Charles Aznavour – “Et Pourtant” – 1963

Charles Aznavour murmure l’absence sur un 45 tours de 1963.

Un chagrin retenu entre quatre titres

En 1963, Charles Aznavour livre un 45 tours où la douleur ne crie jamais. Le titre phare, Et Pourtant, apparaît dans le film Cherchez l’idole. Une chanson d’adieu. Lente. Dégagée de tout éclat. Aznavour signe le texte, Georges Garvarentz la musique. La rupture s’y fait douce, presque résignée. Le vinyle s’ouvre là. Le reste suit cette ligne, tantôt amère, tantôt désabusée.

Sur cette même face, Le Temps Des Caresses. Un titre court. À peine plus d’une minute. Il évoque un passé tactile, effleuré, déjà loin. La mélodie, simple. Le texte, écrit avec Jacques Peigné, pose les gestes, puis s’efface. Le disque se poursuit sur l’autre face avec deux titres supplémentaires : Si Tu M’emportes et Tu Veux. Deux tentatives d’équilibre, entre soumission et espoir.

Ce EP sort au cœur d’une année riche. Aznavour enchaîne les scènes, les tournages, les enregistrements. Quelques mois plus tôt, il chante « For Me Formidable ». Il prépare aussi « La Mamma ». Mais ici, il s’efface un peu. Il laisse parler le manque, sans jamais l’alourdir.

A1 – Et Pourtant / A2 – Le Temps Des Caresses

Et Pourtant est d’abord écrit pour le film Cherchez l’idole. Mais il dépasse vite l’écran. Charles Aznavour y dit l’attachement au-delà du départ. Il ne cherche pas à retenir. Il constate. Il laisse partir. C’est une chanson dépouillée. Le texte est direct. La musique, signée Georges Garvarentz, suit ce chemin. Paul Mauriat dirige l’orchestre. Tout y est contenu. Rien ne déborde.

Le Temps Des Caresses est placé en second. Court. Économe. À peine chanté, déjà terminé. Jacques Peigné coécrit le texte. Aznavour ne raconte pas, il suggère. Le titre fonctionne comme un interlude. Une image fugace. Quelques mots pour un monde disparu. Le contraste avec le morceau précédent est net. Deux formes de rupture. Deux vitesses.

Si Tu M’emportes ouvre la face B. Charles Aznavour signe seul texte et musique. Il évoque une possible fuite. Un départ à deux. Ou un abandon feutré. Le ton reste ambigu. Pas de promesse. Juste un désir timide. Là encore, Paul Mauriat accompagne. Les arrangements sont sobres. Le texte prend toute la place.

Tu Veux ferme le disque. Dernière tentative. Dernière question. Aznavour y met en scène un dialogue muet. Une demande sans réponse. Un accord bancal. C’est un morceau court, tendu. Tout est suggéré. Rien n’est affirmé. Le disque se referme ainsi. Pas sur un point final. Sur une suspension.

Charles Aznavour décline le manque en quatre temps.

À sa sortie en 1963, Et Pourtant trouve son public. Il devient rapidement un titre marquant. Il sera repris dans de nombreux récitals, intégré aux compilations majeures de Charles Aznavour. Il traverse les décennies, repris par plusieurs artistes à l’international. Aznavour lui-même le chantera jusqu’au bout. À chaque fois, avec le même recul, la même distance.

Les autres titres du disque n’ont pas connu le même retentissement. Le Temps Des Caresses, Si Tu M’emportes et Tu Veux restent discrets. Jamais oubliés, mais peu mis en avant. Ils appartiennent à cette part plus intime du répertoire. Celle que Aznavour n’exhibe pas. Celle qu’il glisse entre deux refrains célèbres.

Ce 45 tours témoigne d’un moment. D’un passage. D’un repli. Quatre titres qui ne crient pas. Qui suggèrent. Qui attendent. Il faut tendre l’oreille pour les entendre encore.

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