Dalida – Les Marrons Chauds – 1961

Quatre adaptations pour traverser l'hiver 1961

Janvier 1961. Dalida sort son premier disque de l’année. La chanteuse règne sur les ondes françaises depuis Bambino en 1956. Elle vient de triompher avec Les Enfants du Pirée et T’aimer Follement. Le public la surnomme désormais mademoiselle Juke-Box. Depuis quatre ans, elle enchaîne les tubes sans faiblir. Son directeur artistique Lucien Morisse, qu’elle a épousé en avril 1959, sélectionne pour elle des titres à succès garantis. La stratégie reste identique. Adapter des chansons qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs.

Raymond Lefèvre dirige toujours l’orchestre

Le compositeur et arrangeur Raymond Lefèvre accompagne Dalida depuis des années. Il a signé les orchestrations de ses plus grands succès. Cet infatigable musicien, pianiste et flûtiste, travaille également avec Franck Pourcel et Paul Mauriat. Pour ce nouveau disque, il retrouve la chanteuse en studio. Les sessions d’enregistrement se déroulent comme d’habitude. Quatre titres sont enregistrés. Deux chansons occupent la face A, deux autres la face B. Le format répond à la demande du marché. Les radios diffusent plusieurs titres par disque. Les chances de toucher le public se multiplient.

Une période charnière avant la vague yéyé

Dalida traverse une période cruciale. La musique yéyé commence à séduire les jeunes Français. Des chanteurs comme Johnny Hallyday attirent un public nouveau. La chanteuse l’a bien compris. Elle vient d’enregistrer Itsi Bitsi Petit Bikini quelques mois plus tôt. Le virage vers des rythmes plus rapides s’impose. Mais pour ce début 1961, elle propose encore des adaptations dans un style plus classique. Les ballades romantiques et les reprises de standards restent sa spécialité. Le disque mélange quatre univers différents. Une chanson originale française, une adaptation d’un western américain, une version française d’un tube des Drifters, et une reprise italienne.

Georges Garvarentz compose l’une des chansons du disque. Ce musicien d’origine arménienne, né à Athènes en 1932, s’est installé en France avec sa famille en 1947. Formé au Conservatoire de Paris, il multiplie les collaborations avec les grands noms de la chanson française. Il écrit notamment pour Johnny Hallyday, Sylvie Vartan et son futur beau-frère Charles Aznavour. Pour Dalida, il signe plusieurs titres au tournant des années 1960. Sa contribution au répertoire de la chanteuse s’inscrit dans une longue série. Plus de sept cents compositions jalonnent sa carrière. Il travaillera également pour le cinéma, notamment avec le réalisateur Denys de La Patellière.

Le disque sort chez Barclay. Le label d’Eddie Barclay domine le marché français. La maison de disques a importé le microsillon des États-Unis. Elle représente les artistes les plus en vue. Dalida figure parmi ses vedettes les plus rentables. Ses ventes restent excellentes. Le public répond présent à chaque sortie. La chanteuse multiplie les galas et les tournées. Elle se produit régulièrement à l’Olympia. Sa popularité dépasse largement les frontières françaises. Elle enregistre en plusieurs langues. Allemand, italien, espagnol. Les hit-parades européens s’ouvrent à elle.

A1 – Les Marrons Chauds / A2 – La Joie D'aimer (Unforgiven)

Les Marrons Chauds constitue la chanson originale du disque. Georges Garvarentz compose la musique. C. Nicolas signe les paroles. Le titre évoque l’hiver parisien et les marchands ambulants. Une jeune femme réclame des marrons grillés pour se réchauffer. La chanson joue sur une atmosphère simple et populaire. Les refrains se répètent facilement. La mélodie reste dans l’esprit après une seule écoute. Le sujet plaît au public français. Il rappelle les traditions de la saison froide.

La Joie D’aimer adapte le thème principal du film The Unforgiven. Le western américain sort en 1960. John Huston réalise ce film avec Burt Lancaster et Audrey Hepburn. Dimitri Tiomkin compose la musique originale. Ce compositeur ukrainien naturalisé américain multiplie les partitions pour Hollywood. Il a déjà signé les bandes originales de High Noon et The Alamo. Son travail sur The Unforgiven lui vaut des éloges. J. Broussolle adapte les paroles en français. Ned Washington avait écrit la version anglaise initiale. Dalida transforme ce thème cinématographique en chanson romantique. La version française efface le contexte du film. Seule subsiste la mélodie lancinante du compositeur.

Garde-Moi La Dernière Danse reprend le tube des Drifters. La chanson originale sort en août 1960 aux États-Unis. Doc Pomus et Mort Shuman l’ont écrite. Ces deux compositeurs travaillent pour Atlantic Records. Ils collaborent avec les producteurs Jerry Leiber et Mike Stoller. Le titre atteint la première place du Billboard. Il reste au sommet pendant trois semaines. L’histoire de la chanson touche. Doc Pomus, atteint de poliomyélite et en fauteuil roulant, aurait écrit ces paroles après son propre mariage. Il ne pouvait pas danser avec sa femme. Le texte exprime cette jalousie contenue. A. Salvet et F. Llenas adaptent les paroles en français pour Dalida. La version française connaît également le succès. Le titre devient un classique du répertoire de bal.

Ciao, Ciao, Mon Amour conclut le disque. Cette chanson s’inspire librement de Ciao, Ciao Bambina. Dalida avait triomphé avec cette chanson en 1959. Le titre original italien, Piove (Ciao ciao bambina), avait remporté le Festival de Sanremo. Pour ce nouveau disque, les auteurs proposent une variation sur le même thème. A. Salvet, E. Shuman, G. Garvarentz et M. Garson signent cette composition. Le titre joue sur la nostalgie des succès passés. Il rappelle au public les tubes précédents de la chanteuse. La formule fonctionne. Les radios programment volontiers ces variations.

