Eric Clapton – Another Ticket – 1981

Eric Clapton signe son dernier disque RSO avec le 45 tours "Another Ticket" de 1981.

Février 1981. Eric Clapton clôt sa collaboration avec RSO Records par la sortie de l’album Another Ticket. Ce septième album studio, enregistré aux Compass Point Studios des Bahamas en juillet-août 1980, marque une étape charnière dans la carrière du guitariste britannique. Le 45 tours extrait de ces sessions porte en lui la mélancolie d’une époque révolue et l’émotion d’un hommage tragique.

Une dédicace bouleversante

L’album est dédié à Carl Radle, bassiste historique de Clapton décédé en mai 1980. Radle avait accompagné le guitariste pendant huit années et neuf albums, depuis Delaney & Bonnie and Friends jusqu’à Backless en 1978. Sa disparition à 37 ans, causée par une infection rénale liée aux drogues et à l’alcool, hante ces enregistrements. Ron Wood accusera Clapton d’être responsable de cette mort, le guitariste ayant licencié Radle en 1979 pour relancer sa carrière avec des musiciens anglais.

Le style laid-back de Another Ticket s’inspire directement de J.J. Cale, jusqu’à l’esprit de la pochette. Tom Dowd, producteur légendaire d’Atlantic Records et artisan de Layla, supervise ces sessions. La formation réunit Albert Lee à la guitare, Gary Brooker ex-Procol Harum aux claviers, et Henry Spinetti à la batterie. Malgré la présence de musiciens anglais, l’album affiche paradoxalement un son blues rock et country rock très américain.

A – Another Ticket

Another Ticket donne son titre au septième album studio d’Eric Clapton. Cette composition personnelle de 3 minutes et 21 secondes révèle un Clapton mélancolique, entre espoir et résignation. La chanson s’inscrit dans la lignée des ballades contemplatives du guitariste, évoquant l’attente et l’incertitude face à l’avenir. Le titre trouve une résonance particulière dans le contexte de 1981, marquant la fin d’une époque avec RSO Records.

La critique Rolling Stone décrit le morceau comme “une lamentation d’une beauté singulière aux accents Beatles”. Cette comparaison n’est pas anodine, tant la mélodie révèle une approche plus pop que les précédents titres de Clapton. La production de Tom Dowd met en valeur la voix du chanteur, soutenue par les arrangements subtils de Gary Brooker aux claviers. Albert Lee apporte sa signature guitaristique, créant un dialogue musical délicat avec Clapton.

Un testament artistique

Comme single, Another Ticket ne rencontre pas le succès d’I Can’t Stand It, qui atteint la première place des Mainstream Rock Tracks. Pourtant, le titre reflète parfaitement l’état d’esprit de Clapton à cette période. L’album se classe honorablement 7e aux États-Unis et 9e en France, mais les critiques restent mitigées. La tournée de promotion sera d’ailleurs interrompue rapidement à cause des problèmes d’ulcères de Clapton, causés par l’excès d’alcool.

Rita Mae clôt l’album Another Ticket sur une note plus énergique. Cette composition de 5 minutes et 2 secondes témoigne d’une approche différente de Clapton, plus rock et agressive. Le magazine Rolling Stone salue ce titre comme “le plus chaud des jams studio enregistrés depuis The Core de Slowhand en 1977”. Cette référence n’est pas innocente, tant Rita Mae révèle un Clapton libéré des contraintes du format single.

La pièce met en scène des duels guitare spectaculaires entre Eric Clapton et Albert Lee. Cette collaboration instrumentale rappelle les grands moments de Derek and the Dominos, quand Clapton échangeait des phrases avec Duane Allman. Albert Lee, virtuose de la Telecaster, pousse Clapton vers une intensité qu’il n’avait plus explorée depuis longtemps. Le résultat sonne comme une catharsis, un exutoire nécessaire après les tensions de l’époque.

Une violence contenue

Paradoxalement, Rolling Stone note que Rita Mae est “le seul titre de la face B qui ne parle pas de mort, mais de meurtre”. Cette observation révèle la noirceur qui traverse l’album Another Ticket. La chanson développe une énergie brute, presque sauvage, contrastant avec la mélancolie générale du disque. Tom Dowd capture cette intensité avec sa maîtrise habituelle, laissant respirer les guitares sans jamais perdre la cohésion rythmique.

Un testament musical sur fond de ruptures et de renouveau artistique.

Ce 45 tours de 1981 marque une césure majeure dans la carrière d’Eric Clapton. Dernier disque pour RSO Records, il annonce le passage chez Warner Music Group et une perte d’indépendance artistique que Clapton redoutait. Cette transition s’accompagne d’un changement profond dans l’approche commerciale du guitariste, qui deviendra plus formatée dans les années suivantes.

La figure de Tom Dowd plane sur ces enregistrements. Le producteur légendaire, qui avait supervisé les sessions de Layla avec Derek and the Dominos, apporte sa science de l’enregistrement. Pionnier de la stéréo et de l’enregistrement 8-pistes, Dowd avait travaillé avec les plus grands : Ray Charles, Aretha Franklin, John Coltrane, les Allman Brothers. Sa collaboration avec Clapton s’étend sur plus de dix ans, de 1970 à 1981.

L’ombre de Carl Radle

La mort de Carl Radle en mai 1980 bouleverse Clapton. Le bassiste de Tulsa, compagnon fidèle depuis l’époque Delaney & Bonnie, n’aura pas survécu à son licenciement. Radle avait été le pilier rythmique de Derek and the Dominos et l’artisan discret de tubes comme Wonderful Tonight et Lay Down Sally. Sa disparition à 37 ans, causée par les ravages de l’alcool et des drogues, hantera longtemps Clapton.

L’album Another Ticket se classe honorablement dans les charts malgré des critiques mitigées. Le succès du single I Can’t Stand It, numéro un des Mainstream Rock Tracks pendant deux semaines, confirme l’audience fidèle de Clapton. Pourtant, cette période marque la fin d’une époque créative. La tournée promotionnelle, interrompue par les problèmes de santé de Clapton, annonce les difficultés à venir.

Pour découvrir cette période charnière de Clapton, ce 45 tours offre un aperçu saisissant. Another Ticket et Rita Mae résument parfaitement les contradictions d’un artiste entre mélancolie et rage créatrice, entre passé glorieux et avenir incertain.

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