Etienne Daho – Tombé Pour La France – 1985

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Tombé Pour La France - Etienne Daho
La Ballade D'edie S. - Etienne Daho

Quand Jean-Pierre Jeunet filme le premier tube de la Dahomania

Après le succès d’estime de l’album La notte la notte et du single Week-end à Rome en 1984, Étienne Daho entre dans une nouvelle phase de sa carrière. La France commence à tomber pour lui. Le single Week-end à Rome permet au chanteur de se faire connaître du grand public et l’album La notte la notte sort en mars 1984, illustré par un portrait de Pierre & Gilles. L’année 1984 marque un tournant. Étienne Daho devient l’une des références de la nouvelle vague pop française issue de la scène rock rennaise. La presse spécialisée commence à s’intéresser sérieusement à cet artiste atypique qui refuse les logiques commerciales traditionnelles.

Fort du succès d’estime de son deuxième album, Étienne Daho décide d’enregistrer un mini-album qui sort le 4 mai 1985. Ce disque contient six titres dont la version originale de Tombé pour la France, Et si je m’en vais avant toi en duo avec Françoise Hardy, Chez les yé-yé de Serge Gainsbourg, Arnold Layne de Syd Barrett, La ballade d’Edie S. et une version maximum de Tombé pour la France. Le projet permet à Daho de rendre hommage aux artistes qui l’ont formé. Il reprend des chansons de ses idoles tout en proposant ses propres compositions. Ce mini-album devient un classique de sa discographie.

Le clip de Jean-Pierre Jeunet

Le single Tombé pour la France sort le 29 avril 1985, quelques jours avant le mini-album. La chanson est écrite par Étienne Daho et Arnold Turboust. Le titre dure quatre minutes et onze secondes. Frank Darcel assure la production. Dominique Blanc-Francard et Frank Darcel signent le mixage. Laurent Léonard réalise la photographie de la pochette pour Art Breaker. Le clip est réalisé par Jean-Pierre Jeunet, qui deviendra quelques années plus tard l’un des réalisateurs français les plus reconnus avec des films comme Delicatessen, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ou Un long dimanche de fiançailles. Ce clip marque les débuts de Jeunet dans la réalisation de vidéos musicales.

Dans les toutes premières secondes du morceau, on peut entendre un bref extrait du morceau Woolloomooloo de l’album Zoolook de Jean-Michel Jarre, samplé et lu au ralenti. Ce détail sonore apporte une dimension électronique au titre. La chanson évoque un personnage qui tente d’oublier une rupture amoureuse en s’étourdissant sur les pistes de danse. Les paroles mêlent légèreté et mélancolie. Le refrain Si tu reviens n’attends pas que je sois tombé pour la France résonne comme un cri du cœur. Le titre fait référence à l’expression tomber au champ d’honneur, détournée ici pour évoquer la mort sentimentale.

La tournée Daho e Grupo

Tombé pour la France entre au Top 50 dès sa sortie. Le titre se classe durant dix-neuf semaines consécutives de juillet à novembre 1985, atteignant la treizième place. C’est le premier single d’Étienne Daho à figurer au Top 50. Le succès est fulgurant. La version maximum du titre enflamme les dancefloors. La presse commence à parler de Dahomania. Libération titre le 18 mars 1985 : Le phénomène Daho secoue le rock français. Le Télégramme de Brest écrit le 13 mars 1985 qu’Étienne Daho n’a qu’à paraître, baisser les yeux, sourire aussi pour faire fondre la France entière qui s’est trouvée un petit frère à sa mesure. La Dépêche du Midi déclare le 20 mars 1985 qu’Étienne Daho est déjà une légende et qu’il a su saisir l’air du temps, celui de 1984, dont il fut le héros.

Étienne Daho lance sa première grande tournée baptisée Daho e Grupo. Le répertoire comprend Week-end à Rome, Ton cinoche, Signé Kiko, Poppy Gene Tierney, Tombé pour la France, Le grand sommeil, On s’fait la gueule, Swigin’London, Arnold Layne, Jack tu n’es pas un ange, Promesses, La ballade d’Edie S., Et si je m’en vais avant toi, Il ne dira pas, Sortir ce soir, Saint Lunaire dimanche matin et Sunday morning. Les musiciens qui l’accompagnent sont Xavier Jouvelet à la batterie, François Daniel à la basse, Jello à la guitare, Arnold Turboust aux claviers, Daniel Paboeuf au saxophone, Christian Le Chevrotel à la trompette, et les choristes Estelle et Samantha.

