Les Charlots – L’Aperobic – 1983

Marie refuse l'aérobic, Les Charlots inventent l'apérobic avec Gérard Rinaldi en 1983.

Dimanche 19 septembre 1982. Antenne 2 lance « Gym Tonic ». Véronique de Villèle et Davina Delor déboulent sur les écrans français avec leurs justaucorps fluorescents. L’aérobic déferle sur la France. Douze millions de téléspectateurs suivent les séances dominicales. Les Charlots observent ce phénomène avec l’œil aiguisé du parodiste professionnel.

Gérard Rinaldi, Jean Sarrus, Gérard Filippelli flairent immédiatement le potentiel comique de cette mode. L’aérobic devient « L’Apérobic ». L’idée germe rapidement : un paysan berrichon préfère déboucher des bouteilles plutôt que de suivre les mouvements de gymnastique. Sa femme Marie s’agite devant « Gym Tonic », lui préfère l’exercice de l’élévation du coude.

François Feldman aux arrangements

Cette parodie marque une étape importante dans la discographie des Charlots. François Feldman signe les arrangements de la face A. Le futur roi de la variété française travaille alors comme arrangeur chez Barclay. Il vient de contribuer au succès d’Élégance avec « Vacances j’oublie tout ». Son savoir-faire funk imprègne la production charlotesque.

Jean Fredenucci assure la production générale. L’ancien des 5 Gentlemen maîtrise parfaitement le processus de création musicale. L’enregistrement se déroule au Studio Davout sous la supervision de Philippe Omnes. Cette équipe technique garantit une qualité sonore irréprochable à la nouvelle création du trio.

A – L'Aperobic

Le cultivateur berrichon de Gérard Rinaldi refuse catégoriquement l’aérobic de Véronique et Davina. Sa femme Marie suit religieusement « Gym Tonic » chaque dimanche matin. Lui préfère sa propre gymnastique : déboucher le beaujolais, soulever le bordeaux, étirer le muscadet. « C’est l’apérobic ! » scande-t-il avec l’accent du terroir cher aux Charlots.

Cette parodie révèle le génie du groupe pour transformer l’actualité télévisuelle en chanson populaire. Les mouvements de fitness deviennent gestes vinerons. L’émission dominicale d’Antenne 2 inspire une chronique rurale décalée. Rinaldi campe un personnage de paysan réfractaire aux modes parisiennes, fidèle à ses traditions alcoolisées.

Le titre fonctionne parfaitement sur la structure musicale moderne concoctée par François Feldman. La production boogie-funk soutient l’humour rural des Charlots. Cette alliance entre modernité sonore et tradition comique assure le succès populaire. Le groupe maîtrise parfaitement l’art de surfer sur les phénomènes de société pour créer ses tubes.

La face B développe un registre totalement différent avec ce titre aux allures savantes. Guy Mattéoni signe les arrangements de cette composition originale qui s’éloigne radicalement de la parodie d’actualité. Le groupe explore un territoire créatif inattendu avec cette évocation napoléonienne décalée.

Cette chanson témoigne de la culture littéraire des Charlots. Derrière l’humour potache se cache une connaissance réelle de l’histoire française. Le trio démontre sa capacité à jongler entre registres populaires et références érudites. Cette diversité créative distingue les Charlots des simples amuseurs de kermesse.

L’arrangement de Mattéoni confère une dimension théâtrale à cette création singulière. Cette face B révèle une facette méconnue du groupe, capable de créer des contenus originaux loin de la seule parodie d’actualité. Cette polyvalence artistique explique la longévité de leur succès auprès du public français.

Les Charlots, maîtres absolus de la parodie télévisuelle française

« L’Apérobic » devient le plus gros succès discographique des Charlots. Le single dépasse les deux cent cinquante mille exemplaires vendus. Jean Sarrus évoque même le chiffre de quatre cent quatre-vingt-seize mille ventes. Cette performance commerciale confirme la pertinence de leur stratégie artistique basée sur le détournement de l’actualité.

Le groupe triomphe dans toutes les émissions de variétés de l’époque. « Champs-Élysées » les accueille déguisés en tenues fluorescentes, accompagnés de danseuses d’aérobic. Coluche se joint aux choristes pour cette prestation mémorable du 17 décembre 1983. Cette apparition télévisée marque l’apogée médiatique du trio charlotesque.

L’ultime triomphe du groupe originel

Ce succès intervient au moment charnière de l’histoire des Charlots. Gérard Rinaldi quitte définitivement le groupe en 1986 pour entamer une carrière solo. « L’Apérobic » représente donc l’ultime grand tube du trio originel. Cette chanson clôture brillamment quinze années de collaboration artistique fructueuse.

La performance de 1983 confirme la maîtrise parfaite de la méthode charlotesque. Identifier un phénomène de société, le détourner avec intelligence, créer un personnage rural décalé, habiller le tout d’une production musicale moderne. Cette recette éprouvée depuis « Paulette la reine des paupiettes » atteint ici sa perfection absolue.

L’héritage d’une époque révolue

Les Charlots ont marqué les années soixante-dix et quatre-vingt par leur capacité unique à transformer l’actualité en divertissement populaire. « L’Apérobic » illustre parfaitement cette méthode qui a fait leur succès. Quarante ans après sa sortie, cette parodie de « Gym Tonic » reste un témoignage savoureux d’une époque où la télévision française pouvait encore se moquer d’elle-même.

Ce disque de 1983 mérite une écoute attentive, dernier éclat de rire collectif d’un groupe qui aura su faire rire la France entière pendant trois décennies. Marie peut continuer son aérobic, l’apérobic de Gérard Rinaldi reste éternellement plus drôle.

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