Julien Clerc – Ma Préférence – 1978

Julien Clerc révèle son cœur avec Ma préférence en 1978.

En 1978, Julien Clerc fête ses trente ans et vit une période charnière de sa carrière. L’album Jaloux sort cette année-là et marque une nouvelle étape artistique. Ce neuvième album studio révèle une collaboration inédite avec Jean-Loup Dabadie, parolier réputé pour son amour des mots. Le single associe Ma préférence en face A et Travailler c’est trop dur en face B. Ces deux titres témoignent de l’ouverture artistique de Julien Clerc qui diversifie ses collaborations après des années de complicité exclusive avec Étienne Roda-Gil.

Un tournant dans la carrière de Julien Clerc

Depuis 1976, Julien Clerc varie la liste de ses auteurs sur les conseils de son agent Bertrand de Labbey. Cette séparation progressive avec Roda-Gil est mal vécue par son ancien parolier. L’album À mon âge et à l’heure qu’il est avait déjà révélé Jean-Loup Dabadie avec Le Cœur trop grand pour moi. Maxime Le Forestier contribue également à Jaloux avec J’ai eu trente ans, texte d’une grande justesse qui clôture l’album. On retrouve aussi Maurice Vallet et l’inévitable Étienne Roda-Gil.

Le contexte émotionnel de Ma préférence

En 1975, lors du tournage du film D’amour et d’eau fraîche de Jean-Pierre Blanc, Julien Clerc tombe fou amoureux de Miou-Miou. L’actrice vit alors avec Patrick Dewaere, père de sa fille Angèle. C’est un véritable coup de foudre entre Miou-Miou et Julien Clerc. Cette relation, à l’origine de la rupture avec l’acteur, ne plaît pas à l’opinion publique de l’époque. Patrick Dewaere jouit d’une grande popularité depuis Les Valseuses de Bertrand Blier.

En 1978, au moment de la sortie de Ma préférence, Julien Clerc est officieusement en couple avec Miou-Miou. Leur relation cachée fait l’objet de nombreuses rumeurs, d’autant plus que l’actrice est perçue comme sulfureuse. Avec les paroles de Ma préférence, le chanteur choisit de répondre à ce désaveu général. Il y révèle son amour sans la nommer explicitement. Cet amour donne naissance à leur fille Jeanne en 1978.

A – Ma Préférence

Ma préférence révèle toute la sophistication de l’écriture de Jean-Loup Dabadie. Le parolier livre un texte d’une grande délicatesse qui aborde le thème de l’amour avec finesse. Dans cette chanson, il décrit les sentiments d’un homme pour sa bien-aimée face aux critiques extérieures. Le refrain exprime la force de cet amour : “Je le sais, on ne me croit pas fidèle à ce qu’elle est, et déjà vous parlez d’elle à l’imparfait, mais elle est ma préférence à moi”.

L’enregistrement se déroule au Studio CBE à Paris avec l’ingénieur du son Bernard Estardy aux manettes. Julien Clerc interprète la chanson accompagné par un orchestre symphonique dirigé par Jean-Claude Petit. Les arrangements orchestraux confèrent une dimension majestueuse à cette déclaration. Les vers suivants renforcent l’intimité révélée : “Il faut le croire, moi seul je sais quand elle a froid, ses regards ne regardent que moi, par hasard, elle aime mon incertitude, par hasard, j’aime sa solitude”.

Une composition aux accords sophistiqués

La mélodie de Ma préférence constitue l’un des éléments qui contribuent à sa réussite émotionnelle. Julien Clerc déploie son talent de compositeur avec des accords augmentés et diminués caractéristiques de son style. La chanson se termine sur une note d’espoir avec les mots “Elle est ma chance à moi”. Cette construction harmonique sophistiquée distingue le titre de la production contemporaine et révèle la maturité artistique du compositeur.

Travailler c’est trop dur constitue une reprise audacieuse du folklore traditionnel de Louisiane. Cette chanson cajun trouve ses origines chez Caesar Vincent, fermier louisianais considéré comme la source originale de ce titre. Zachary Richard avait popularisé cette version en 1977, l’interprétant de manière lascive dans un mouvement de balancier, accompagné d’instruments traditionnels : violon, accordéon, ti’fer, frottoir et harmonica.

La version de Julien Clerc, diffusée dans l’émission Numéro Un le 18 mars 1978, se révèle plus enlevée que l’originale cajun. Zachary Richard se souvient que Julien Clerc l’avait vu interpréter cette chanson à Paris et que le chanteur français lui avait demandé l’autorisation de l’enregistrer. Le texte traditionnel proclame : “Travailler, c’est trop dur, et voler, c’est pas beau. D’mander la charité, c’est quéqu’chose j’peux pas faire. Chaque jour que moi j’vis, on m’demande de quoi j’vis. J’dis que j’vis sur l’amour, et j’espère de viv’ vieux!”

Une interprétation française du folklore cajun

Zachary Richard précise que Julien Clerc a transformé cette complainte en hymne des fainéants, alors que lui l’avait chantée au premier degré comme une véritable complainte sur la dureté du labeur. La version française gomme les aspérités du dialecte cajun pour en faire une chanson accessible au public hexagonal. Cette adaptation témoigne de la capacité de Julien Clerc à s’approprier des répertoires éloignés de son univers habituel tout en conservant leur essence musicale.

Julien Clerc, consécration d'un artiste complet.

L’album Jaloux se révèle être le premier grand succès commercial de Julien Clerc avec 400 000 exemplaires vendus en France. Ma préférence marque les débuts de l’ascension de sa carrière. Les concerts qui suivent affichent complets et le chanteur devient la coqueluche de toute une génération. Cette popularité n’échappe pas aux publicitaires qui voient cet enthousiasme public d’un bon œil.

Le début d’une collaboration fructueuse

Ma préférence marque le début d’une nouvelle ère pour Julien Clerc. Cette première collaboration avec Jean-Loup Dabadie amorce une longue carrière commune. Le parolier lui écrira par la suite de nombreuses autres chansons comme L’assassin assassiné, Partir ou Femmes, je vous aime. Jean-Loup Dabadie, académicien et écrivain, apporte sa maîtrise des mots au service de la mélodie de Julien Clerc.

La publicité s’empare du succès

Le succès de Ma préférence attire les propositions publicitaires. Julien Clerc accepte une adaptation pour la marque de cassoulet William Saurin, choix qui rend le titre encore plus populaire auprès du public. Cette association entre chanson et publicité témoigne de l’impact culturel du morceau dans la société française de la fin des années soixante-dix. Julien Clerc et Miou-Miou se séparent en 1981, mais Ma préférence demeure l’un des plus beaux témoignages d’amour de la chanson française.

Ce 45 tours de 1978 capture un moment de grâce dans la carrière de Julien Clerc. Écoutez ces deux faces pour découvrir un artiste au sommet de son art, capable d’émouvoir autant que de surprendre.

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