La tournée passe par toutes les grandes villes de France. Le 18 mars 1985, Étienne Daho se produit pour la première fois à l’Olympia. La salle affiche complet. Le concert marque un tournant dans sa carrière. Le Monde écrit le 20 mars 1985 qu’il fait un triomphe à l’Olympia avec des histoires d’amour. Le Quotidien de Paris titre Un nouveau grand. La tournée passe également par Tours, Nancy, Dijon, Strasbourg, Lille, Rennes, Nantes, Brest, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Montpellier, Nice, Bourges, Liège et Bruxelles. Partout, c’est le même succès. Le public français découvre un artiste complet, élégant, qui refuse les facilités et impose son univers poétique.

A – Tombé Pour La France

Tombé pour la France sort en single le 29 avril 1985. La chanson est écrite par Étienne Daho et Arnold Turboust. Elle dure quatre minutes et onze secondes. Le titre figure sur le mini-album homonyme sorti le 4 mai 1985, puis est intégré l’année suivante sur l’album Pop Satori. Frank Darcel produit le morceau. Dominique Blanc-Francard et Frank Darcel assurent le mixage. Laurent Léonard signe la photographie de la pochette pour Art Breaker. Le clip est réalisé par Jean-Pierre Jeunet.

Tombé pour la France devient le premier single d’Étienne Daho à figurer au Top 50. Le titre se classe durant dix-neuf semaines consécutives de juillet à novembre 1985, dont une à la treizième place. Le succès est foudroyant. La version maximum enflamme les dancefloors. Les paroles évoquent un personnage qui tente d’oublier une rupture amoureuse en s’étourdissant sur les pistes de danse. Be bop pieds nus sous la lune sans foi ni toit ni fortune, je passe mon temps à faire n’importe quoi. Le refrain Si tu reviens n’attends pas que je sois tombé pour la France détourne l’expression militaire pour évoquer une mort sentimentale.

L’explosion de la Dahomania

Le succès de Tombé pour la France marque le début d’une frénésie médiatique baptisée la Dahomania. La presse se passionne pour cet artiste atypique. Rock & Folk écrit en avril 1985 : Daho gratias. Le succès d’Étienne Daho est réjouissant car il n’appartient à aucune logique, à aucun public. Il relève d’une séduction naturelle qui a su trouver ses marques dans la compétition bruyante. Best titre en mai 1985 : Étienne Daho c’est le son du moment. L’Est Républicain écrit le 30 septembre 1985 que Daho est la coqueluche de l’année. Celui que la chanson et le rock d’ici attendaient, assurent kids, midinettes et spécialistes de tous bords confondus. Rock & Folk note en novembre 1985 qu’Étienne Daho est un des rares à savoir parler aux petites filles et aux grands garçons et a réussi à concilier le double impératif commercial, il vend, et artistique, il ne se vend pas.

La ballade d’Edie S. figure sur la face B du 45 tours de Tombé pour la France. La chanson dure quatre minutes et trente et une secondes. Elle est écrite par Étienne Daho et Arnold Turboust. Le titre rend hommage à Edie Sedgwick, l’égérie d’Andy Warhol dans les années soixante. Edie Sedgwick fut l’une des muses de la Factory, le studio d’Andy Warhol à New York.

Les paroles évoquent le destin tragique de cette icône de l’underground new-yorkais. Edie se lasse et traverse le miroir, de blanc se pare pour un rendez-vous nulle part. La chanson décrit une chambre allumée où des photos sont déchirées et des lettres éparpillées. C’est un désordre qui ressemble à un départ. Le refrain Dedi dedicated to baby Edie dedicated to Edie S. sonne comme un hommage poignant. La ballade d’Edie S. témoigne de la culture cinématographique et artistique d’Étienne Daho, nourri par les icônes de la contre-culture américaine. Le titre illustre sa capacité à transformer des références pointues en chansons pop accessibles.

L'année de toutes les consécrations

L’année 1985 devient celle de toutes les consécrations pour Étienne Daho. Le 16 avril 1985, il remporte le Bus d’Acier, prix qui récompense le meilleur artiste rock de l’année. Cette distinction, créée en 1981 par le Bus Palladium, est considérée comme le prix Goncourt du rock français. Le jury est composé de critiques rock de la presse écrite, parlée et télévisée. Libération titre le 18 avril 1985 : Daho d’acier. Le Matin écrit le 19 avril 1985 : Grand prix du rock français 1985. Le Parisien note : Comme quoi le cœur a ses échecs que le succès ne connaît pas. Un succès qui, pour Daho, pourrait très vite tourner au triomphe.

