Cults – Go Outside – 2011

Quand deux étudiants new-yorkais créent un tube viral avec un clavier MIDI

En 2011, le groupe de pop indépendante américain Cults sort une réédition vinyle limitée de son single Go Outside. Cette édition collector limitée à 1000 exemplaires, pressée sur vinyle blanc, propose une particularité technique : la face A tourne à 45 tours par minute tandis que la face B, le remix par The 2 Bears, se lit à 33 tours et un tiers. Le groupe se forme en 2010 lorsque le guitariste Brian Oblivion et la chanteuse Madeline Follin, tous les deux originaires de San Diego, sont étudiants à New York. Brian Oblivion étudie le cinéma documentaire à la New York University tandis que Madeline Follin fréquente la New School. À cette époque, le couple écrit et enregistre des chansons dans l’appartement d’Oblivion en utilisant un ordinateur et un clavier MIDI bon marché.

Un premier EP qui devient viral

Madeline Follin a précédemment enregistré avec le groupe de punk Youth Gone Mad auquel elle contribue sur l’album Touching Cloth. Avant la fin de l’année 2010, Cults publie un EP au label Forrest Family Records intitulé Cults 7″. Le morceau Go Outside est enregistré par Paul Kostabi aux Thunderdome Studios. Le titre devient rapidement un succès viral sur Internet. Des sites influents comme Gorilla vs. Bear et Pitchfork mentionnent le groupe, provoquant des vagues dans toute la blogosphère musicale. Pitchfork nomme Go Outside meilleur nouveau morceau, une distinction qui propulse instantanément la notoriété du duo. Au début, les informations sur le groupe restent rares et pratiquement impossibles à trouver sur le web, ce qui ajoute au mystère entourant ces deux jeunes artistes de 21 ans.

Cults construit son succès en tournant avec Richie Follin’s Band, le projet du frère aîné de Madeline, pendant six mois. Cette expérience leur permet de se forger une solide réputation sur scène avant de signer chez In the Name Of, une succursale de Columbia Records dirigée par la chanteuse britannique Lily Allen. Le groupe attire l’attention des maisons de disques majeures grâce à la viralité de Go Outside qui continue de circuler sur Internet et les réseaux sociaux, accumulant des millions d’écoutes sur les plateformes de streaming. Le duo incarne parfaitement l’esprit DIY de la nouvelle génération d’artistes indépendants qui utilisent Internet pour contourner les circuits traditionnels de l’industrie musicale.

Un premier album salué par la critique

Le premier album éponyme Cults sort le 7 juin 2011. L’album est positivement accueilli par la presse spécialisée. Le site Metacritic agrège des critiques favorables. Pitchfork attribue une note de 8,5 sur 10 à l’album et nomme également le morceau Abducted meilleur nouveau morceau, la deuxième fois que le duo reçoit cette distinction prestigieuse. L’album délivre davantage de leur pop indépendante atmosphérique et rétro-futuriste. Il se classe dans les charts au Royaume-Uni, au Canada et aux États-Unis, atteignant notamment la 14e place du classement Alternative Albums de Billboard. Pitchfork inclut l’album dans son Top 50 des meilleurs albums de 2011. La chanson Go Outside apparaît sur la bande originale du jeu vidéo MLB 11: The Show sur PlayStation 3, élargissant encore davantage l’audience du groupe.

En 2011, Cults collabore avec le groupe Superhuman Happiness sur une version du morceau Um Canto De Afoxé para o Bloco Do Ilê pour l’album Red Hot+Rio 2 de la Red Hot Organization. Cet album constitue une suite de Red Hot + Rio sorti en 1996. Les bénéfices sont destinés à des organismes de lutte contre le cancer et le SIDA. Le groupe est sélectionné pour jouer au festival ATP I’ll Be Your Mirror organisé par ATP et Portishead en septembre 2011 à Asbury Park dans le New Jersey. Ils sont également choisis par Battles pour jouer au festival ATP Nightmare Before Christmas en décembre 2011 à Minehead en Angleterre. Ces festivals prestigieux confirment la reconnaissance du duo par leurs pairs dans le milieu de la musique indépendante internationale.

