Dalida – Calypso Italiano / Histoire D’un Amour – 1957

Quand le boléro panaméen rencontre l'Italie des Antilles

En 1957, Dalida connaît déjà le succès en France. Née Iolanda Cristina Gigliotti au Caire le 17 janvier 1933, elle grandit dans une famille italienne originaire de Calabre installée en Égypte. Son père Pietro est premier violon à l’Opéra du Caire. À 18 mois, une infection oculaire la plonge dans le noir pendant quarante jours. Cet épisode provoque un strabisme divergent qui l’oblige à porter des lunettes jusqu’à ses 16 ans. Après la réussite d’une opération visant à réduire ce strabisme, elle se présente au concours Miss Ondine du Caire et obtient des rôles dans quelques films égyptiens.

Sur les conseils du réalisateur Marco de Gastyne, elle décide de partir en France pour continuer sa carrière. Elle arrive à Paris le 24 décembre 1954. Installée dans un appartement proche des Champs-Élysées, elle fait la rencontre d’Alain Delon, son voisin de palier. Elle espère faire carrière dans le cinéma, mais prend rapidement conscience que son bagage ne pèse guère aux yeux des producteurs français. Elle s’oriente alors vers la chanson. Après avoir chanté au cabaret Le Drap d’Or à Paris, elle est repérée par le directeur de la Villa d’Este où elle chante dans un répertoire à l’exotisme latin.

Le concours de l’Olympia

Sur les conseils de Bruno Coquatrix, elle participe au concours Les Numéros 1 de demain organisé à l’Olympia le 9 avril 1956. Sont présents Eddie Barclay, jeune producteur qui vient d’importer le disque microsillon des États-Unis en France, et Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe 1. Ce dernier, subjugué par le charme oriental de Dalida, la convoque dans ses bureaux et prend sa carrière en main. Le 18 septembre 1956 sort le premier EP de Dalida, Madona, adaptation française d’un titre portugais d’Amália Rodrigues, mais celui-ci connaît un succès mitigé.

En octobre 1956, Lucien Morisse pense avoir déniché le titre phare de Dalida : Bambino, version française de la chanson Guaglione. Morisse bloque la chanson, la fait enregistrer en une nuit et la fait passer toutes les heures à l’antenne d’Europe 1. Bambino rencontre un grand succès en France et parvient à se classer en tête des ventes pendant plusieurs semaines. Sur cette lancée, Dalida partage quelques semaines plus tard la même scène de l’Olympia en première partie du spectacle de Charles Aznavour, puis en vedette américaine de Gilbert Bécaud. La chanteuse fait éditer son premier album dans de nombreux pays, dont les États-Unis.

L’année 1957

En 1957, Dalida confirme son succès. Elle enregistre Gondolier qui la maintient en tête des hit-parades en France, en Wallonie et au Québec. C’est dans ce contexte qu’elle sort le single Calypso Italiano / Histoire D’un Amour. Ces deux titres témoignent de sa capacité à s’approprier des styles musicaux variés et à séduire le public français avide d’exotisme. Le single paraît chez Barclay sous la référence 60091. Les arrangements sont signés Raymond Lefèvre Et Son Orchestre. À 24 ans, Dalida s’impose comme une artiste complète capable d’interpréter aussi bien les rythmes antillais que les boléros panaméens.

A – Calypso Italiano

Calypso Italiano est une adaptation française signée J. Plante d’un titre de Lou Monte. La chanson raconte avec humour l’arrivée de la mode du calypso en Italie. Savez-vous qu’un petit brin de folie a soufflé sur toute l’Italie ? Dans les rues les gens frétillent sur des airs venus des Antilles. Le texte décrit les mamas qui en faisant leurs lessives portent des foulards aux couleurs vives et s’appellent ma doudou, mon oiseau des îles. Le galant pour plaire à sa bella ne vient plus lui jouer de mandoline, elle préfère aux barcarolles le tempo des chansons créoles.

Le refrain martèle Calypso aïe, Calypso aie, Calypso Italiano, Calypso si, Calypso si, Calypso Siciliano. Cette chanson légère et entraînante témoigne de l’engouement pour les rythmes caribéens qui traversent l’Europe dans les années 1950. Le titre se termine sur une note ironique : mais un jour ce petit vent de folie s’envolera loin de l’Italie, remportant aux îles lointaines mille sérénades napolitaines. Dalida y déploie sa voix chaleureuse sur un rythme enjoué qui préfigure ses futurs succès exotiques.

Histoire D’un Amour est l’adaptation française d’Historia de un amor, chanson de type boléro écrite et composée en 1955 par le Panaméen Carlos Eleta Almarán. Il écrit cette chanson pour son frère qui vient de perdre son épouse. C’est une chanson dans laquelle un homme se rappelle un amour disparu. L’adaptation en français est signée Francis Blanche. Dalida est la première à enregistrer cette adaptation après la version originale en 1957.