Le 15 juin 1985, l’émission Les Enfants du rock diffuse sur France 2 un long portrait consacré à Étienne Daho. Le réalisateur Pascal Signolet filme le chanteur interprétant Le grand sommeil, Saint-Lunaire dimanche matin, Chez les yéyés, La ballade d’Edie S., Arnold Layne, Et si je m’en vais avant toi en duo avec Françoise Hardy et Week-end à Rome. Ce duo avec Françoise Hardy marque le début d’une amitié durable entre les deux artistes. En août 1985, Best écrit : Daho n’a jamais caché ses influences et le prouve en sortant ce maxi de Tombé pour la France avec trois reprises fignolées pour son plaisir et celui du public. Le succès grandissant n’a pas abîmé Daho. Il gardera toujours ses extases de fan. Celles d’un garçon d’aujourd’hui élevé dans le rock et marqué par lui à jamais.

Les récompenses s’accumulent

Le 23 octobre 1985, Étienne Daho reçoit un Discos d’Or lors de la septième édition de cette grande fête réunissant au Palais des Congrès à Paris les meilleurs artistes de l’année choisis par les DJ de France. Il est distingué aux côtés de Depeche Mode. En octobre 1985, l’album La notte la notte est certifié disque d’or. Une soirée est organisée pour la remise des disques d’or au musée Grévin par Virgin. De nombreux amis sont conviés pour cette première de sa carrière, dont Françoise Hardy et Frank Darcel. Françoise Hardy reçoit également un disque d’or pour sa participation sur l’album.

En octobre 1985, Virgin sort l’album Les Enfants du Velvet, qui rassemble six artistes du label revisitant à leur manière des compositions du groupe américain The Velvet Underground. L’album comprend All tomorrow’s parties par Rita Mitsouko, Venus in furs par Marc Seberg, Je rêve encore de toi Stephanie Says par Taxi Girl, Sunday morning par Étienne Daho, Sweet Jane par Graziella De Michele et I’ll be your mirror par Aliss Terrell. La version de Sunday morning par Daho devient l’une des plus belles reprises françaises d’un titre du Velvet Underground.

Le 23 novembre 1985, aux premières Victoires de la Musique, Étienne Daho est nominé Révélation de l’année. Même s’il ne remporte pas le trophée, cette nomination consacre son entrée dans le cercle des artistes majeurs de la chanson française. Le 29 janvier 1986, il est nominé au Midem à Cannes. Durant cette période, Étienne Daho participe à de nombreux projets. Il écrit les paroles du single de Jacno J’débloque tic-toc, face B du single Tant de baisers perdus, sorti chez CBS. Il fait les chœurs sur Tchiki boum, le premier titre du nouveau groupe rennais Niagara, chez Polydor, réalisé par Daniel Paboeuf et Niagara. Il prête sa voix sur le titre Virgin pain de Jérôme Soligny sur l’album Two girls old sorti chez Closer records.

La suite de la carrière

Après le triomphe de Tombé pour la France, Étienne Daho enregistre l’album Pop Satori en 1986, qui sera certifié disque de platine. L’album est enregistré à Londres avec le groupe Torch Song dont le leader William Orbit sera plus tard le réalisateur artistique de Blur et Madonna. Porté par les singles Épaule tattoo dont le clip est réalisé par Philippe Gautier et Duel au soleil, l’album reçoit des critiques élogieuses. La presse parle désormais ouvertement de Dahomania. Étienne Daho devient l’une des figures majeures de la pop française. Il enchaîne les projets, participe aux films d’Olivier Assayas et Virginie Thévenet, produit des artistes pour son label comme Robert Farel, Les Max Valentin et la chanteuse Dani.

En 2010, le ministère des Affaires étrangères et européennes retient Tombé pour la France parmi les chansons choisies pour faire découvrir la langue française aux étudiants étrangers. Une fiche pédagogique est créée dans le cadre du dossier Des clips pour apprendre numéro 12 : Ils chantent la France. Quarante ans après sa sortie, Tombé pour la France reste l’un des titres emblématiques d’Étienne Daho. La chanson a capturé un moment de temps, une époque où la pop française s’affranchissait des conventions pour imposer une élégance et une poésie nouvelles. Le titre témoigne du talent d’Étienne Daho pour écrire des chansons légères en apparence mais profondes dans leur substance, et pour transformer la mélancolie en hymne dansant.

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