Christopher Cross – Arthur’s Theme (Best That You Can Do) / Ride Like The Wind– 1981

Quand un pianiste texan conquiert Hollywood avec une chanson d'amour

En 1981, Christopher Cross signe l’une des chansons les plus marquantes de l’histoire du cinéma américain. Le chanteur-compositeur-interprète américain, de son vrai nom Christopher Charles Geppert, né le 3 mai 1951 à San Antonio au Texas, vit alors une année exceptionnelle. Deux ans plus tôt, en 1979, il sort son premier album sobrement intitulé Christopher Cross. Ce disque, enregistré avec plusieurs artistes des studios californiens comme Michael McDonald, Larry Carlton, Don Henley des Eagles et Nicolette Larson aux chœurs, rencontre un succès immédiat. Il débute dans un groupe rock américain d’Austin nommé Flash avant de signer un contrat solo chez Warner.

Une consécration historique aux Grammy Awards

Le premier album de Christopher Cross engendre plusieurs tubes qui dominent les classements américains. Ride Like the Wind atteint la deuxième place du Billboard Hot 100. Sailing grimpe jusqu’à la première position. Never Be The Same et Say You’ll Be Mine complètent cette série de succès. En 1981, l’artiste réalise un exploit historique en remportant cinq Grammy Awards lors de la même cérémonie : Album de l’année pour Christopher Cross, Chanson de l’année pour Sailing, Enregistrement de l’année pour Sailing, Meilleur nouvel artiste et Meilleur arrangement accompagnant des vocalistes. Un exploit sans précédent à l’époque qui propulse le chanteur texan au sommet de l’industrie musicale américaine.

Le film Arthur et la naissance d’un thème

La même année, Christopher Cross est initialement pressenti pour composer l’intégralité de la musique du film Arthur, réalisé par Steve Gordon et mettant en vedette Dudley Moore, Liza Minnelli et Sir John Gielgud. Le réalisateur, qui signe là son premier long métrage, craint cependant de confier la partition complète à un compositeur relativement novice en matière de musique de film. Il choisit finalement Burt Bacharach pour orchestrer l’ensemble de la bande originale. Christopher Cross conserve néanmoins l’opportunité de co-composer le thème principal du film. Burt Bacharach travaille alors avec sa nouvelle compagne Carole Bayer Sager, elle-même auteure-compositrice reconnue.

L’histoire de Arthur’s Theme débute véritablement avec une ligne écrite par Peter Allen, auteur-compositeur australien. Quelques années auparavant, Peter Allen et Carole Bayer Sager collaborent sur une chanson et Allen imagine cette phrase qui restera dans toutes les mémoires : When you get caught between the moon and New York City. Lorsque Burt Bacharach obtient le contrat pour le film Arthur, il compose la mélodie du thème avec Christopher Cross et demande à Carole Bayer Sager d’écrire les paroles. Elle se souvient alors de cette ligne de Peter Allen et obtient son autorisation pour l’utiliser. Les quatre artistes signent ainsi ensemble cette chanson qui deviendra l’un des standards du cinéma américain.

Le film Arthur raconte l’histoire d’un playboy millionnaire alcoolique, héritier d’une immense fortune qu’il ne pourra recevoir que s’il épouse Susan, une femme qu’il n’aime pas. Son cœur bat pour une serveuse pauvre et il doit choisir entre l’argent et l’amour. Le scénario original prévoyait qu’Arthur perde sa fortune pour être avec la femme qu’il aime, mais les projections tests auprès du public révèlent que les spectateurs souhaitent une fin plus heureuse. Le scénario est réécrit pour qu’Arthur conserve à la fois sa fortune et la femme qu’il aime. Cette fin compromise fragilise la cohérence dramatique du film, mais la chanson Arthur’s Theme vient habilement compenser cette faiblesse narrative en cristallisant les émotions du personnage.

A – Arthur's Theme (Best You Can Do)

Arthur’s Theme (Best That You Can Do), composée par Burt Bacharach, Carole Bayer Sager, Peter Allen et Christopher Cross, sort en single le 14 août 1981. La chanson accompagne parfaitement le film en capturant le côté charmant du personnage d’Arthur face à un changement drastique de son style de vie. Le titre original de la chanson était d’ailleurs When You Get Caught Between the Moon and New York City, cette phrase devenant la ligne la plus mémorable du morceau, même si elle ne correspond pas au titre final retenu. La parenthèse Best That You Can Do apparaît dans les paroles mais le titre complet Arthur’s Theme ne figure pas dans le texte chanté.