A – Go Outside

Go Outside raconte l’histoire d’une personne qui encourage un amoureux obsédé par la mélancolie à ouvrir ses volets et laisser entrer la lumière du soleil. Madeline Follin chante de sa voix enfantine qui masque une basse menaçante : I know what’s good, exactly those things night cannot behold. La chanson présente un scénario classique du verre à moitié plein ou à moitié vide, mais dans le contexte de ce groupe, le verre pourrait être rempli de Kool-Aid mélangé au cyanide. Le titre mélange des paroles franches d’auto-examen avec des rythmes hip-hop et des mélodies inspirées des Shangri-Las. Cette pop trompeusement joyeuse cache une réflexion plus sombre sur l’incertitude et l’angoisse.

Brian Oblivion et Madeline Follin parlent souvent dans les interviews de leur choix du nom de groupe et de leur fascination pour l’idée des gens qui rejoignent des sectes. Le duo commence à faire de la musique alors qu’ils se préparent à obtenir leur diplôme universitaire. Ils se sentent incertains quant à leur avenir et plutôt que de se tourner vers la drogue ou la religion, ils canalisent leur angoisse dans des chansons pop trompeusement enjouées. Cette thématique traverse tout leur premier album et donne à leur musique une profondeur inattendue sous des apparences légères et ensoleillées. La chanson Bad Things apparaît également dans la série dramatique Hulu The Act durant le générique de fin du troisième épisode Two Wolverines et dans le premier épisode de I Am Not Okay With This.

Un clip vidéo controversé

Le clip vidéo de Go Outside, réalisé par Isaiah Seret, suscite une vive controverse. La vidéo utilise des images d’archives du Peoples Temple, la secte religieuse dirigée par Jim Jones qui connaît une fin tragique le 18 novembre 1978 à Jonestown en Guyane où plus de 900 personnes meurent dans un massacre ou suicide collectif. Le réalisateur insère numériquement les membres du groupe dans ces images historiques grâce à des effets spéciaux de type Forrest Gump. La chanson commence par un échantillon de la voix de Jim Jones issue de la bande audio du drame de Jonestown. Le réalisateur Isaiah Seret collabore avec Fielding M. McGehee III, expert de l’histoire du Peoples Temple et principal chercheur des archives de Jonestown, qui l’encourage à entreprendre ce projet et lui donne accès à plus de deux heures et demie de vidéos domestiques montrant le Peoples Temple à Jonestown.

Isaiah Seret explique son intention : plutôt que de donner une interprétation biaisée aux images ou à la vie des gens, il souhaite raconter et humaniser leur histoire. La vidéo se concentre sur les sourires sincères et la joie des membres plutôt que sur les discours de Jim Jones, révélant que ce sont de bonnes personnes. La vidéo se termine le matin du jour fatal, montrant le départ de quelques dissidents qui s’échappent avant que les morts ne commencent. Aucun corps n’est montré mais la vidéo crée un sentiment de prémonition profondément inquiétant. Lorsque la vidéo est terminée, le réalisateur la projette à certains survivants du massacre de Jonestown qui expriment leur appréciation de l’accent mis sur la vie des membres du Peoples Temple plutôt que sur l’exploitation des images graphiques de la tragédie finale. Un ancien membre du Peoples Temple nommé Don Beck remercie Isaiah d’avoir regardé plus loin que les 30 années de battage médiatique, voyant et essayant de dépeindre la bonté fondamentale de ceux qui sont morts.

Le remix de Go Outside par The 2 Bears transforme le titre original en une version extended dance de près de six minutes. Ce duo britannique de musique électronique apporte une dimension club à la composition originale tout en préservant l’essence mélodique du morceau. La version remixée étend les éléments rythmiques et ajoute des couches électroniques qui amplifient le potentiel dansant de la chanson. Cette face B tourne à 33 tours et un tiers par minute, une vitesse différente de la face A qui nécessite un réglage manuel de la platine vinyle. Cette particularité technique ajoute un élément d’interactivité pour les collectionneurs de vinyles.

Le remix par The 2 Bears est masterisé aux studios Metropolis à Londres, des studios réputés pour leur expertise en mastering. Cette version alternative permet au titre d’atteindre un public différent, celui des clubs et des DJ sets. Le contraste entre la version originale de 3 minutes 19 et ce remix de près de 6 minutes illustre les différentes approches possibles d’une même composition. La sortie de ce single en édition limitée à 1000 exemplaires sur vinyle blanc en fait un objet de collection recherché par les fans du groupe et les amateurs de vinyles rares. Le pressage est réalisé par GZ Digital Media dans l’Union européenne avec deux références distinctes de matrices.

