1984. L’Italie propulse ses rythmes électroniques sur l’Europe. Raffaele Riefoli, alias Raf, sort Self Control au printemps. Le titre naît de la collaboration entre Giancarlo Bigazzi, déjà complice d’Umberto Tozzi sur Gloria, et Steve Piccolo, bassiste des Lounge Lizards. Celso Valli arrange cette mélodie planante qui capture l’essence de l’italo-disco naissante. Une vocalise obsédante sur la syllabe “oh”, improvisée par Raf au démo, devient le hook irrésistible du titre.
Le texte évoque les affres de la nuit, cette perte de contrôle face aux tentations nocturnes. Raf chante d’une voix masculine impassible cette vulnérabilité, créant un contraste saisissant avec la mélodie synthétique soaring. Le 45 tours italien grimpe immédiatement au sommet des charts. Self Control déclenche l’explosion de l’italo-disco en Europe continentale, ouvrant la voie à Den Harrow, Baltimora et consorts.
La riposte américaine
Laura Branigan saisit l’opportunité outre-Atlantique. La chanteuse new-yorkaise, propulsée par Gloria en 1982, adapte Self Control quelques semaines après la sortie italienne. Harold Faltermeyer, protégé de Giorgio Moroder, et Robbie Buchanan réarrangent complètement le titre. Exit la mélodie de synthétiseur, place au riff de guitare électrique. Le tempo ralentit, l’ambiance devient plus sensuelle, plus rock, moins dance.
L’été 1984 voit s’affronter les deux versions. Raf domine l’Italie pendant sept semaines et la Suisse. Branigan conquiert l’Allemagne, le Canada, l’Autriche. En Suisse, phénomène unique, les deux singles s’échangent la première place. La version américaine finit par s’imposer mondialement, devenant le titre de l’année en Allemagne et en Suisse. Branigan atteint la 4e place du Billboard, son dernier top 10 américain.
Le clip de William Friedkin, réalisateur de L’Exorciste, parachève le triomphe. Masques, danseurs en justaucorps, rues sombres de New York. MTV censure d’abord ces images jugées trop suggestives. Une polémique qui amplifie le succès planétaire de Self Control.