Jimmy Cliff – Reggae Night – 1983

Jimmy Cliff électrise 1983 avec une nuit reggae née d'une collaboration pop surprise.

1983. Jimmy Cliff aborde cette année avec la ferme volonté de reconquérir la scène internationale. Après s’être accordé une pause à la fin des années soixante-dix, le Jamaïcain a voyagé en Afrique, s’est converti à l’islam au Sénégal en prenant le nom d’El Hadj Naïm Bachir. Au début des années quatre-vingt, il renoue avec sa passion musicale première.

La rencontre décisive se fait avec Amir Bayyan, guitariste et claviériste de Kool & The Gang. Ensemble, ils vont produire trois albums qui propulseront Jimmy Cliff sur la scène internationale : The Power & The Glory (1983), Cliff Hanger (1985) et Hanging Fire (1987). Les musiciens de Kool & The Gang participent aux enregistrements de la plupart de ces albums.

Le parcours d’un survivant

James Chambers naît le 1er avril 1948 en Jamaïque, dans le Somerton District de la paroisse de Saint James. Élevé par son père dans des conditions de vie précaires, le jeune Jimmy trouve dans la musique sa seule échappatoire. À treize ans, il met un terme à sa scolarité pour se consacrer entièrement à sa passion musicale.

Il rejoint Kingston, la capitale jamaïcaine, multiplie les rencontres qui lui permettent de faire ses premiers pas. Un soir, errant dans les rues, il pousse la porte d’un bar qui vend aussi des disques. C’est l’heure de la fermeture, il prend son courage à deux mains et propose au patron de lui faire écouter ses maquettes. Le destin s’enclenche.

Les premiers succès

Fin 1961, il propose quelques chansons à Leslie Kong. Le titre Dearest Beverley décide le marchand de glaces à investir dans son premier enregistrement et à créer la marque Beverley’s. Le disque sort en Angleterre chez Island Records en même temps que celui de Bob Marley. Seul Hurricane Hatty de Jimmy Cliff devient un succès.

En 1964, il part en tournée avec Byron Lee et s’envole pour New York avec Prince Buster, Millie Small et Delroy Wilson pour promouvoir le ska aux États-Unis. La même année, il représente la Jamaïque à l’Exposition universelle dans le programme This is Ska! aux côtés de Prince Buster et Toots and the Maytals.

A – Reggae Night

Reggae Night naît d’une collaboration insolite. Amir Bayyan, membre de Kool & The Gang et demi-frère de Ronald et Robert “Kool” Bell, co-écrit cette chanson avec La Toya Jackson. Celle-ci, sœur du “Roi de la Pop”, apparaît aux côtés de Michael Jackson dans le clip The Way You Make Me Feel. Cette association improbable – un membre de la tribu Jackson et un spécialiste jamaïcain de ska et de reggae – crée les ingrédients d’un succès international.

La chanson évoque l’ambiance des soirées reggae où l’on se réunit pour faire la fête jusqu’à l’aube. Jimmy Cliff chante des personnes venues des quatre coins du pays pour partager amour, amusement et profiter de cette soirée reggae exceptionnelle. Il insiste sur le côté unique de cette fête reggae, événement qui n’arrive qu’une fois par an et qu’il ne faut surtout pas manquer.

Un succès planétaire

Le titre s’impose en quelques mois comme un succès international. D’abord proposé aux États-Unis, au Mexique, au Canada et en Europe, il conquiert progressivement le monde pour faire danser des millions de personnes. En France, Reggae Night rencontre un tel succès qu’elle se hisse à la deuxième place des meilleurs singles et à la onzième place sur l’ensemble de l’année 1984.

Le clip devient iconique. Au volant d’une décapotable bleue, Jimmy Cliff invite à embarquer pour une fête. Il n’hésite pas à se lever pour inviter ses passagers à danser, tout en assurant sa conduite. Cette mise en scène artistique contribue grandement à sa notoriété. Le single se vend à plus de 700 000 exemplaires en France, confirmant l’impact phénoménal de cette création.