Une carrière qui s'installe dans la durée

Au début de 2012, Cults joue au festival Laneways en Australasie. Lors d’un entretien avec le magazine Coup de Main, Madeline Follin révèle que le morceau You Know What I Mean, issu de leur premier album, est son préféré. Cette chanson apparaît dans l’épisode 6 de la série Russian Doll d’Amy Poehler sur Netflix. En 2013, le groupe participe avec Amber Coffman à l’album Born Sinner de J. Cole. La chanson Bad Things est samplée sur le titre She Knows du rappeur J. Cole, un morceau qui atteint la 90e place du Billboard Hot 100 Singles Chart. Cette collaboration inattendue entre le monde de l’indie pop et celui du hip-hop démontre l’influence transversale de Cults sur différents genres musicaux.

Toujours en 2013, le groupe sort son deuxième album intitulé Static. Enregistré avec le producteur Shane Stoneback dans la foulée de la rupture amoureuse entre Madeline Follin et Brian Oblivion, l’album reçoit de fortes critiques pour son écriture émotionnelle et atteint la 114e place du Billboard Top 200. Cette séparation sentimentale n’empêche pas le duo de continuer à collaborer artistiquement, prouvant leur maturité professionnelle. En 2014, ils sortent le single Being It avant de prendre une pause. Cette période de repos leur permet de réfléchir à la direction future de leur musique et de leurs carrières respectives.

Projets parallèles et évolution

En 2016, Madeline Follin collabore avec son frère Richie James Follin sur le projet Follin. Ils sortent le single Roxy le 23 février 2016. Pour leur album suivant, Cults adopte une approche plus collaborative avec Madeline Follin jouant de la batterie et des claviers en plus du chant. Après avoir travaillé avec Stoneback dans des studios à New York, Los Angeles et San Francisco, Cults sort en octobre 2017 l’album Offering. Cet album emprunte à des influences aussi variées que Pink Floyd, Gary Numan et les Motels, groupe dont ils tombent amoureux en tournant avec Total Control en Australie.

Cults commence à travailler sur son album suivant au début de 2019, s’associant avec Stoneback sur des chansons qui, pour la première fois, comportent une instrumentation live et incluent des paroles écrites par Madeline Follin. Mixé par John Congleton et masterisé par Heba Kadry, Host paraît en septembre 2020 et aborde des thèmes d’identité et d’indépendance. Le 18 septembre 2020, le groupe sort son quatrième album Host. Le 17 août 2021, leur single Always Forever est certifié Or par la Recording Industry Association of America puis certifié Platine le 18 juillet 2022. Cette reconnaissance commerciale démontre la longévité et l’impact durable du groupe sur la scène musicale indépendante.

Une discographie qui s’enrichit

Le cinquième album de Cults intitulé To the Ghosts sort le 26 juillet 2024. Cette sortie confirme la capacité du duo à se renouveler tout en conservant l’identité sonore qui a fait leur succès initial. Au fil des années, Cults parvient à maintenir une base de fans fidèles tout en attirant de nouveaux auditeurs grâce à leur présence dans des séries télévisées populaires et des collaborations avec des artistes de différents horizons. Leur musique continue d’être découverte par de nouvelles générations d’auditeurs sur les plateformes de streaming. Le duo démontre qu’il est possible de construire une carrière durable dans la musique indépendante sans compromettre sa vision artistique.

L’histoire de Cults illustre parfaitement l’évolution de l’industrie musicale à l’ère numérique. Partis d’un appartement new-yorkais avec un équipement minimal, Brian Oblivion et Madeline Follin ont construit leur succès grâce à Internet avant de signer avec une major. Leur capacité à créer des chansons pop accrocheuses tout en explorant des thématiques plus sombres fait d’eux un groupe unique dans le paysage de la pop indépendante. Ce vinyle de 2011, avec ses particularités techniques et son édition limitée, capture un moment charnière de leur carrière, juste après leur percée internationale, un objet à redécouvrir absolument pour comprendre l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes indépendants.

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