Les Champions – Cruel Sea – 1963

Les Champions surfent sur 1963 avec leur 45 tours instrumental « Cruel Sea ».

Novembre 1963. Les studios Bel Air enregistrent le nouveau disque des Champions. Après trois EP instrumentaux qui ont fait d’eux le meilleur groupe instrumental français, le quartet parisien explore de nouveaux territoires sonores. Claude Ciari attaque les premières notes de « Cruel Sea ». Sa guitare Gibson reproduit fidèlement l’original des Dakotas, groupe d’accompagnement de Billy J. Kramer.

L’année 1963 marque un tournant décisif pour Les Champions. Depuis l’automne 1962, ils ont quitté leur formule vocale avec Jean-Claude Chane. Gene Vincent les a choisis pour l’accompagner au Théâtre de l’Étoile. Claude Ciari a reproduit note pour note le solo de Johnny Meeks sur « Say Mama ». Vincent a stoppé l’audition : « C’est Les Champions que je veux ». Cette consécration leur ouvre les portes du succès instrumental.

Un groupe en pleine ascension

Alain Santamaria, Benoît Kaufman et Yvon Ouazana forment avec Claude Ciari une formation redoutable. Leur premier EP instrumental « Poupée brisée » s’est vendu à 100 000 exemplaires en janvier 1963. L’émission « Salut les Copains » l’a élu « Chouchou ». Les tournées s’enchaînent. Ils accompagnent Danyel Gérard sur « Je » et « America ». Le Podium d’Europe 1 résonne de leurs instrumentaux pendant l’été.

Eddie Barclay a créé le groupe à l’automne 1961 pour concurrencer Les Chats Sauvages. Il débauche leur batteur Willy Lewis. Pari réussi. Les Champions s’imposent rapidement comme les meilleurs musiciens de leur génération. Leur formation classique, leur maîtrise de l’harmonie et du solfège les distinguent des autres groupes français.

A1 – Cruel Sea = Oublie Qu'elle Est Si Belle A2 – Avec Des Si

« Cruel Sea » ouvre ce cinquième EP des Champions. Mike Maxfield des Dakotas a composé cet instrumental aux accents surf. La formation française s’approprie parfaitement cette mélodie venue d’Angleterre. Claude Ciari sculpte chaque note avec précision. Sa guitare solo dialogue avec les rythmiques d’Alain Santamaria. La basse de Benoît Kaufman pulse régulièrement. Yvon Ouazana maintient un tempo implacable.

Le titre français « Oublie Qu’elle Est Si Belle » accompagne cette version instrumentale. Aucun chant ne vient troubler la pureté mélodique. Les Champions privilégient l’expression pure de leurs instruments. Cette approche répond à leur nouvelle stratégie artistique depuis leur rupture avec Jean-Claude Chane fin 1962.

Une composition maîtrisée

« Avec Des Si » révèle une autre facette du groupe. Danyel Gérard signe cette composition. Les Champions l’accompagnent régulièrement en tournée et en studio. Cette collaboration fructueuse enrichit leur répertoire. L’arrangement instrumental transforme cette mélodie en pièce de bravoure. Chaque musicien développe sa partie avec virtuosité. L’ensemble conserve une cohésion remarquable.

« Martian Hop » transporte les auditeurs vers d’autres galaxies. Cette composition des Ran-Dells américains exploite la vogue de la science-fiction en 1963. John Spirt, Steve Rappaport et Robert Rappaport ont créé cette mélodie dans le salon de Spirt à Wildwood, New Jersey. Le titre raconte une fête dansante organisée par des Martiens pour « toute la race humaine ». Les Champions s’emparent de cette fantaisie musicale avec brio.

L’original américain a atteint la 16e place du Billboard Hot 100 en 1963. Sa popularité traverse l’Atlantique. Les formations françaises s’approprient ces nouveautés venues d’outre-Atlantique. Les Champions adaptent parfaitement ce morceau à leur style instrumental. Leurs guitares Gibson reproduisent les effets sonores évoquant l’espace et les extraterrestres.

