Julie Covington – Don’t Cry For Me Argentina – 1976

La voix qui révéla Eva Perón au monde dans un 45 tours historique

Julie Covington émerge dans le paysage artistique britannique des années 1970 comme une figure singulière du théâtre musical et de la télévision. Née le 11 septembre 1946 à Londres, cette actrice et chanteuse anglaise forge sa réputation à travers une carrière éclectique qui la mène du théâtre aux comédies musicales, en passant par la télévision. Sa formation débute précocement au théâtre, dès l’âge de seize ans au sein de son école, où elle interprète des pièces comme Electra de Giraudoux, révélant déjà un talent prometteur pour l’art dramatique.

Les premiers pas vers la célébrité

C’est en 1967 que la carrière de Julie Covington prend un tournant décisif. Encore étudiante au Homerton College de Cambridge, elle est invitée à chanter dans l’émission télévisée de David Frost. Cette apparition remarquée lui ouvre les portes de l’industrie musicale et lui permet de signer son premier contrat discographique. Elle sort ainsi son premier album While the Music Lasts en 1967, marquant ses débuts officiels dans le monde de la chanson. L’année 1971 la voit participer à l’enregistrement de la chanson phare de Godspell, intitulée Day by Day, qui rencontre un grand succès et se classe à la treizième place du Billboard pop singles pendant l’été 1972.

L’ascension théâtrale et télévisuelle

Parallèlement à ses activités musicales, Julie Covington développe une solide carrière théâtrale. En 1973, elle endosse le rôle de Janet Weiss dans la revue The Rocky Horror Show de Richard O’Brien, participant ainsi à l’un des phénomènes culturels les plus marquants de la décennie. Sa polyvalence artistique la conduit également vers la télévision où, en 1976, elle décroche un rôle dans la série révolutionnaire Rock Follies. Cette production télévisuelle, écrite par Howard Schuman avec une musique d’Andy Mackay de Roxy Music, raconte l’histoire d’un groupe de rock féminin fictif appelé The Little Ladies. Julie Covington y incarne Devonia “Dee” Rhoades aux côtés de Rula Lenska et Charlotte Cornwell, dans une série pionnière qui aborde frontalement les questions féministes et présente des personnages féminins forts, chose rare à l’époque.

Rock Follies, un phénomène cultural

Rock Follies rencontre un succès considérable et devient rapidement un phénomène culturel. La série remporte trois prix BAFTA et génère un album qui atteint la première place des charts britanniques, performance exceptionnellement rare pour une bande originale de série télévisée à cette époque. La production est saluée comme révolutionnaire, étant l’une des premières séries dramatiques musicales et anticipant l’ère des clips vidéo et de MTV. L’impact de Rock Follies dépasse les frontières britanniques, la série étant diffusée aux États-Unis par PBS où elle devient culte, qualifiée de “bitingly convincing” par The New York Times. Cette exposition médiatique internationale prépare le terrain pour la consécration ultime de Julie Covington avec Evita.

A – Don't Cry For Me Argentina

Don’t Cry For Me Argentina surgit dans l’histoire de la musique comme l’une des chansons les plus emblématiques du théâtre musical moderne. Créée par le duo Tim Rice et Andrew Lloyd Webber pour leur comédie musicale Evita, cette chanson trouve sa première incarnation vocale en 1976 avec Julie Covington dans l’album concept original. Cette version studio précède de deux ans la création scénique de la comédie musicale, suivant le même processus que Jesus Christ Superstar, autre succès du tandem Rice-Webber. La chanson se déploie comme le moment culminant du second acte, lorsque le personnage d’Eva Perón s’adresse à la foule depuis le balcon de la Casa Rosada, exprimant ses regrets et sa méfiance dans un discours empreint d’émotion.

L’interprétation de Julie Covington propulse immédiatement la chanson au sommet des charts. En février 1977, Don’t Cry For Me Argentina atteint la première place des classements britanniques, établissant un record de succès pour une chanson issue d’une comédie musicale. Ce triomphe s’étend bien au-delà du Royaume-Uni, la chanson connaissant un succès international remarquable en Grande-Bretagne, Australie, Afrique du Sud, Amérique du Sud et dans diverses parties de l’Europe. Paradoxalement, malgré ce succès mondial, l’album Evita n’atteint pas le même niveau de reconnaissance aux États-Unis, révélant les spécificités culturelles du marché américain face au théâtre musical britannique.

Un héritage musical durable

Le succès de Don’t Cry For Me Argentina transcende les époques et inspire de nombreuses reprises. La plus célèbre demeure celle de Madonna pour le film Evita d’Alan Parker en 1996, qui permet à la chanson de toucher une nouvelle génération. Cette version cinématographique, incluant un remix intitulé The Miami Mix avec des paroles en anglais et en spanglish, se classe numéro un en France pendant quatre semaines en 1997. D’autres artistes marquants s’approprient également cette mélodie universelle : Petula Clark et Annie Cordy proposent en 1977 une version française intitulée La Chanson d’Évita avec des paroles adaptées par Pierre Delanoë, tandis que Milva l’interprète en italien sous le titre Non piangere più Argentina. Plus récemment, la chanson trouve un écho dans la culture populaire contemporaine avec sa reprise dans la série Glee, confirmant son statut d’œuvre intemporelle du répertoire musical mondial.

