Les Charlots – Dans: Aventures À La Télévision – 1966

Les Charlots transforment l'échec en succès avec leur premier 45 tours burlesque.

Paris, 1966. Les studios Vogue bouillonnent. Les Charlots arrivent avec leur énergie débordante. Cinq musiciens en pulls noirs posent pour la pochette. Le groupe vient d’enregistrer « Dans: Aventures À La Télévision », leur premier 45 tours sous ce nouveau nom. Quelques mois plus tôt, ils étaient encore Les Problèmes, accompagnateurs d’Antoine. La transformation s’est faite presque par accident. Christian Fechner, leur directeur artistique, leur demande d’enregistrer une parodie. Gérard Rinaldi prend un accent berrichon. Phil sort son accordéon. Jean Sarrus lance « Chauffe Marcel ! ». Le succès de « Je dis n’importe quoi, je fais tout ce qu’on me dit » change tout.

Une pochette psychédélique signée Guy Pellaert

Le disque sort avec une pochette gatefold extraordinaire. Une bande dessinée en six cases raconte l’histoire du yoyo. Les couleurs pop explosent. Orange, jaune, bleu, rose. Guy Pellaert, futur illustrateur de « Rock Dreams », signe cette œuvre. Les Charlots apparaissent en photo au verso. Cinq garçons hilares en pulls sombres. Le titre court sur toute la largeur : « Elle a un enfant dans les bras – mais non c’est un petit yoyo en bois du Japon ». Cette pochette annonce vingt ans de succès populaire. Les Charlots deviennent rapidement les rois de la comédie française, au cinéma comme sur scène. Leur impact culturel dépasse largement le cadre musical pour marquer l’imaginaire collectif français. Un héritage qui perdure encore aujourd’hui.

A1 – Elle A Gagné Le Yoyo En Bois Du Japon, Avec La Ficelle Du Même Métal / A2 – Charlots Pub's

La face A s’ouvre sur « Elle a gagné le yoyo en bois du Japon, avec la ficelle du même métal ». Un titre de trois minutes vingt-huit secondes signé Rego. L’accordéon de Phil introduit cette fable absurde. Une jeune femme remporte un concours télévisé en répondant à une question impossible. Son prix ? Un yoyo en bois du Japon avec une ficelle métallique. Elle rencontre un garçon aux yeux vert pistache. Ils attendent un enfant. La chute est délirante : c’est un petit yoyo qui naît.

Des parodies publicitaires décapantes

Le morceau mélange plusieurs influences. Le style rappelle Antoine, que Les Problèmes accompagnaient. Certains y entendent du Velvet Underground ou du Boris Vian. Les Charlots créent leur propre univers sonore. Entre rock garage et chanson française décalée. « Charlots Pub’s » ferme la face A. Une minute cinq de slogans détournés. « Glissez un Charlot dans votre moteur », « Charlot fond dans la bouche, pas dans la main ». Le groupe parodie la société de consommation naissante. Avec humour et dérision.

La face B démarre avec « Der Noël Von Scharlots ». Trois minutes quinze signées Sarrus. Un pastiche de chanson de Noël germanophone. Les Charlots multiplient les jeux de mots et les approximations linguistiques. L’accordéon revient, donnant une couleur musette à l’ensemble. Le groupe s’amuse avec les codes du music-hall et de la variété. Ils détournent les conventions avec une liberté totale.

L’humour grivois des cabarets

« Elle avait du poil au ventre » clôt ce premier EP des Charlots. Une minute douze de grivoiserie bon enfant. Le titre reprend la tradition des chansons paillardes du café-concert. Les Charlots puisent dans ce répertoire populaire. Ils le modernisent avec leur énergie rock. Cette face B montre déjà la diversité de leurs influences. Du pastiche musical à l’humour coquin, en passant par l’absurde.

Les Charlots, ces Problèmes devenus humoristes malgré eux

Ce 45 tours de 1966 marque un tournant. Les Problèmes, groupe de rock engagé, deviennent Les Charlots, phénomène comique. Luis Rego avait vécu deux mois et demi en prison au Portugal comme déserteur. Le groupe avait écrit « Ballade à Luis Rego, prisonnier politique ». Ils accompagnaient Antoine dans sa rivalité avec Johnny Hallyday. Les concerts dégénéraient parfois en bagarres. Avec Les Charlots, ils trouvent une autre voie. L’humour remplace la contestation. Gérard Rinaldi révèle ses talents d’imitateur. Phil son génie de l’accordéon décalé.

Le début d’une aventure extraordinaire

Christian Fechner voit juste. Ce virage comique ouvre des perspectives immenses. Les Charlots enchaînent les succès discographiques. « Paulette la reine des paupiettes », « Merci Patron », « L’Apérobic ». Ils deviennent les rois du cinéma comique français des années 70. « Les Bidasses en folie » attire 7,5 millions de spectateurs. Leurs treize films cumulent 40 millions d’entrées en France. Un milliard dans le monde selon certaines estimations.

Mais tout commence avec ce 45 tours. « Dans: Aventures À La Télévision » pose les bases de l’humour Charlots. Absurde, parodique, populaire. Un mélange unique qui traverse les générations. Aujourd’hui encore, écouter « Elle a gagné le yoyo en bois du Japon » procure un plaisir intact. Cette chanson impossible reste gravée dans les mémoires. Comme la preuve que l’humour le plus débridé peut créer des classiques intemporels.

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