Une carrière qui franchit toutes les frontières

Le disque paraît en janvier 1961. Dalida prépare déjà sa prochaine série de concerts. Elle se produit trois semaines à l’Olympia en février. Les représentations sont diffusées en direct à la radio. Le succès reste immense. Après Paris, elle part en tournée à Hong Kong et au Vietnam. Les prestations à l’étranger deviennent plus fréquentes. Sa popularité en Italie ne cesse de croître. Elle enregistre désormais régulièrement des versions italiennes de ses chansons. Le marché italien représente une part importante de ses ventes.

La concurrence avec Johnny Hallyday s’intensifie

En février 1960, Dalida et Johnny Hallyday avaient sorti simultanément leurs versions de T’aimer Follement. Le jeune rocker débutait sa carrière. Les deux artistes s’affrontaient pour la première fois sur le même titre. Cette rivalité marque le début d’une période nouvelle. Johnny Hallyday incarne la vague yéyé qui déferle sur la France. Ses rythmes rock séduisent les adolescents. Dalida doit s’adapter à cette concurrence. Elle multiplie les styles. Elle teste des arrangements plus modernes. La chanteuse refuse de se laisser ringardiser. Elle observe attentivement l’évolution des goûts du public.

Lucien Morisse orchestre toujours sa carrière

Lucien Morisse dirige Europe 1. Il contrôle la programmation de la radio. Cette position lui donne un pouvoir considérable sur les carrières des artistes. Pour Dalida, qu’il a découverte en 1955, il multiplie les passages antenne. Leur mariage en avril 1959 scelle cette collaboration professionnelle. Mais leur relation personnelle bat de l’aile. Dalida a épousé par reconnaissance plus que par amour. Elle entretient une liaison secrète avec le peintre Jean Sobieski depuis 1959. Cette double vie pèse sur elle. Le divorce sera prononcé en 1962. Professionnellement, Lucien Morisse reste cependant son meilleur allié.

Les années soixante confirment son statut de star

Entre 1961 et 1964, Dalida assure trois fois un mois de spectacles à l’Olympia. Elle entreprend des tournées en Europe de l’Est. Elle se produit en Bulgarie et en Roumanie. En 1964, elle se teint les cheveux en blond vénitien. Ce changement d’image devient sa marque de fabrique. La Dalida blonde remplace la brune des débuts. Elle déclare alors qu’elle chante avec tout, même avec ses cheveux. Le public adopte immédiatement cette nouvelle apparence. Les photographies de l’époque figent cette transformation. La chanteuse multiplie également les adaptations dans différentes langues. Elle enregistre en allemand Am Tag als der Regen kam. Le titre atteint la première place en Allemagne en 1959.

Son répertoire compte désormais plus de sept cents chansons. Elle les interprète en onze langues différentes. Français, italien, allemand, espagnol, anglais, japonais, arabe égyptien, arabe libanais, hébreu, néerlandais et grec. Cette polyvalence linguistique explique son succès international. Elle se classe régulièrement dans les hit-parades européens. En Italie, elle devient une vedette au même titre qu’en France. Ses disques se vendent au Moyen-Orient. En Turquie, elle place treize titres dans les classements. En Israël, elle apparaît deux fois au hit-parade. Son titre Salma Ya Salama devient un hymne dans la région. La chanson est diffusée lors de la visite d’Anouar el-Sadate en Israël. Elle symbolise un message de paix entre les deux pays.

Une vie personnelle marquée par les drames

La réussite professionnelle de Dalida contraste avec ses déboires sentimentaux. En 1967, elle participe au Festival de Sanremo avec Luigi Tenco. Le chanteur italien est devenu l’homme de sa vie. Ils prévoient d’annoncer leur mariage. Mais leur chanson Ciao Amore, Ciao n’est pas retenue par le jury. Luigi Tenco, terrassé par la honte, regagne sa chambre d’hôtel. Il se suicide en se tirant une balle dans la tête. Dalida le découvre sans vie. Le choc la marque profondément. Quelques mois plus tard, elle tente elle-même de se suicider à l’hôtel Prince de Galles. Elle absorbe une dose importante de barbituriques. On la retrouve inanimée. Elle reste plusieurs jours dans le coma. Sa convalescence dure plusieurs mois. Elle remonte sur scène en octobre 1967 à l’Olympia. Mais elle ne se remet jamais vraiment de la mort de celui qu’elle considère comme l’amour de sa vie.

Lucien Morisse, son ex-mari, se suicide en 1970. Richard Chanfray, avec qui elle vit une relation tumultueuse pendant neuf ans, met fin à ses jours en 1983. Dalida déclare porter malheur aux hommes qu’elle aime. Ces drames successifs alimentent son image de diva tragique. Elle se tourne vers des chansons plus graves. Elle interprète Je Suis Malade de Serge Lama et Il Venait D’avoir 18 Ans. En 1983, elle enregistre Mourir Sur Scène. Dans ce titre prémonitoire, elle s’adresse directement à la mort. Elle affirme vouloir choisir sa mort comme elle a choisi sa vie. Le 3 mai 1987, à l’âge de cinquante-quatre ans, Dalida se suicide par surdose de barbituriques dans sa maison de Montmartre. Elle laisse un mot. La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi. Quarante mille personnes assistent à ses funérailles en l’église de la Madeleine. Sa tombe au cimetière de Montmartre devient l’une des plus visitées et fleuries de Paris.

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