Le succès commercial est immédiat et massif. Arthur’s Theme atteint la première place du Billboard Hot 100 aux États-Unis et domine les classements dans de nombreux pays. Le titre se classe numéro un au Canada, septième en Norvège, septième en Nouvelle-Zélande, septième au Royaume-Uni, huitième en Suisse. En France, la chanson rencontre également un beau succès auprès du public. Le disque est certifié Or aux États-Unis. La chanson détrône ironiquement Endless Love de la première place du Billboard, alors que ces deux chansons s’affronteront plus tard pour l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Une moisson de récompenses

Arthur’s Theme remporte le Golden Globe de la meilleure chanson originale puis l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1982. Les quatre compositeurs montent sur scène pour recevoir le trophée des mains de Bette Midler. Carole Bayer Sager prononce le discours de remerciement au nom de tous. La chanson reçoit également deux nominations lors de la cérémonie des Grammy Awards en 1982 : Grammy Award de la chanson de l’année et Grammy Award de l’enregistrement de l’année. Christopher Cross est quant à lui nommé dans la catégorie meilleur chanteur pop. En 1991, la chanson obtient un ASCAP Film and Television Music Award dans la catégorie Most Performed Feature Film Standards. L’American Film Institute classe Arthur’s Theme à la 79e place dans son classement des 100 plus grandes chansons du cinéma américain.

Ride Like the Wind, écrite, composée et interprétée par Christopher Cross, sort en single le 15 février 1980. Premier succès du chanteur, extrait de l’album Christopher Cross sorti en décembre 1979, le titre atteint la deuxième place du Billboard Hot 100 aux États-Unis et la troisième place des charts au Canada. Michael McDonald assure les chœurs de la chanson, apportant sa voix reconnaissable à ce morceau devenu un classique du soft rock. Une note sur la pochette intérieure de l’album indique que la chanson est dédiée à Lowell George, membre du groupe rock Little Feat, décédé en 1979.

La chanson raconte l’histoire d’un hors-la-loi américain en fuite qui cherche à rejoindre le Mexique pour échapper à la justice. Christopher Cross déclare avoir puisé son inspiration dans les westerns et les séries télévisées de son enfance comme The Lone Ranger. Il confie également avoir écrit les paroles après avoir consommé du LSD. Cette inspiration venue du Far West et des paysages du sud-ouest américain donne au morceau une atmosphère particulière, mêlant le rock doux et ce qu’on appellera plus tard le yacht rock. La chanson trouve une seconde vie en 2024 lorsqu’elle est utilisée dans une publicité pour les chips Lay’s, diffusée en France. Le spot montre des voitures roulant dans le désert, des chiens curieux, des paysages de carte postale, accompagnés d’amis partageant un paquet de chips, illustrant parfaitement l’esprit d’évasion et de liberté véhiculé par le titre.

Des reprises multiples à travers les décennies

Ride Like the Wind connaît de nombreuses reprises qui témoignent de sa popularité durable. Le groupe britannique de hard rock Saxon enregistre une version en 1988 qui entre dans le UK Singles Chart. Le groupe de dance italien East Side Beat donne à la chanson une seconde jeunesse en 1991 avec une version qui obtient un succès considérable en Europe, devenant l’une des plus jouées sur le continent. Montana Sextet featuring Nadiyah atteint la 39e place en Suisse en 1992. Le duo de DJs allemands Michael Mind se classe 65e en Allemagne en 2007. Le DJ belge Laurent Wéry featuring Joss Mendosah grimpe à la 26e position en Belgique en 2013. Ces multiples interprétations dans des styles variés prouvent la force mélodique et l’universalité de cette composition.

Une carrière entre succès et traversée du désert

Après le triomphe de 1981, Christopher Cross poursuit sa carrière avec des fortunes diverses. Arthur’s Theme est ensuite incluse comme titre bonus dans les éditions CD et cassette audio de l’album Another Page qui paraît en janvier 1983. Ce deuxième album ne rencontre pas le succès du précédent mais comprend cependant quelques hits comme Think of Laura et All Right. En 1985, il sort son troisième album Every Turn of the World. Malgré la qualité des chansons, les ventes se révèlent décevantes et aucun titre ne devient un succès dans les charts. En 1988, Back Of My Mind connaît le même sort commercial difficile. Le chanteur traverse alors une période compliquée où le grand public semble l’avoir oublié.

