmet à son fils une sensibilité artistique précoce. Sa mère Odette Michel, qui enseigna le français aux États-Unis avant de rejoindre la boutique familiale, complète cette éducation cosmopolite qui marquera profondément l’artiste.

Des Beaux-Arts à la révélation musicale

Dès l’âge de douze ans, une exposition de peintres dadaïstes visitée avec son père provoque chez Charlélie Couture une révélation. Cette vocation précoce le mène naturellement vers l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Nancy, où il développe sa théorie du multisme, concept qui consiste à trouver des interconnexions entre les différentes formes d’expression artistique. Sa grand-mère, professeure de piano, l’initie parallèlement à la musique classique dès l’âge de six ans, créant ainsi les fondements de sa future carrière musicale. En 1978, pour sa thèse de fin d’études sur la polymorphie de l’esprit, il présente photos, textes et peintures tout en autoproduisant ses deux premiers disques 12 chansons dans la sciure et Le Pêcheur, qui attirent l’attention des professionnels.

L’envol vers Island Records

L’été 1980 marque un tournant décisif dans la carrière de Charlélie Couture. Lors d’une prestation au Café de la Gare à Paris, en clôture du spectacle de Coluche, un mystérieux spectateur filme sa performance. Par un concours de circonstances extraordinaire, cette vidéo parvient jusqu’à Chris Blackwell, le légendaire producteur de U2 et Bob Marley. Séduit par ce jeune poète français à la voix si singulière, Blackwell lui propose de rejoindre sa prestigieuse écurie internationale. En 1981, Charlélie Couture devient ainsi le premier artiste français signé sur le mythique label anglo-américain Island Records. Cette même année, il fonde à Nancy le groupe Local à Louer, associant photographes, peintres et poètes, et publie le Manifeste de l’Art rock où il écrit que l’Art doit faire la jonction entre le fonctionnalisme de la société industrielle et les aspirations de la culture pop.

Le succès de Poèmes rock

Neuf mois après sa signature chez Island Records, le succès arrive avec l’album Poèmes rock enregistré au mythique Electric Lady Studio de New York. Cet opus, produit par Michael Zilkha, révèle un artiste aux multiples facettes dont l’œuvre protéiforme constitue un voyage conceptuel autour de la question de l’Existence. L’album devient rapidement disque d’or et vaut à Charlélie Couture le Bus d’Acier en 1982, consacrant ainsi ce quatrième album comme un épisode majeur de l’histoire du rock français. Le magazine Rolling Stone classera d’ailleurs plus tard Poèmes rock parmi les 22 meilleurs albums de rock français.

A – Comme Un Avion Sans Aile

Comme un avion sans aile surgit dans le paysage musical français comme une révélation. Cette chanson extraite de l’album Poèmes rock devient immédiatement le premier grand succès de Charlélie Couture, celui qui le fait découvrir par le grand public. Sortie juste avant l’été 1981, elle s’impose rapidement comme le slow de la saison, portée par ses allures de romance échevelée qui fleurent bon l’enthousiasme et l’envie de vivre malgré les obstacles.

La chanson arrive au moment parfait dans l’histoire française. Elle colle parfaitement avec l’idée de changement insufflée par l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir et l’explosion des radios libres dans le paysage audiovisuel. Ce titre symbolise cette époque de transformation, d’ouverture et de renouveau culturel. Sur le plateau de l’émission Champs-Élysées en 1982, Charlélie Couture, alors âgé de 25 ans, détonne dans le paysage musical avec son style poétique, son timbre étrange de bluesman et son look à nul autre pareil.

Une mélodie universelle

La mélodie de Comme un avion sans aile est souvent comparée à celle de No Woman, No Cry de Bob Marley, révélant l’influence caribéenne qui traverse l’œuvre de Charlélie Couture. Cette parenté musicale n’est pas anodine, elle témoigne de l’ouverture artistique et de l’universalité du message porté par cette chanson d’amour magnifique. Le titre trouve rapidement sa place dans le cœur du public français et marque durablement l’époque, devenant l’un des tubes emblématiques des années 1980. Plus tard, la chanson sera reprise en duo par Charlélie Couture et Stephan Eicher dans l’émission Taratata en 1994, puis par Philippe Katerine dans son album 52 reprises dans l’espace en 2011, confirmant son statut de classique intemporel.

