Gigliola Cinquetti – Non Ho L’età (Version Originale) – 1964

Gigliola Cinquetti fait vibrer 1964 avec son 45 tours « Non Ho L'età ».

Vérone, janvier 1964. Une adolescente de seize ans aux yeux clairs monte sur la scène du Casinò de Sanremo. Gigliola Cinquetti vient de bouleverser l’histoire musicale italienne avec « Non Ho L’età ». Cette gamine de Vérone, issue d’une famille fortunée d’ascendance noble, fille de Luigi, architecte, et de Sara, femme au foyer, triomphe face aux géants Domenico Modugno, Claudio Villa, Gino Paoli et Milva. L’année précédente, elle avait remporté le concours « Voci Nuove » de Castrocaro avec « Le strade di notte » de Giorgio Gaber.

Une victoire qui stupéfie Mike Bongiorno

Le Festival de Sanremo 1964 marque une première : chaque artiste italien se produit en duo avec un interprète étranger. Gigliola Cinquetti partage la scène avec Patricia Carli, chanteuse italo-belge de son vrai nom Rosetta Ardito. Le jury lui accorde 2 235 147 voix, une victoire écrasante qui stupéfie Mike Bongiorno lui-même. « Non Ho L’età » triomphe dans une édition qui rassemble 24 chansons et 40 artistes, dont 16 internationaux comme Paul Anka, Gene Pitney et Frankie Laine. Mina, présente en platea comme spectatrice, avait été la seule à prédire cette victoire inattendue.

Quelques semaines plus tard, le 21 mars 1964 à Copenhague, Gigliola Cinquetti remporte l’Eurovision avec 49 points, distançant largement le britannique Matt Monro. Elle devient la première et seule artiste de l’histoire du concours autorisée à remonter sur scène pour saluer une seconde fois le public danois qui l’applaudit interminablement. Cette double victoire établit un record absolu et propulse « Non Ho L’età » vers un succès planétaire inédit pour une chanson italienne.

Le disque se vend à quatre millions d’exemplaires à travers l’Europe, une première dans l’histoire de l’Eurovision. Gigliola Cinquetti, à seize ans, devient la plus jeune gagnante de l’histoire du concours, record qu’elle conservera jusqu’en 1986 avec la victoire de Sandra Kim. La chanson sera traduite dans de multiples langues et conquerra les marchés de 120 pays.

A1 – Non Ho L'età Per Amarti / A2 – Sei Un Bravo Ragazzo

« Non Ho L’età Per Amarti » raconte l’histoire d’une adolescente qui refuse les avances amoureuses, se jugeant trop jeune pour vivre une relation sentimentale. Les paroles de Nicola Salerno et Mario Panzeri sur la musique de Gene Colonnello touchent immédiatement le public italien de 1964. Le titre exprime parfaitement l’innocence de l’époque, celle d’une jeune fille qui attend le bon moment pour aimer. Cette chanson de 3 minutes 13 devient instantanément l’hymne d’une génération.

Dirigée par le maestro Franco Monaldi, Gigliola Cinquetti interprète le titre avec une fraîcheur désarmante qui contraste avec la sophistication de ses concurrents. Le succès commercial est foudroyant : le disque reste en tête des classements italiens pendant deux semaines et conquiert l’Europe. En Belgique flamande, il atteint la première position, aux Pays-Bas la deuxième, en Allemagne de l’Ouest et en Norvège la troisième. La version française « Je suis à toi » interprétée par Patricia Carli connaît également un beau succès.

« Quando Vedo Che Tutti Si Amano » révèle une autre facette de Gigliola Cinquetti. Cette ballade mélancolique de Daniele Pace et P. Vallini évoque la solitude d’une jeune fille qui observe les couples s’aimer autour d’elle. Les arrangements de Angel Pocho Gatti, pianiste et directeur d’orchestre argentin installé à Milan, apportent une sophistication jazzy au titre. Gatti, ancien membre du « Bop Club Argentino » de Buenos Aires, collabore régulièrement avec les plus grands artistes italiens de l’époque.

« Penso Alle Cose Perdute » clôt cette face B sur une note nostalgique. Écrite par Specchia et Leuzzi, cette chanson évoque les regrets et la mélancolie d’un amour perdu. Les paroles parlent d’une jeune femme qui repense aux « choses perdues dans le bref temps d’une heure », errant dans son ancien quartier et regardant la lune en rêvant de celui qui l’a quittée. Comme pour la face A, l’orchestration de Pocho Gatti enrichit l’interprétation de nuances subtiles qui révèlent déjà la maturité artistique naissante de Gigliola Cinquetti.

Gigliola Cinquetti, figure solaire des années soixante.

Ce 45 tours marque le véritable lancement international de Gigliola Cinquetti. Née le 20 décembre 1947 à Cerro Veronese, elle grandit dans une famille aisée où la musique tient une place centrale. Dès l’âge de cinq ans, elle interprète la Vierge Marie dans une pièce de son école. Ses parents découvrent rapidement son talent et lui payent des cours de solfège et de piano. À douze ans, elle se produit déjà en amatrice au théâtre Ristori de Vérone tout en poursuivant sa scolarité à l’École des Arts de Vérone.

Un succès planétaire sans précédent

Après sa double victoire de 1964, « Non Ho L’età » est traduite en huit langues : « Luna nel blu » pour l’Allemagne, « No tengo edad » pour l’Espagne, « This Is my Prayer » pour les pays anglophones, « Yumemiru Omoi » pour le Japon. Gigliola Cinquetti entame des tournées triomphales de la France à l’Argentine, du Brésil au Canada, de l’Australie au Mexique. Les télévisions et radios du monde entier se l’arrachent. Elle enregistre même un duo avec Maurice Chevalier, « L’Italiano », qui reste dans les mémoires pour le clamore qu’il suscite.

Une carrière française exceptionnelle

Gigliola Cinquetti mène une carrière française de 1964 à 1977. Ses plus grands succès hexagonaux sont « L’Orage » sous le label Festival, puis sous CBS « Le bateau mouche », « Dernière Histoire, Premier amour », « Lui », « La Primavera ». Elle collabore étroitement avec Joe Dassin qui lui écrit « Le bateau mouche » et l’invite régulièrement dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier. Tous deux interprètent le tube « Comment te dire ». En 1965, elle donne son premier concert à l’Olympia.

En 1966, elle remporte à nouveau Sanremo avec Domenico Modugno pour « Dio, come ti amo ». En 1974, elle représente une seconde fois l’Italie à l’Eurovision avec « Sì », terminant deuxième derrière ABBA et « Waterloo ». Cette chanson provoque une controverse en Italie : le titre « Sì » (Oui) risquant d’influencer le référendum sur le divorce, la RAI censure sa diffusion jusqu’après le vote. En 1991, elle co-présente l’Eurovision à Rome aux côtés de Toto Cutugno. Ce 45 tours de 1964 demeure le point de départ d’une carrière exceptionnelle qui traverse les décennies et les continents.

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