L’année 1987 débute sous les meilleurs auspices pour The Communards. Jimmy Somerville et Richard Coles viennent de signer leur deuxième album Red, marquant une évolution artistique significative dans leur parcours. Contrairement à leur premier opus entièrement produit par Mike Thorne, ce nouvel enregistrement voit le duo s’émanciper en assurant une partie de la production aux côtés de Stephen Hague, producteur reconnu pour son travail révolutionnaire avec les Pet Shop Boys. Cette collaboration représente un tournant créatif majeur, permettant aux deux britanniques d’explorer de nouveaux territoires sonores tout en conservant leur identité musicale distinctive.
L’enregistrement de Red s’étale de juin à septembre 1987, période intense durant laquelle Somerville et Coles peaufinent chaque détail de leur nouveau répertoire. L’album sort le 5 octobre 1987 et grimpe immédiatement en 4e position des meilleures ventes britanniques, confirmant la solidité de leur base de fans conquise avec “Don’t Leave Me This Way” et “So Cold The Night“. Cette performance commerciale valide leur choix artistique audacieux de s’orienter vers une production plus sophistiquée, mêlant leur synthpop caractéristique à des arrangements plus élaborés.
L’héritage de Clifton Davis
Pour accompagner la sortie de Red, le duo choisit de revisiter un standard américain vieux de seize ans. “Never Can Say Goodbye” naît de la plume de Clifton Davis en 1971, compositeur et acteur américain qui signe là l’une des mélodies les plus reprises de l’histoire de la musique populaire. Les Jackson Five en offrent la première version, propulsant le titre jusqu’à la 2e place du Billboard Hot 100 et au sommet des charts R&B. Cette création de Clifton Davis révèle immédiatement son potentiel universel, transcendant les genres et les générations par sa mélodie irrésistible et ses paroles évoquant l’impossible rupture amoureuse.
La trajectoire du morceau illustre parfaitement l’évolution de la musique populaire américaine. Isaac Hayes s’en empare avec sa grandiloquence orchestrale caractéristique, tandis que Gloria Gaynor en propose en 1974 une version disco flamboyante qui atteint la 9e place du Billboard Hot 100. Cette adaptation de la reine du disco ouvre la voie à une nouvelle lecture du titre, démontrant sa capacité à épouser les codes esthétiques de chaque époque. Ray Conniff, Johnny Mathis, Herbie Mann, Andy Williams et même James Brown apportent leur vision personnelle de ce standard, enrichissant un patrimoine musical déjà considérable.
La vision des Communards
En 1987, The Communards s’emparent de ce patrimoine musical avec l’ambition de le réinventer selon leur esthétique synthpop. Leur approche diffère radicalement des versions précédentes par l’utilisation massive de synthétiseurs et de programmations rythmiques, signature sonore du duo britannique. Stephen Hague apporte son expertise technique pour sculpter un paysage sonore moderne, mêlant l’héritage disco de Gloria Gaynor aux codes de la new wave britannique. Cette synthèse audacieuse transforme le standard en hymne dansant parfaitement adapté aux pistes des clubs européens de la fin des années 1980.
Le remixage confié à Shep Pettibone pour les versions longues témoigne de l’ambition du projet. Ce spécialiste américain du remix disco apporte sa science du groove et de la construction progressive, créant des versions étendues pensées spécifiquement pour l’univers des discothèques. Cette collaboration transatlantique illustre la volonté des Communards de conquérir le marché américain, territoire symbolique pour tout artiste reprenant un standard né outre-Atlantique. La production finale révèle un équilibre subtil entre fidélité à l’esprit original et modernité assumée.