En 1987, Johnny Clegg grave le disque le plus audacieux de sa carrière. Le « Zoulou blanc » vient de former Savuka après la dissolution de Juluka en 1985. Ce 45 tours EMI porte deux titres extraits de l’album « Third World Child » qui se vend à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde. L’Afrique du Sud vit alors sous état d’urgence depuis 1986, et les sanctions internationales isolent le régime d’apartheid. Dans ce contexte explosif, Johnny Clegg fait un choix radical : chanter en zoulou et en anglais pour dénoncer la ségrégation raciale.
Un groupe multiracial interdit
Savuka incarne tout ce que l’apartheid prohibe : un groupe multicolore réunissant Blancs et Noirs sur scène. Johnny Clegg expliquera plus tard : « Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial ». Le groupe se produit dans les universités, chez les particuliers, partout où la censure ne peut les atteindre. Leurs chansons sont interdites de diffusion en Afrique du Sud, mais le message traverse les frontières grâce aux radios internationales.
Le contexte des émeutes de Soweto
Ce disque sort deux ans après le dixième anniversaire des émeutes de Soweto de 1976, qui avaient fait 600 morts. Cette tragédie reste dans toutes les mémoires, et Nelson Mandela croupit sur l’île de Robben Island depuis 1964. Le régime interdit même la diffusion de photographies du leader emprisonné. C’est dans cette Afrique du Sud sous haute tension que Johnny Clegg ose prononcer le nom de Mandela en chanson, défiant ouvertement les autorités. Le producteur Hilton Rosenthal supervise ces enregistrements explosifs qui marquent une rupture dans la carrière du musicien.