Oublier révèle une autre facette du talent de Charlélie Couture, celle du chroniqueur social au regard acéré. Cette face B de Comme un avion sans aile déploie un tableau sans concession de la société française du début des années 1980. Le texte dresse un portrait impitoyable des travers de l’époque, évoquant les penseurs blasés, les machos bronzés avec leurs filles coincées, les amours largués qui s’endorment au café, et tous ces fonctionnaires qui s’ennuient même en vacances.

La chanson fonctionne comme un manifeste de liberté, un cri de refus face à l’asphyxie urbaine et sociale. Charlélie Couture y exprime sa volonté de ne pas s’enliser dans cette “ville asthmatique” où les piétons paniquent et où l’on s’écrase “comme un pneu dans la vase”. Le refrain lancinant “Oublier, oublier, oublier, oublier” devient une injonction salvatrice, un appel à l’amnistie du passé pour mieux renaître. Cette chanson confirme la facilité de Charlélie Couture à détourner les mots de façon inattendue et à tisser d’insolites images, révélant déjà le style unique qui caractérisera toute son œuvre future. Oublier s’impose ainsi comme un morceau emblématique du regard lucide que porte l’artiste sur son époque, mêlant tendresse et cruauté dans une poésie urbaine saisissante.

Charlélie Couture, figure solaire des années yéyé

Le succès de Comme un avion sans aile propulse Charlélie Couture au premier rang de la scène musicale française. L’album Poèmes rock lui vaut une reconnaissance critique unanime et plusieurs récompenses prestigieuses, dont le Prix de l’Académie Charles-Cros en 1989 et une nomination aux Césars en 1984 pour la bande originale du film Tchao Pantin de Claude Berri. Cette incursion dans la musique de film révèle encore une nouvelle dimension de son talent, donnant un poids tragique supplémentaire à la composition de Coluche.

L’épanouissement artistique

Les années suivantes voient Charlélie Couture explorer toutes les facettes de sa créativité multidisciplinaire. Il enchaîne les albums avec Quoi faire, puis Underground et Bâtards sensibles, consolidant sa position d’artiste incontournable. Ses concerts au Palais des Sports puis à l’Olympia en 1983 marquent sa consécration critique et publique, suivie d’une tournée internationale qui confirme son rayonnement au-delà des frontières françaises. Fin 1987, il sort Solo Boys, suivi l’année suivante par Solo Girls, concept original qui donnera lieu à des spectacles thématiques aux Folies Bergères : une soirée pour les hommes, une autre pour les femmes, puis une troisième pour les couples.

L’exploration du multisme

Parallèlement à sa carrière musicale, Charlélie Couture développe ses activités d’artiste plasticien. Il expose régulièrement en France, Belgique et Suisse, créant des logos comme celui de la région Lorraine, concevant des montres et développant même une collection de chaussures. Pionnier du web, il fait partie des mille premiers adeptes d’Internet et crée en 1996 Les champs paraboliques, son site personnel qu’il fait évoluer comme un nouvel espace de création numérique. Cette approche avant-gardiste témoigne de sa volonté constante d’explorer les nouvelles formes d’expression artistique.

L’exil new-yorkais et le retour

En 2003, un incident lors d’un concours pour l’aménagement de la DRAC d’Amiens pousse Charlélie Couture à s’expatrier. Arrivé en finale, son projet est rejeté avec mépris dès que le jury découvre son identité de chanteur, ne retenant que ce statut au détriment de ses qualités d’artiste plasticien. Cet événement, qu’il qualifie de “négation de tout ce qu’il avait tenté depuis toujours”, le décide à partir s’installer à New York avec sa femme Annie et leurs deux filles Shaan et Yamée. Il y développe librement sa peinture et son art, créant en 2009 sa propre galerie The Re Gallery à Manhattan et obtenant la double nationalité américaine en 2011. Après quinze années d’exil volontaire, la dégradation du climat politique aux États-Unis l’amène finalement à revenir en France en 2018, où il continue de créer entre Paris et la campagne lorraine, confirmant son statut d’artiste “multiste” accompli et reconnu.

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