L’album The Power and the Glory devient disque d’or en France. Reggae Night figure parmi les titres reggae les plus incontournables de ces dernières décennies. Lors de concerts ou de participations à de grands événements musicaux, Jimmy Cliff est encore aujourd’hui contraint d’entonner cette chanson s’il ne veut pas décevoir son public qui la connaît sur le bout des doigts.

H. Spence signe les paroles de cette face B plus traditionnelle. Roots Radical s’inscrit dans la lignée du reggae roots, courant musical qui puise ses racines dans les thèmes sociaux et spirituels chers à la culture jamaïcaine. Cette chanson contraste avec l’approche pop de Reggae Night, offrant aux amateurs une version plus authentique du son Jimmy Cliff.

Le titre illustre la diversité artistique de Jimmy Cliff, capable de naviguer entre différents registres reggae. Tandis que la face A séduit le grand public par sa mélodie accrocheuse, Roots Radical satisfait les puristes du genre. Cette dualité témoigne de l’intelligence commerciale et artistique du chanteur, soucieux de préserver sa crédibilité tout en conquérant de nouveaux publics.

Jimmy Cliff, la légende reggae aux mille visages

Le film The Harder They Come de Perry Henzell en 1972 révèle Jimmy Cliff au monde entier. Il y obtient le premier rôle dans cette œuvre qui raconte la dure réalité de l’industrie du disque en Jamaïque. La bande-son devient un grand succès pour Island Records avec deux versions de The Harder They Come et les morceaux You Can Get It If You Really Want et Sitting In Limbo.

Sa carrière cinématographique se poursuit avec plusieurs participations marquantes. En 1992, il obtient un nouveau succès en reprenant I Can See Clearly Now de Johnny Nash pour la bande-son du film Rasta Rockett. En 1994, il participe à la bande originale du dessin animé Le Roi Lion de Walt Disney avec le titre Hakuna Matata aux côtés de Lebo M.

Reconnaissance internationale

Jimmy Cliff obtient deux Grammy Awards du meilleur album de reggae : en 1986 pour Cliff Hanger et en 2013 pour Rebirth. En 2010, il entre au Rock and Roll Hall of Fame lors d’une cérémonie d’intronisation tenue au Waldorf Astoria de New York. Cette consécration couronne une carrière exceptionnelle.

Le 20 octobre 2003, le gouvernement jamaïcain le décore de l’Ordre du mérite. Ces distinctions officielles témoignent de son statut d’ambassadeur de la musique jamaïcaine dans le monde. Jimmy Cliff collabore avec les plus grands : Annie Lennox, Joe Strummer, Sting pour son album Fantastic Plastic People en 2002.

Engagements et collaborations

Artiste engagé, Jimmy Cliff participe au projet Artists United Against Apartheid pour s’opposer à la politique sud-africaine d’apartheid. Il contribue à l’album Sun City créé par Steven Van Zandt. En 1986, il fait les chœurs sur l’album Dirty Work des Rolling Stones. Ces collaborations prestigieuses confirment sa stature internationale.

Il obtient un tube en France en duo avec Bernard Lavilliers : Melody Tempo Harmony. En 2005, il interprète en duo avec Yannick Noah le titre Take Your Time. Ces partenariats français illustrent sa popularité hexagonale particulière. Dans l’Hexagone, Jimmy Cliff a vendu deux millions de singles et un million d’albums.

Reggae Night fait l’objet de nombreuses reprises au fil des années. La Toya Jackson s’autorise elle-même une reprise en 1991 pour son album No Relations. L’artiste algérien Cheb Tarik propose une version raï avec des paroles en arabe et en français. Le Collectif Métissé se lance en 2017 dans une version penchant vers le dancehall. Écouter ce disque, c’est découvrir un artiste capable de transcender les genres pour créer des hymnes universels.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut