Février 1961. Les Chaussettes Noires sortent leur premier disque chez Barclay. Eddy Mitchell et ses quatre compères viennent de signer avec Eddie Barclay après des auditions en novembre 1960. Le groupe s’appelait encore Les Five Rocks puis Les Cinq Rocks avant d’adopter définitivement leur nom actuel. Cette appellation découle d’un accord publicitaire avec la marque de chaussettes Stemm négocié par Eddie Barclay et Lucien Morisse directeur des programmes d’Europe 1.
Les musiciens découvrent ce changement de nom lors de leur premier passage radio sur Europe 1. Le présentateur annonce non pas Les Cinq Rocks mais Les Chaussettes Noires. Cette affaire d’argent souscrite à leur insu indigne les membres du groupe mais leur apporte une notoriété considérable. Ils reçoivent une boîte de dix paires de chaussettes noires en compensation. Évelyne Langey, leur impresario, déclare que Stemm leur offre aussi leurs smokings, une batterie et trois amplis.
Des adaptations fidèles aux origines américaines
Ce premier 45 tours référence 70369 révèle la méthode des Chaussettes Noires : adapter systématiquement les succès rock américains. « Tu parles trop » transpose « You Talk Too Much » de Joe Jones. « Si seulement » adapte « Dirty Dirty Feelin’ » composé par Jerry Leiber et Mike Stoller. « Be Bop A Lula » revisite le classique de Gene Vincent en version française. « Tant pis pour toi » transpose « Wild Cat » également de Gene Vincent.
Claude Moine signe les adaptations françaises sous son vrai nom, pratique qu’il conservera tout au long de sa carrière. Vesta collabore aux paroles de plusieurs titres. Cette approche respectueuse des originaux tout en créant des textes français cohérents caractérise le travail d’adaptation des Chaussettes Noires. Le groupe maîtrise parfaitement les codes du rock’n’roll américain qu’il transpose avec intelligence pour le public hexagonal.
En 1960, près de la rue Saint-Dominique à Paris, Daniel Gouin, masseur kinésithérapeute non-voyant, enregistre le groupe sur magnétophone lors de répétitions dans une salle paroissiale. Il capte quatre titres qui resteront inédits près de quarante ans. Cette session révèle « Be-Bop-A-Lula » en anglais, « Betty » adaptation de « Baby Blue », « Tant pis pour toi » et « L’Ours gris » adaptation de « Running Bear » de Johnny Preston. Trois de ces titres figurent sur les deux premiers 45 tours du groupe.
Cette genèse révèle la préparation minutieuse des Chaussettes Noires avant leur entrée en studio professionnel. Le groupe répète intensivement son répertoire d’adaptations françaises de standards rock américains. Eddy Mitchell démarche ensuite les maisons de disques en s’inspirant du succès naissant de Johnny Hallyday qui vient de sortir ses premiers disques. Cette stratégie porte ses fruits avec la signature chez Barclay en novembre 1960.