Rainbow High dévoile une facette plus intime et stratégique du personnage d’Eva Perón dans la comédie musicale Evita. Cette chanson, également interprétée par Julie Covington sur l’album concept de 1976, se situe au cœur du deuxième acte et révèle les préparatifs minutieux d’Eva pour sa Rainbow Tour européenne. La chanson expose sans fard la machinerie de l’image politique, montrant comment Eva Perón orchestre sa transformation en icône internationale. Le titre fait référence à cette tournée européenne historique qu’Eva entreprit en 1947, voyage qui connut un succès mitigé mais qui marqua l’apogée de sa carrière diplomatique.

L’écriture de Tim Rice et la composition d’Andrew Lloyd Webber créent un numéro particulièrement théâtral où Eva dirige une armée de coiffeurs, stylistes et habilleurs dans une chorégraphie effrénée. Les paroles révèlent l’ambition dévorante du personnage à travers des références culturelles précises : elle invoque Christian Dior, le couturier parisien dont le New Look révolutionne la mode en février 1947, et fait allusion à Machiavel, père de la philosophie politique moderne, soulignant sa compréhension instinctive du pouvoir. La chanson fonctionne comme un manifeste de l’ambition féminine, Eva exprimant sa détermination à éblouir ses descamisados tout en surpassant l’aristocratie traditionnelle. Cette dualité entre populisme et élitisme traverse toute l’œuvre de Rice et Webber, révélant les contradictions inhérentes au personnage historique d’Eva Perón. Rainbow High s’impose ainsi comme un morceau d’anthologie du théâtre musical, explorant avec finesse les mécanismes de la célébrité politique et du star-système, thèmes particulièrement résonnants dans la culture des années 1970.

Julie Covington, l'interprète originale d'une légende musicale

Le triomphe de Don’t Cry For Me Argentina aurait pu propulser Julie Covington vers une carrière scénique internationale, mais l’artiste fait un choix surprenant qui révèle son intégrité artistique. Lorsque les producteurs lui proposent de reprendre le rôle d’Eva Perón sur scène pour la création londonienne de 1978, elle décline catégoriquement. Julie Covington considère qu’elle ne pourrait pas mieux interpréter le personnage autrement que dans l’enregistrement studio et refuse de diluer la perfection de sa première interprétation. Ce refus ouvre la voie à Elaine Paige, qui créera le rôle sur scène au Prince Edward Theatre et connaîtra à son tour la célébrité internationale.

La reconnaissance et les récompenses

Cette période faste vaut à Julie Covington une reconnaissance officielle de l’industrie musicale britannique. En 1977, elle remporte le British Record Industry Award dans la catégorie Best British Female Newcomer, consacrant son statut d’artiste majeure. Parallèlement, sa performance dans Rock Follies lui vaut une nomination au prix BAFTA de la meilleure actrice, témoignant de sa polyvalence artistique. Cette double reconnaissance, musicale et dramatique, place Julie Covington dans une position unique au sein du paysage culturel britannique des années 1970.

L’exploration de nouveaux horizons artistiques

Loin de s’enfermer dans le succès d’Evita, Julie Covington continue d’explorer diverses facettes de sa créativité. En 1978, elle participe à l’ambitieuse production de Jeff Wayne’s Musical Version of The War of the Worlds, adaptation musicale du roman de H.G. Wells où elle partage la vedette avec Justin Hayward, David Essex, Phil Lynott, Chris Thompson et Richard Burton. Dans cette œuvre conceptuelle, elle interprète le rôle de Beth, épouse du pasteur Nathaniel, apportant sa voix cristalline à cette fresque science-fictionnelle qui devient rapidement un classique du rock progressif. La même année, elle sort son album éponyme Julie Covington qui comprend une reprise remarquée d’Only Women Bleed d’Alice Cooper, atteignant la douzième place des charts britanniques et démontrant sa capacité à réinterpréter des standards avec originalité.

L’engagement caritatif et le retour au théâtre

Fidèle à ses convictions, Julie Covington met régulièrement son talent au service de causes humanitaires. En 1977, elle participe à The Mermaid Frolics, concert de bienfaisance au profit d’Amnesty International, inaugurant un engagement caritatif qui se poursuivra tout au long de sa carrière. En 1982, elle retourne à ses premières amours théâtrales en participant à la production du National Theatre de Guys and Dolls, interprétant Sister Sarah face au Sky Masterson d’Ian Charleson. Cette performance lui vaut les éloges de la critique, notamment de Russell Davies qui salue sa voix d’un “timbre si particulier qu’elle ne trouve pas facilement son équivalent”. L’année suivante, elle fait ses débuts au cinéma dans Ascendancy d’Edward Bennett, film qui remporte l’Ours d’or du meilleur film au Festival de Berlin, confirmant sa capacité à exceller dans tous les domaines artistiques qu’elle aborde.

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