Un standard réinventé

« If I Had A Hammer » clôt cette face B ambitieuse. Pete Seeger et Lee Hays ont écrit cette chanson en 1949 pour soutenir les dirigeants du parti communiste américain poursuivis en justice. Son message contestataire évoque le marteau de la justice, la cloche de la liberté et l’amour fraternel. Trini Lopez en a fait un tube mondial en 1963. Sa version atteint la 3e place américaine et devient disque d’or. Les Champions proposent leur interprétation instrum

Les Champions, figures montantes de l'instrumental français

Ce 45 tours marque l’apogée de la période instrumentale des Champions. Claude Ciari quittera le groupe début 1964 pour divergences avec Benoît Kaufman. Il entamera une carrière solo qui le mènera jusqu’au Japon où il s’installera définitivement. Jean-Louis Licart, ex-Pirates, le remplacera temporairement. Cette rupture sonne le début de la fin pour la formation originelle.

Le groupe poursuit sa mutation vers une formule vocale en combo au printemps 1964. Tony Harvey, ex-Play-Boys de Vince Taylor, rejoint la formation à la guitare et au chant. André Ceccarelli, transfuge des Chats Sauvages, remplace Yvon Ouazana à la batterie. Ce dernier intègre l’orchestre de Claude François. Alain Santamaria part au service militaire en septembre 1964. Cette conscription de 16 mois brise définitivement le groupe.

Un héritage musical durable

Formé par Eddie Barclay à l’automne 1961, Les Champions ont marqué leur époque. Leur objectif initial était de concurrencer Les Chats Sauvages qui dominaient les hit-parades. Barclay débauche leur batteur vedette Willy Lewis pour affaiblir ses rivaux. La stratégie fonctionne partiellement. Les Champions s’imposent rapidement comme les meilleurs instrumentalistes français de leur génération.

Leur formation classique les distingue de leurs concurrents. Claude Ciari maîtrise parfaitement la guitare country et admire Chet Atkins. Alain Santamaria a appris l’accordéon avant la guitare. Benoît Kaufman, fils de chef d’orchestre, assure la direction musicale du groupe malgré ses 15 ans. Cette expertise technique leur permet d’accompagner les plus grandes vedettes : Chuck Berry à la Fête de l’Humanité, Gene Vincent au Théâtre de l’Étoile, Vince Taylor en tournée.

Des collaborations prestigieuses

Les Champions ont participé à l’enregistrement de nombreux succès. Ils accompagnent Danyel Gérard sur ses tubes « Je » et « America » en 1963. Ils prêtent main-forte aux Pirates pour l’enregistrement de « Sheila ». Leur polyvalence leur ouvre toutes les portes des studios parisiens. Cette activité d’accompagnement complète leurs propres enregistrements.

Leur équipement Gibson leur confère un son unique. Guitares et amplificateurs de la marque américaine dominent leurs prestations. Cette fidélité à Gibson les rapproche du son des grands ensembles internationaux : The Shadows, The Surfaris, The Ventures. Leur approche technique rivalise avec les meilleurs groupes mondiaux.

Une reformation historique

Le 20 juin 2004, Les Champions se reforment à l’Olympia pour le concert « Les Pionniers du Rock Français – Le retour ! ». Claude Ciari revient de son exil japonais accompagné de son fils. Alain Santamaria et Willy Lewis complètent cette reformation quasi originelle. Cette soirée nostalgique rappelle l’importance de leur contribution au rock français naissant.

Aujourd’hui, leurs enregistrements témoignent d’une époque où l’instrumental français rivalisait avec les productions internationales. « Cruel Sea » reste un parfait exemple de leur savoir-faire. Chaque note résonne encore avec l’énergie de ces pionniers qui ont ouvert la voie au rock hexagonal.

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