Après le triomphe de Tombé pour la France en 1985 et l’obtention du Bus d’Acier, Étienne Daho devient l’un des artistes incontournables de la scène française. La presse parle ouvertement de Dahomania. Le chanteur décide de ne pas se reposer sur ses lauriers. Il part à Londres pour enregistrer son troisième album studio. Ce sera Pop Satori, qui sort en 1986. L’album marque un tournant dans sa carrière. Étienne Daho s’entoure de musiciens britanniques pour créer un son plus ambitieux, plus aventureux.
L’album Pop Satori est enregistré à Londres avec le groupe Torch Song, dont le leader William Orbit sera plus tard le réalisateur artistique de Blur et Madonna. L’enregistrement est conflictuel. William Orbit ne passe que rarement au studio et envoie pour le remplacer son manager. Le seul membre du groupe qui participe vraiment à la réalisation artistique est Rico Conning. Étienne Daho et Arnold Turboust décident de rentrer à Paris pour terminer les enregistrements. Malgré ces difficultés, l’album devient un succès critique et commercial. Il est certifié disque de platine.
Le sens du titre
Le choix du titre Pop Satori n’est pas anodin. Satori est un mot japonais qui signifie compréhension ou éveil spirituel. Dans le bouddhisme zen, le satori désigne l’illumination, la compréhension soudaine de la nature de la réalité. Pour Étienne Daho, ce titre évoque une prise de conscience, un éveil qui suit une période difficile. L’album est porté par deux singles majeurs : Épaule tattoo dont le clip est réalisé par Philippe Gautier, et Duel au soleil. Ces deux titres reçoivent des critiques élogieuses et s’imposent dans les programmations radio.
Duel au soleil est écrit par Jérôme Soligny et Robert Farel. La chanson raconte clairement la fin mal vécue d’une romance. Le texte évoque une rupture à laquelle on ne s’attend pas, une séparation particulièrement violente sur le plan émotionnel. Étienne Daho semble avoir fait l’amère expérience de ce type de rupture. Le titre du morceau fait référence au film Duel au soleil de King Vidor sorti en 1946, western passionnel qui se termine dans la violence et la mort des deux protagonistes. Cette référence cinématographique illustre la culture visuelle et artistique du chanteur, toujours nourri par les grandes œuvres du septième art.
La collaboration avec Arnold Turboust
Étienne Daho coréalise l’album avec Arnold Turboust et Rico Conning. Arnold Turboust devient un collaborateur régulier et essentiel du chanteur. Ils avaient déjà travaillé ensemble sur Tombé pour la France et continueront à collaborer sur de nombreux projets. Cette association artistique permet à Daho d’explorer de nouveaux territoires sonores tout en conservant son identité pop. La production de Pop Satori est plus élaborée que les albums précédents, avec des arrangements sophistiqués et une attention particulière portée aux textures sonores.
Le single Duel au soleil sort en 1986. Il atteint la dix-septième place des ventes en 1987. Le titre connaît un succès d’estime auprès du public et de la critique. Moins immédiat que Tombé pour la France, Duel au soleil révèle une ambition artistique plus aventureuse. La chanson témoigne de la volonté d’Étienne Daho de ne pas se cantonner aux tubes dancefloor mais d’explorer des territoires plus intimes et plus sombres. Le morceau illustre sa capacité à transformer une douleur personnelle en matière artistique, à sublimer la souffrance d’une rupture en chanson pop sophistiquée.
Pop Satori confirme le statut d’Étienne Daho comme l’une des références de la pop française. L’album est certifié disque de platine. La presse spécialisée célèbre ce disque comme l’un des meilleurs de l’année. La pochette, signée par Daho lui-même, contribue à l’identité visuelle forte de l’album. Le chanteur enchaîne les projets, participe aux films d’Olivier Assayas et Virginie Thévenet, produit des artistes pour son label comme Robert Farel, Les Max Valentin et la chanteuse Dani. Il devient le parrain d’une nouvelle génération d’artistes pop français qui se réclament de son esthétique et de son exigence artistique.