Septembre 1962. Les studios Barclay accueillent Les Chaussettes Noires pour une séance particulière. Le groupe enregistre Parce Que Tu Sais, thème principal du film Comment Réussir En Amour de Michel Boisrond. Cette collaboration cinématographique marque l’apogée du premier groupe de rock français, désormais reconnu comme acteur majeur de l’industrie du divertissement. Eddy Mitchell et ses compagnons transcendent leur statut de rockers pour devenir des artistes complets.
William Bennaïm à la guitare solo, Tony d’Arpa à la rythmique, Aldo Martinez à la basse et Gilbert Bastelica à la batterie forment l’écrin instrumental parfait autour du chanteur. Le saxophoniste Michel Picard enrichit encore la formation depuis février, apportant cette couleur jazz qui distingue le groupe de la concurrence. Cette équipe rodée vient de franchir le cap des deux millions de disques vendus, performance exceptionnelle pour l’époque.
Le label Barclay capitalise sur ce succès en associant les Chaussettes Noires au septième art. Michel Boisrond confie à Georges Garvarentz et Clément Nicolas la composition du thème principal de sa comédie romantique. Cette partition originale permet au groupe d’explorer des territoires musicaux nouveaux, loin des adaptations américaines qui ont fait leur réputation. Jean Fernandez supervise cette production qui révèle la polyvalence des musiciens.
L’âge d’or du rock français
Cette bande originale s’inscrit dans l’explosion du cinéma populaire français des années soixante. Comment Réussir En Amour met en scène Dany Saval et Jean Poiret dans une intrigue légère qui séduit le public de l’époque. Les Chaussettes Noires y interprètent plusieurs titres, consolidant leur image de groupe incontournable. Cette collaboration prestigieuse ouvre de nouveaux horizons à des musiciens initialement cantonnés aux salles de spectacle.
L’année 1962 trouve le groupe au sommet de sa forme créatrice. Le service militaire commence à disperser les membres, Eddy Mitchell effectuant ses classes à Montlhéry depuis mars. Cette séparation forcée n’entame pas l’élan créatif d’une formation habituée aux contraintes. Les permissions permettent encore quelques séances d’enregistrement qui donnent naissance à des œuvres remarquables. Cette résilience témoigne de la professionnalisation du groupe.