En 1992, l’album Rendezvous voit le jour en premier lieu au Japon puis en Europe. L’album Window suit en 1994. En 1998, il sort Walking in Avalon composé de deux CD : un premier de nouveaux titres et un second enregistré en live avec la participation de Michael McDonald. L’artiste poursuit sa carrière en marge des grands circuits commerciaux mais conserve un public fidèle. En 2000, il publie Red Room. En 2007, il sort un album de Noël intitulé A Christopher Cross Christmas. En 2008 paraît un nouvel album, The Café Carlyle Sessions, qui ne propose pas d’inédits mais quinze titres reprenant ses plus grands succès en acoustique ainsi que des chansons moins connues de son répertoire.

Un retour sur scène et de nouveaux projets

En 2011, Christopher Cross sort un nouvel album intitulé Doctor Faith. Pour la promotion de ce disque, il se produit à Paris au Trianon le 15 octobre 2012. Ce concert est enregistré et filmé, donnant naissance au double CD plus DVD A Night in Paris. En 2015, il participe à la tournée des Zénith Autour de la guitare, événement organisé par Jean-Félix Lalanne, aux côtés de grands noms de la guitare. En 2014, il publie Secret Ladder, suivi en 2017 de Take Me As I Am. L’artiste continue de tourner régulièrement, entretenant le lien avec son public d’admirateurs à travers le monde.

Le mystère du flamant rose

Le flamant rose devient une sorte d’emblème pour le musicien. Christopher Cross explique en avril 2013 sur RTL l’origine de ce symbole : c’est Jimmy Newhouse, le premier batteur du groupe, qui un jour apporte cette peinture en disant qu’il pense que la musique de Cross ressemble à cette image. En plus de la batterie, Newhouse fait de la peinture. L’image est accrochée au mur et sert de point focal pour donner naissance à la carrière du groupe. Quand Cross signe chez Warner, il propose d’utiliser cette peinture pour la pochette du premier album et le label accepte. Après l’énorme succès de ce disque, le flamant rose devient un logo et un porte-bonheur. L’artiste décide de garder cet emblème qui se retrouve aujourd’hui sur son site Web. L’image n’a pas de signification cachée mais constitue simplement un symbole qui suit le musicien depuis le tout début de sa carrière.

Un héritage cinématographique durable

Le film Arthur rapporte plus de 95 millions de dollars au box-office américain, devenant le quatrième film le plus rentable de 1981. Le long métrage connaît un démarrage décevant mais améliore ses performances au fil de son exploitation pour devenir le septième film le plus rentable de l’été. Le film reçoit un accueil critique enthousiaste lors de sa sortie et beaucoup le considèrent comme l’un des meilleurs films de 1981. Sur le site Rotten Tomatoes, le film obtient un taux d’approbation de 86% basé sur 36 critiques. Le président américain Ronald Reagan visionne le film à Camp David le 25 juillet 1981. Le film est classé numéro 10 dans le palmarès des 100 films les plus drôles de la chaîne Bravo. Sir John Gielgud remporte l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour sa performance. Le film est nommé pour deux autres Oscars : meilleur acteur pour Dudley Moore et meilleur scénario original pour Steve Gordon.

Le réalisateur Steve Gordon ne dirige malheureusement jamais d’autre film. Il décède d’une crise cardiaque en 1982, à l’âge de 44 ans. Un remake du film sort en 2011 avec Russell Brand dans le rôle principal. Cette nouvelle version connaît un échec critique et commercial. Arthur’s Theme est reprise par Fitz and The Tantrums sur la bande originale de ce remake. La chanson originale a également été interprétée par de nombreux artistes au fil des décennies : Ute Lemper, Shirley Bassey, Hugh Jackman en duo avec Stephanie J. Block, Barry Manilow, Ronan Keating. Ces multiples reprises témoignent de la place particulière qu’occupe ce titre dans l’histoire de la chanson populaire américaine. Ce vinyle de 1981 capture un moment unique où un artiste texan au sommet de sa gloire signe l’une des chansons de film les plus marquantes de tous les temps, un morceau à redécouvrir absolument.

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