L’année 1970 transforme Joe Cocker en phénomène planétaire. Le chanteur de Sheffield vient de marquer les esprits au Festival de Woodstock en août 1969. Sa voix rauque et ses gestes spasmodiques font sensation. Les services d’immigration américains le préviennent : annuler ses dates compromettrait ses futures tournées aux États-Unis.
La folle aventure Mad Dogs & Englishmen
Joe Cocker n’a plus envie de repartir sur les routes. Pourtant, il doit honorer son contrat. Le 12 mars 1970, il apprend qu’une tournée commence le 20 mars. Huit jours pour monter un groupe. Leon Russell, pianiste et chef d’orchestre, accepte le défi. Il recrute plus de trente musiciens, trois batteurs, des choristes dont Rita Coolidge et Claudia Lennear. Denny Cordell baptise cette armée musicale Mad Dogs and Englishmen, d’après la chanson de Noël Coward.
Cette tournée éreintante parcourt quarante-huit villes en cinquante-sept jours. Joe Cocker et Leon Russell s’affrontent. Le stress monte. Jim Keltner, batteur, décrit l’expérience comme “une immense fête sans limites”. Les magazines Time et Life saluent ces prestations exceptionnelles. Un double album live sort de cette aventure. Les concerts au Fillmore East des 27 et 28 mars 1970 sont immortalisés.
L’alchimie Russell-Cocker
La musique de Joe Cocker évolue vers un rock plus bluesy, comparable aux Rolling Stones. Leon Russell réarrange les titres avec génie. Deux morceaux émergent de cette collaboration explosive : “Cry Me A River” et “Give Peace A Chance”. Ces versions transforment radicalement les originaux. Le single sort en septembre 1970. “Cry Me A River” atteint la onzième place du Billboard Hot 100. Billboard décrit cette interprétation comme “une actualisation puissante dans le style unique de Cocker”.