Charles Aznavour – Les Plaisirs Démodés – 1972

Charles Aznavour déroule sa mélancolie sur vinyle en 1972.

Deux solitudes au creux d’un 45 tours

En 1972, Charles Aznavour livre un 45 tours épuré. Deux titres. Deux confessions. Les Plaisirs Démodés en face A. Me Voilà Seul en face B. L’un évoque les gestes d’antan, les élans fanés, les souvenirs qui persistent. L’autre s’enfonce dans la solitude d’un homme sans repères. Même voix, même plume, mais deux récits. L’un tourné vers le passé, l’autre vers le vide du présent.

Les textes sont signés Charles Aznavour. La musique, elle, vient de Georges Garvarentz. Les deux hommes travaillent ensemble depuis les années 50. Un tandem régulier. À l’arrangement, Christian Gaubert. Il donne au disque son rythme feutré, presque suspendu. L’enregistrement se fait aux Studios Barclay, dans une ambiance contenue, précise.

Quelques mois plus tôt, Aznavour chante « Mourir d’aimer ». Il vient aussi de sortir « Désormais ». En 1972, sa carrière est internationale. Mais ce disque-là reste intime. Deux titres seulement. Deux silences entre les mots. Deux façons d’être seul.

A – Les Plaisirs Démodés

Les Plaisirs Démodés s’ouvre comme une lettre. Charles Aznavour y évoque les gestes effacés, les habitudes oubliées. Il parle des rendez-vous au clair de lune, des lettres parfumées, des déclarations au coin d’un piano. La musique est de Georges Garvarentz. Les arrangements sont confiés à Christian Gaubert. Un écrin discret pour un texte dense.

Ce titre s’inscrit dans une lignée plus large. Aznavour aime les contrastes entre époque et émotion. Il rejoue les vieux souvenirs, non pour les magnifier, mais pour les faire entendre autrement. Le titre, long de près de six minutes, prend le temps. Il impose son rythme. Aucun effet. Juste une voix et un passé qui revient.

Me Voilà Seul ferme le disque. C’est une descente. Un repli. Charles Aznavour signe le texte. Il parle d’un homme abandonné, sans visage à regarder, sans voix à entendre. Le titre est plus court que la face A, mais plus tranchant. La musique, toujours de Georges Garvarentz, épouse le texte comme une marche lente. Christian Gaubert dirige les cordes, dessine des silences.

Ce morceau ne connaît pas de grande diffusion. Il n’est pas repris sur scène aussi souvent que d’autres. Mais il reste. C’est un témoignage brut. Aznavour y délaisse le spectacle. Il n’y a que le dépouillement. Et cette phrase, répétée, qui laisse l’auditeur face à une voix seule.

Charles Aznavour creuse les creux de l’âme sur sillons lents.

En 1972, Charles Aznavour est déjà un nom ancré. Il a conquis le public français, les salles américaines, les plateaux télé du monde entier. Mais ce disque ne cherche ni succès ni effet. Il propose deux moments. Deux textes. Deux visages d’un homme qui regarde le temps passer et l’amour s’éteindre.

Les Plaisirs Démodés ne sera pas un tube. Il n’entre pas dans les classements. Mais il reste dans les cœurs de ceux qui le croisent. Il est repris par Aznavour lui-même dans plusieurs récitals. Il est aussi redécouvert à la fin des années 90 dans quelques anthologies. Le morceau Me Voilà Seul reste, lui, plus discret. Il n’est pas souvent rejoué. Pas souvent cité. Mais il complète l’autre. Il le prolonge. Il le précise.

Ce 45 tours est un retrait. Un arrêt dans la frénésie. Deux textes comme deux silences. Deux éclats sans bruit. Deux titres à réécouter dans la pénombre.

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