Éric Charden naît Jacques André Gilbert Charden le 15 octobre 1942 à Haïphong, au Tonkin, dans l’actuel Viêt Nam. Son père français travaille comme ingénieur en chef des ports de France et d’outre-mer. Sa mère est d’origine tibétaine, union qui marque profondément l’identité future de l’artiste. Le jeune Jacques passe ses sept premières années en Indochine française avant de rejoindre Marseille avec sa mère, fuyant les aléas de l’Histoire coloniale.
Des études de commerce à la scène parisienne
L’indépendance du Viêt Nam en 1954 permet enfin au père de rentrer en métropole et de retrouver sa famille. Éric Charden grandit à Marseille où la musique devient rapidement son refuge. Il s’essaie à la guitare et au piano, composant déjà pour lui-même sans envisager de carrière artistique. Après l’obtention de son baccalauréat, il monte à Paris pour intégrer la prestigieuse école HEC.
La capitale provoque chez le jeune Marseillais un véritable déclic artistique. Il abandonne rapidement ses études commerciales pour se consacrer totalement à sa passion musicale. Éric Charden enchaîne les petits boulots pour financer sa vie parisienne tout en composant et enregistrant des démos. Cette période de galère forge sa détermination et affine son style d’écriture.
Son premier single « J’ai la tête pleine de Provence » sort en 1963 accompagné d’un album du même nom. Ce premier succès modeste confirme le potentiel du jeune auteur-compositeur. Éric Charden se distingue déjà par son approche originale, refusant d’adapter des titres anglo-saxons comme la plupart de ses contemporains français préfèrent créer un répertoire personnel.
La rencontre avec Stone et l’explosion du duo
En janvier 1966, Éric Charden rencontre Annie Gautrat au Bus Palladium lors d’une élection de Miss Beatnik où il fait partie du jury. La jeune femme de dix-huit ans remporte le concours. Éric compose deux chansons originales pour elle et adapte deux titres des Beatles pour son premier 45 tours. Il la rebaptise Stone en référence à sa coiffure, clin d’œil aux Rolling Stones.
Ils se marient en 1966 et mènent d’abord des carrières séparées avant de décider de former un couple artistique en 1971. Leur premier tube « L’Avventura » les propulse au sommet. Entre 1971 et 1975, Stone et Charden accumulent les succès et les disques d’or. « Made in Normandie », « Il y a du soleil sur la France » et leurs autres hits font d’eux un véritable phénomène de société.
La naissance de leur fils Baptiste en juillet 1972 renforce leur image de couple parfait. Stone et Charden incarnent l’idéal romantique des années 1970, beaux, jeunes et talentueux. Ils deviennent les héros de romans-photos, enchaînent les couvertures de Télé 7 Jours, Salut les Copains et Mademoiselle Age Tendre. Leur popularité dépasse largement le cadre musical.
La séparation et les années difficiles
Le duo se sépare en 1974, déchiré par les tensions artistiques, médiatiques et amoureuses. Éric Charden refuse de s’enfermer dans le style duo et sort dès 1974 l’album « 14 ans, les Gauloises » écrit avec Guy Bontempelli. Cette première tentative solo révèle sa volonté d’explorer d’autres territoires musicaux.
Ses albums suivants « Pense à Moi » et « Promène » sortis en 1977 et 1978 rencontrent un succès très mitigé. L’aube des années 1980 s’annonce peu prolifique pour l’ancien membre du duo. Malgré le tube « L’été S’ra Chaud » très Club Med dans l’âme, Éric Charden peine à se défaire de son image ringarde et à reconquérir totalement le public.
La renaissance télévisuelle et les génériques cultes
La télévision offre à Éric Charden une seconde carrière inattendue au tournant des années 1980. La petite lucarne française se montre très demandeuse de dessins animés japonais et de leurs génériques musicaux. Contacté par Bruno-René Huchez, Éric Charden compose les thèmes français d’« Albator, le Corsaire de l’Espace » et du feuilleton de science-fiction « San Ku Kaï ».
Ces génériques le reconnectent avec un nouveau public, celui des enfants et adolescents des années 1980. Au tournant des années 2000, il devient ouvertement associé au phénomène culturel nostalgique désigné par l’expression « Génération Albator ». En 1999, Éric Charden sort même un nouveau générique d’Albator avec une instrumentation dance intitulé « Albator 2000 ».
Il compose également les génériques d’« Onze pour une coupe » et divers thèmes pour les bandes originales de ces séries. Cette activité télévisuelle lui assure une reconnaissance durable et des revenus réguliers. Éric Charden démontre sa capacité d’adaptation aux nouveaux supports médiatiques.
Le retour sur scène et la consécration tardive
En 2001 paraissent « La Baraque au néon », conte onirique sur la naissance et la renaissance, et « Le monde est gris, le monde est bleu », recueil de maximes illustrées de ses peintures. Éric Charden révèle ses talents de plasticien parallèlement à sa carrière musicale.
Éric Charden intègre la saison 2 de la tournée « Âge tendre et Têtes de bois » en 2007, retrouvant Stone sur scène après plus de trente ans. Le duo poursuit cette collaboration jusqu’en 2010 lors des saisons 3 et 4. Ces retrouvailles permettent à un nouveau public de redécouvrir leur répertoire commun.
En janvier 2012, Stone et Charden sont nommés chevaliers dans l’ordre national de la Légion d’honneur, reconnaissance officielle de leur contribution à la chanson française. La même année, Éric Charden signe un contrat d’exclusivité avec le marchand de tableaux Cortade Art pour exposer ses œuvres graphiques en Europe, aux États-Unis et en Chine.
Les derniers projets et la disparition
En avril 2012, il présente aux médias son nouvel album avec Stone, « Made in France », reprises de duos célèbres. En mai paraît son autobiographie « De l’encre sur les doigts » écrite avec la collaboration d’Alain Vernassa. Ces projets témoignent d’une créativité intacte malgré la maladie.
Éric Charden s’éteint le 29 avril 2012 à l’âge de soixante-neuf ans des suites d’un lymphome à l’hôpital Saint-Louis après quatre protocoles de chimiothérapie. Ses obsèques sont célébrées le 11 mai au crématorium du Père-Lachaise en présence de Stone, Didier Barbelivien, Sheila, Grégoire, Michel Drucker et Raphaël Mezrahi.
Ce 45 tours de 1979 témoigne de la capacité d’Éric Charden à se réinventer artistiquement après la gloire du duo. « L’été S’ra Chaud » reste un témoignage précieux de cette période charnière et mérite une écoute attentive pour comprendre l’évolution de cet artiste franco-asiatique unique.