Mai 1971. Trois ans après Mai 68. La France ouvrière gronde encore. Dans ce contexte social tendu, Les Charlots sortent « Merci Patron ». Un brûlot déguisé en chanson comique. Gérard Rinaldi et Luis Rego signent ce chef-d’œuvre de subversion joyeuse. Le texte raconte la journée d’un ouvrier exploité. Qui remercie ironiquement son patron pour tous ses malheurs. La musique swingue, l’accordéon valse. Le message passe en douceur.
L’humour des fils d’ouvriers
Les Charlots connaissent leur sujet. Rinaldi vient de Bagnolet, Sarrus de Puteaux. Des banlieues ouvrières. Ils ont vu leurs pères partir à l’usine. Rentrer crevés. Luis Rego, immigré portugais, a fui la dictature de Salazar. Il connaît l’exploitation. Cette authenticité transparaît dans « Merci Patron ». Ce n’est pas de la démagogie. C’est du vécu transformé en rire. La RTBF qualifiera plus tard la chanson de « communiste ». Mais c’est surtout de l’humour populaire.
L’année 1971 marque un tournant pour le groupe. Leur premier film « La Grande Java » vient de sortir. « Les Bidasses en folie » se prépare avec Claude Zidi. Le succès au cinéma s’annonce colossal. Mais Luis Rego sent le vent tourner. Trop politique pour la comédie grand public qui s’annonce. Il quittera officiellement le groupe après « Les Bidasses en folie ». « Merci Patron » reste son testament musical avec Les Charlots.