Hugues Aufray – Céline – 1966

Aufray grave Céline, Stewball et des colères divines.

Un studio à Paris, une voix reconnaissable entre mille

En 1966, Hugues Aufray entre en studio. Le label Barclay presse un 45 tours. Sur la pochette, un visage grave. Sur les sillons, une ballade, un hymne antimilitariste, une légende équestre, une supplique divine. Quatre titres, quatre récits, une même veine : celle de l’homme engagé, enraciné, sincère.

Dans ce disque, Hugues Aufray chante « Céline ». Une femme attend, en bord de mer. Loin d’un simple chagrin d’amour, la chanson devient un adieu. Elle sort dans un moment clé de sa carrière, un an après son album avec Bob Dylan, dont il adapte plusieurs chansons. En parallèle, il continue de creuser son propre sillon : celui des chansons originales, des textes forts.

Deux titres originaux complètent la face A et la face B : « Les Mercenaires », chant de guerre désabusé, « Le Bon Dieu S’énervait », fable désillusionnée. Et surtout, « Stewball ». Une complainte venue du fond des âges, version française d’une chanson anglo-américaine sur un cheval, enregistrée ici avec une clarté acoustique remarquable.

Le 45 tours « Céline » s’inscrit dans une époque charnière. La chanson française cherche un nouveau souffle. Hugues Aufray l’apporte avec ses histoires, ses mots simples, ses mélodies tendues. Dans ses pas,

A1 – Céline A2 – Les Mercenaires

« Céline » ouvre le disque. La chanson naît d’un texte coécrit avec Vline Buggy, fidèle collaboratrice de nombreux artistes. Le ton est doux, grave. Une femme attend, seule, face à l’océan. Pas de réponse. Pas de retour. La mer est là, impassible. Hugues Aufray enregistre cette chanson dans une veine narrative simple, presque nue.

Le titre est diffusé sur les ondes, notamment sur les radios périphériques. Le nom « Céline » touche, intrigue. Le public s’y attache. Pas de performance tapageuse, mais une présence, une mélodie identifiable. Le morceau devient emblématique de son répertoire des années 60.

« Les Mercenaires » prolonge ce ton grave. Le texte, signé Aufray, Revaux et de la Noë, évoque la guerre, l’exil, la violence. Aucun effet. Juste des faits. Des hommes paient pour tuer. Le texte frappe. La musique reste en retrait. Elle laisse parler les mots. Aufray ne crie pas. Il constate. Il chante les blessures des autres.

« Stewball » est une légende à elle seule. Le cheval, connu dans les folk songs américaines, galope dans les mémoires depuis le XVIIIe siècle. Hugues Aufray découvre la chanson à travers le répertoire anglo-saxon, et la transforme. La version française devient une autre histoire. Une course perdue, un cheval valeureux, un rêve envolé. Le morceau reste fidèle au style dépouillé d’Aufray : guitare, voix, ligne claire.

La chanson est mal orthographiée sur la pochette : « Stweball ». Mais cela ne change rien à sa réception. Le public suit. Les radios la passent. Elle rejoint les grands titres de son répertoire. Le 45 tours se vend. Il circule. Il marque.

« Le Bon Dieu S’énervait » referme le disque. Encore une erreur typographique sur la pochette : « Le Bon Dieu S’ennuyait ». Mais dans la chanson, Dieu ne s’ennuie pas. Il s’énerve. Contre les hommes. Contre leurs choix. Le texte est écrit par Aufray, Revaux et de la Noë. Une fois encore, la fable est là, à peine voilée. L’arrangement reste minimal. Seuls les mots comptent.

Hugues Aufray, conteur des marges et des douleurs

En 1966, Hugues Aufray est une figure installée de la chanson française. Né Hugues Jean Marie Auffray en 1929 à Neuilly-sur-Seine, il a d’abord étudié les arts avant de se tourner vers la scène. Dans les années 50, il fréquente les cabarets parisiens. Il y forge son style : folk, engagé, acoustique.

Le succès arrive avec « Santiano » en 1961. Il enchaîne avec « Dès que le printemps revient », puis, surtout, ses adaptations françaises de Bob Dylan, publiées en 1965 sous le titre « Aufray chante Dylan ». Il est alors perçu comme un passeur. Mais Hugues Aufray ne se contente pas de traduire. Il compose aussi. Il écrit. Il raconte des histoires. Ce 45 tours en est un exemple précis.

Entre Paris et Nashville

À partir de la fin des années 60, il multiplie les tournées. Il enregistre aussi à l’étranger, notamment aux États-Unis. Il reste attaché à ses racines rurales, qu’il chante régulièrement. Il partage la scène avec Johnny Hallyday, France Gall, Antoine. Mais garde son style, loin des modes. Toujours acoustique. Toujours clair.

Les chansons de ce disque seront reprises, compilées. Certaines, comme « Stewball », entrent dans les anthologies de la chanson francophone. Hugues Aufray les interprétera encore des décennies plus tard. Sans changer une note. Ni un mot.

Écouter « Céline » aujourd’hui, c’est entendre une voix. Un regard. Une époque.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut