Deux chants posés entre utopie et temps suspendu
En 1968, Charles Aznavour enregistre un 45 tours court, frontal, offert dans une série promotionnelle signée Antar. Deux titres. Au Nom De La Jeunesse en face A. On A Toujours Le Temps en face B. Ce disque ne sort pas dans les bacs classiques. Il est distribué en parallèle, par l’intermédiaire d’une campagne baptisée Antarama 70. Mais le propos, lui, est sérieux. Aznavour parle à une génération. Il dit ce qu’on n’ose pas lui dire. Sans slogan. Sans banderole.
Au Nom De La Jeunesse s’adresse à ceux qui avancent. Ceux qui crient. Ceux qui espèrent encore. Le ton reste calme. Le texte, tendu. La musique, directe. En face B, On A Toujours Le Temps prend l’inverse. Il freine. Il rappelle que le temps n’est pas l’ennemi. Que l’élan, parfois, masque l’essentiel. Deux textes complémentaires. Deux tempos. Deux regards d’un homme sur ce qu’il a été et ce qu’il voit naître. Aznavour ne juge pas. Il transmet.
Ce 45 tours paraît la même année que « Désormais ». À quelques mois d’écart de « Les Plaisirs Démodés » et de « Hier Encore ». La tension entre génération, mémoire et action traverse toute la période. Ce disque-là en offre une version concentrée. Deux morceaux. Deux directions. Un seul homme, entre les deux.