La chanson connaît un grand succès dans les pays francophones. Elle se classe 5e en France et 2e en Wallonie. Historia de un amor sera reprise par de nombreux artistes comme Luis Mariano en 1957 et 1958, Gloria Lasso en 1958, Eydie Gormé avec le Trio Los Panchos, Mina, Pérez Prado dans une version mambo instrumentale, puis plus tard par Julio Iglesias, Nana Mouskouri, Dany Brillant ou Zaz. Le titre de Dalida reste pendant cinquante ans une référence de l’interprétation française de ce boléro devenu universel.

Une chanteuse qui s'installe dans le paysage français

Après ce single de 1957, Dalida poursuit son ascension. Elle enregistre ensuite Dans le bleu du ciel bleu qui connaît également une grande popularité et se classe numéro un du hit-parade en France. Cette sortie est suivie par la réception de l’oscar de la Radio RMC. En juin, elle entreprend la tournée TDF avec Dalida 58, un Tour de France. Durant l’été, elle se produit à Alger, soutenant le moral des soldats français qui combattent durant la guerre d’Algérie. En juillet, elle connaît un succès qui dépasse les frontières francophones avec la chanson Les Gitans, se classant à la troisième position du hit-parade italien et espagnol. Le même mois, elle présente cinq chansons simultanément dans le Top 10 du hit-parade français.

En septembre 1958, elle joue des rôles dans deux films : Rapt au deuxième bureau et Brigade des mœurs. Le 28 septembre, elle se produit à Paris pendant trois semaines en tant qu’interprète principale à Bobino, où elle fait la promotion de son dernier album Come prima qui devient un grand succès en France et en Belgique. En 1959, elle fait de nombreuses tournées en France, en Égypte, en Italie et en Allemagne. Sa renommée s’étendant hors de France, elle commence à enregistrer des chansons dans d’autres langues. En mai, elle enregistre en allemand le titre Le Jour où la pluie viendra qui devient Am Tag als der Regen kam : cette version atteint la première place des ventes en Allemagne et la deuxième en Autriche.

Mariage et nationalité française

Elle épouse Lucien Morisse le 8 avril 1961 puis obtient la nationalité française. Il s’agit non pas d’un mariage d’amour, mais plutôt d’un acte de reconnaissance envers celui qui a fait d’elle une vedette. Aussi entame-t-elle, dès le début de son mariage, une liaison avec l’artiste-peintre Jean Sobieski, qui durera jusqu’en 1963. Lucien Morisse tente d’arrêter la carrière de Dalida, qui fait alors l’objet de critiques et d’intimidations. Elle persévère néanmoins et ce dernier reconnaît son triomphe personnel à l’Olympia en octobre 1961. Leur divorce est prononcé en 1962.

Dalida commence les années 1960 avec des chansons de style exotique à rythme lent. Elle enregistre Les Enfants du Pirée qui connaît un grand succès en Europe. Consciente qu’une nouvelle vague musicale aux rythmes rapides apparaît, la musique yéyé, elle décide de s’adapter à cette mode. L’enregistrement de la chanson Itsi bitsi, petit bikini lui assure une grande popularité et marque un changement de style musical. Surnommée mademoiselle Juke-Box, elle devient la première artiste féminine à ouvrir son fan club. Dans les années 1960, elle assure un mois de spectacles à l’Olympia à trois reprises, en 1961, 1964 et 1967.

Une carrière internationale

L’année 1962 est marquée par la sortie de Le jour le plus long. En 1964, elle fait une tournée en Europe de l’Est passant par la Bulgarie et la Roumanie. La même année, elle se teint les cheveux en blond vénitien, puis elle parcourt la France avec succès. En 1965, elle enregistre La Danse de Zorba qui connaît un succès international, se classant parmi les meilleures ventes dans une grande partie de l’Europe, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. La même année, avec le titre Bonsoir mon amour, elle se classe 5e des ventes en France, première en Italie, troisième au Québec, dixième en Argentine et en Turquie.

Au cours de sa carrière, Dalida interprète plus de 700 chansons en 11 langues différentes. Elle reçoit douze disques d’or en France et trois disques d’or au Canada. Elle se façonne un répertoire varié embrassant plusieurs styles musicaux, du twist à la pop en passant par le raï. Elle devient également une des premières artistes françaises à interpréter des chansons disco avec les titres J’attendrai et Bésame mucho en 1975. Dalida est une des chanteuses françaises qui se sont le plus exportées. Bien qu’elle n’ait jamais conquis le marché anglophone, elle classe plusieurs titres dans des pays européens non francophones. Ce single de 1957 marque le début d’une carrière internationale exceptionnelle qui durera trente ans.

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