L’affaire Louis’ Trio – Tout Mais Pas Ça – 1987

Téléphone dans le désert, humour en bandoulière : L’affaire Louis’ Trio décroche un 45 tours aussi pop que décalé.

1987. Le paysage musical français vibre au rythme des synthés et de la new wave. Mais dans cette effervescence, L’Affaire Louis’ Trio débarque avec une proposition différente. Plus colorée. Plus drôle. Plus graphique. Avec leur single « Tout Mais Pas Ça », ils signent un 45 tours qui ressemble à un sketch visuel et sonore. Le groupe lyonnais fait mouche, une fois encore, en imposant sa marque de fabrique : des textes à tiroirs, un univers visuel précis, et un sens de la narration en musique peu commun. Une démarche amorcée quelques mois plus tôt avec « Chic Planète », leur premier single au style déjà bien affirmé.

La pochette, illustrée par Cleet Boris lui-même (alias Hubert Mounier), donne le ton : trois silhouettes bien habillées plantées dans un désert, téléphone en main, entourées d’éléments absurdes. Une scène digne d’un cartoon belge. Sur la platine, le morceau déroule sa logique burlesque avec sérieux. Le disque sort chez Barclay, enregistré et mixé dans les studios français les plus fréquentés de l’époque. Côté production, Gabriel Nahas et Jean-Luc Simon sont aux manettes. Un projet à la fois précis et facétieux, qui continue de faire sourire presque quarante ans plus tard.

A – Tout Mais Pas Ça

« Tout Mais Pas Ça » déroule une histoire aussi décalée que ses visuels. Le titre parle d’un refus catégorique, presque enfantin, scandé avec aplomb et élégance. On est dans l’absurde élégant, typique du trio. L’interprétation est à la fois sérieuse et comique, servie par une ligne mélodique accrocheuse et un texte truffé de clins d’œil. Le morceau, écrit par Cleet Boris, s’impose rapidement dans les radios FM, surtout grâce à son refrain entêtant et à son ambiance légère.

À sa sortie, la chanson ne révolutionne pas les charts, mais elle impose L’Affaire Louis’ Trio comme un groupe à part, aussi soucieux de forme que de fond. Le single confirme le virage pop-synthé amorcé avec « Chic Planète » et s’inscrit pleinement dans leur premier album « Chic Planète », qui sort simultanément. Entre humour, absurdité maîtrisée et raffinement, ce morceau est devenu un favori des fans du groupe, toujours cité pour son ton décalé et son esthétique unique.

« La Nuit » change d’ambiance, mais pas d’univers. Moins loufoque, plus introspective, la chanson explore les replis du silence nocturne. Les paroles, toujours signées Cleet Boris, évoquent le mystère et la solitude avec une poésie simple et élégante. Les synthétiseurs se font plus doux, la voix plus posée. Le titre équilibre parfaitement le single en apportant un contrepoint émotionnel à l’exubérance de la face A.

Cette face B confirme le talent d’écriture du groupe. Derrière les jeux de mots et les déguisements sonores, il y a toujours une vraie sensibilité. En concert, le morceau est parfois réinterprété dans une version plus orchestrale, preuve de son potentiel au-delà du format pop. Moins radiophonique que « Tout Mais Pas Ça », il n’en reste pas moins un titre apprécié, discret mais fort.

Quand la pop devient dessin animé sonore

« Tout Mais Pas Ça » s’inscrit dans la droite lignée des productions de L’Affaire Louis’ Trio entre 1986 et 1988. Il vient enrichir la discographie d’un groupe qui a toujours navigué entre humour et finesse. Ce 45 tours reste un témoignage de la liberté artistique du trio, bien loin des standards formatés de la variété de l’époque. S’il ne figure pas parmi les plus gros succès commerciaux du groupe, il en représente pourtant parfaitement l’ADN.

Le disque est réédité dans plusieurs compilations, notamment dans les best-of parus après la séparation du groupe. Il continue d’être recherché par les amateurs de vinyles pop français, à la fois pour ses chansons et pour ses visuels signés Mounier. Le groupe, dissous dans les années 90, reste aujourd’hui une référence incontournable pour les amoureux de pop lettrée et décalée. Quant à Hubert Mounier, il continue à marquer les esprits bien après sa disparition, autant par sa musique que par ses bandes dessinées.

Un 45 tours à (re)découvrir sans hésitation, pour tous ceux qui aiment la chanson française quand elle ose sortir des cases et faire rimer légèreté avec intelligence.

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