Dans les ruelles de Montrouge, un gamin traîne avec sa bande de copains tandis que sa mère Monette cumule les petits boulots pour joindre les deux bouts. Michel Colucci grandit sans père, mort de poliomyélite quand l’enfant n’a que trois ans. Cette enfance marquée par la pauvreté et l’absence paternelle forge le caractère d’un futur génie de l’humour populaire. Entre les fredaines avec la bande Solo et les remontrances maternelles, le jeune Michel découvre très tôt son pouvoir de faire rire ses camarades de classe. Il tient tête aux instituteurs, accumule les mauvais coups et développe cette insolence naturelle qui deviendra sa marque de fabrique.
Des terrasses de café aux planches du Café de la Gare
À la fin des années 1960, Michel Colucci décide de tenter sa chance dans la musique. Il arpente les terrasses des cafés de Contrescarpe et Saint-Michel, guitare en bandoulière, interprétant du Boby Lapointe, du Boris Vian et du Georges Brassens. Ces prestations de rue lui permettent de rencontrer Xavier Thibault et Jacques Delaporte, futurs fondateurs du Grand Orchestre du Splendid. Avec eux, il forme le groupe éphémère Les Craignos Boboys. Sa rencontre avec Georges Moustaki au cabaret Chez Bernadette s’avère décisive : le chanteur l’héberge et le soutient financièrement pendant cette période difficile. Michel se produit dans différents cabarets parisiens, travaillant tantôt comme barman, tantôt comme régisseur, toujours en quête de cette reconnaissance qui tarde à venir.
La révélation du Café de la Gare
En 1969, la rencontre avec Romain Bouteille au cabaret La Méthode bouleverse la trajectoire de Michel Colucci. Bouteille devient son modèle, celui qui lui montre la voie du café-théâtre révolutionnaire. Ensemble, ils participent à la création du Café de la Gare, inauguré officiellement en 1970. Ce lieu mythique réunit une génération de jeunes comédiens destinés à marquer leur époque : Patrick Dewaere, Henri Guybet, Miou-Miou et bien d’autres. Michel trouve enfin sa famille artistique, mais son caractère impulsif et ses problèmes d’alcool créent rapidement des tensions. Une bagarre mémorable avec Bouteille et Dewaere lors des répétitions de Des boulons dans mon yaourt précipite son départ de la troupe en 1970.
Cette rupture forcée pousse Michel Colucci vers l’aventure solo. Il adopte définitivement le pseudonyme Coluche et commence à développer ses propres sketches. En 1971, il fonde une nouvelle troupe, Au vrai Chic parisien, puis Le vrai chic parisien. Son premier spectacle Thérèse est triste bénéficie d’une affiche réalisée par son ami Jean-Marc Reiser. C’est durant cette période qu’il perfectionne son style unique, mélange de grossièreté assumée et de finesse d’observation sociale. Sa devise devient Toujours grossier, jamais vulgaire, une philosophie qui guide toute son œuvre.