Un quartier, une époque, quatre chansons dans un 45 tours
À l’hiver 1965, Charles Aznavour entre en studio pour graver La Bohême. Une chanson sur Montmartre, mais surtout sur l’âge libre. Il ne décrit pas un décor. Il convoque un monde disparu. Celui des nuits longues, des chambres pauvres, des cafés pleins de cris. Le texte, écrit par Jacques Plante, épouse la mémoire. La musique, signée Aznavour, suit la pente du regret calme. Le 45 tours sort chez Barclay, en face A. Trois autres titres l’accompagnent : Aime-moi, Quelque Chose Ou Quelqu’un et Ça Vient Sans Qu’on Y Pense. Tous proviennent de l’opérette Monsieur Carnaval.
Le disque ne cherche pas l’unité. Il rassemble un souvenir personnel et trois morceaux de scène. Mais la voix d’Aznavour fait le lien. L’orchestration est confiée à Paul Mauriat. Il habille sans masquer. La photo de Jean-Pierre Leloir en couverture pose l’artiste, sobre. Le format EP impose la densité. Chaque chanson doit tout dire, tout donner, sans attendre. Aznavour ne prolonge pas. Il condense. Ce 45 tours arrive quelques mois après « Hier Encore », autre évocation sèche et directe du temps qui passe.
La Bohême est enregistrée en français, puis en italien, espagnol, anglais. Elle traverse vite les frontières. Elle entre dans le patrimoine avant même la fin de la décennie. Les trois autres titres n’auront pas le même sort, mais complètent un disque équilibré. Le contraste entre l’intime et le théâtral s’y joue sans rupture. Les mots restent. Les gestes s’effacent. Le vinyle tourne encore. Lentement.