Cris Carol – Tu As Pu Me Quitter – 1962

1962 : L’élégance mélancolique d’une voix discrète

Printemps 1962, les ondes frémissent au son d’une voix nouvelle

Dans un studio parisien, une jeune femme s’apprête à enregistrer son tout premier 45 tours. Elle s’appelle Cris Carol. Encore inconnue du grand public, elle possède une voix douce, précise, presque murmurée. Son premier EP, édité par Pathé, s’ouvre sur Tu As Pu Me Quitter. Le ton est donné.

Cris Carol s’inscrit dans cette vague d’interprètes à mi-chemin entre chanson et easy listening. Pas de démonstration. Juste des nuances, des mots simples, une sincérité palpable. Le disque comprend quatre titres. Deux orchestrés par Henri Pélissier, deux autres par Sam Oliver. Deux ambiances, une même cohérence.

A1 – Tu As Pu Me Quitter / A2 – L’amour Que J’ai Pour Toi

La chanson démarre en douceur. Quelques accords, puis la voix. Le texte est simple, presque cruel. Elle raconte une séparation froide. Pas de cris. Juste l’incompréhension.

Cris Carol ne pousse jamais sa voix. Elle glisse. Elle susurre. L’arrangement signé Henri Pélissier est discret. Il laisse la place à l’émotion. Le morceau dure deux minutes trente-cinq. Suffisant pour laisser une trace.

Tu As Pu Me Quitter n’a pas fait de bruit en 1962. Pourtant, il reste. Car il dit quelque chose d’universel. Et parce qu’il ouvre un disque rare, aujourd’hui convoité.

Le second titre de la face A change de ton. Plus lumineux, plus rythmé. La mélodie suit une ligne légère, presque dansante. Henri Pélissier reste aux commandes. Cris Carol y livre une déclaration simple, sans pathos.

Le contraste avec le morceau précédent est net. On passe de la rupture à l’amour, du passé au présent. Ce choix donne à la face A une belle dynamique. Elle ne se contente pas de pleurer. Elle espère encore.

Changement d’orchestrateur. Sam Oliver prend la main. Et avec lui, l’ambiance se transforme. Le madison était partout en 1962. Et Cris Carol y plonge avec élégance.

Madison À Saint-Tropez n’est pas un simple pastiche. Le titre mêle ambiance balnéaire et tempo américain. Cris Carol y trouve sa place sans forcer. Sa voix légère s’adapte parfaitement au format. Le morceau dure moins de deux minutes. Mais il donne envie de danser.

Dernier titre. Le plus connu. Johnny Angel, version française. Rebaptisé Mon Ange Bleu, le morceau conserve sa structure originale. La version de Cris Carol, arrangée par Sam Oliver, s’inscrit dans cette tradition des adaptations douces venues des États-Unis.

La voix est posée. L’orchestration est tendre. On reconnaît la mélodie, mais on découvre une nouvelle couleur. Celle de Cris Carol. Plus sobre. Plus retenue. Le disque se termine dans un souffle.

Une apparition brève, mais pleine de grâce

Le 45 tours Cris Carol Tu As Pu Me Quitter n’a pas eu de suite immédiate. Pourtant, il est resté. Collectors, passionnés, spécialistes le savent. Ce disque incarne un moment. Celui d’une chanson française à l’écoute du monde, sans perdre sa propre voix.

Cris Carol ne reviendra sur disque qu’en 2023, après six décennies de silence. Mais en 1962, tout était déjà là. Discret. Intact.

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