Les Compagnons De La Chanson – Vénus – 1959

Les Compagnons de la chanson embrassent les sonorités internationales dans un EP cosmopolite de 1959.

L’année 1959 marque une étape capitale dans l’évolution artistique des Compagnons de la chanson. Après treize années de carrière professionnelle depuis leur transformation en 1946, cette formation lyonnaise atteint une maturité créative remarquable. Fred Mella, René Mella, Jean Broussolle, Guy Bourguignon, Jean-Louis Jaubert, Hubert Lancelot, Jean-Pierre Calvet, Gérard Sabbat et Jo Frachon constituent cette formation vocale à neuf voix qui rayonne désormais sur les scènes internationales. Cette même année, ils accompagnent le Tour de France avec un concert à chaque ville-étape, démontrant leur statut d’ambassadeurs culturels français.

Cette période révèle leur capacité exceptionnelle à s’approprier des répertoires cosmopolites tout en préservant leur identité chorale française. Depuis leur évolution artistique amorcée en 1957 avec l’enrichissement de leurs arrangements instrumentaux, ils explorent des univers musicaux variés. La collaboration fructueuse entre Jean-Pierre Calvet et Jean Broussolle s’épanouit particulièrement, le premier ayant rejoint le groupe en 1956 après le départ de Jean Albert. Ce tandem créatif produit certains des plus grands succès de la formation.

Jean-Pierre Calvet, compositeur inspiré des Compagnons

Jean-Pierre Calvet apporte à la formation sa sensibilité méditerranéenne et son génie mélodique. Né en 1925 à Orgon dans les Bouches-du-Rhône, ce brillant guitariste et premier prix de trombone développe très tôt une appétence musicale remarquable. Déniché par Jo Frachon et Hubert Lancelot dans un bar de Menton où il anime un ensemble, il rejoint Les Compagnons De La Chanson sur recommandation d’Édith Piaf qui déclarait qu’elle le trouvait dans la note. Sa collaboration avec Jean Broussolle produit des chefs-d’œuvre durables.

Jean Broussolle confirme son statut d’arrangeur et adaptateur incontournable du groupe. Né en 1920 à Saint-Vallier dans la Drôme, ce licencié ès lettres assume les arrangements vocaux complexes qui caractérisent leur art. Depuis son intégration en 1952 après le départ de Marc Herrand, il transforme les Compagnons en formation polyvalente, enseignant à ses confrères de multiples instruments et enrichissant considérablement leur palette musicale.

Rayonnement international et reconnaissance artistique

Cette production s’inscrit dans une période de reconnaissance internationale exceptionnelle. Leurs passages répétés à l’Olympia confirment leur statut parisien incontournable. En 1962, ils s’affichent cinq mois consécutifs à Bobino, exploit révélateur de leur popularité constante. Leur rythme effréné de 300 concerts annuels témoigne d’un professionnalisme exemplaire, conciliant production discographique intensive et tournées mondiales incessantes.

Leur capacité à collaborer avec des compositeurs internationaux révèle leur ouverture artistique. Les arrangements de Jean Broussolle transforment des mélodies étrangères en véritables créations françaises, respectant l’esprit original tout en y apportant leur couleur chorale distinctive. Cette période voit également l’intégration de Gérard Sabbat aux activités photographiques du groupe, témoignage de la polyvalence créative de chaque membre de la formation.

A1 – Vénus / A2 – La Guitare Et La Mer

Vénus révèle l’art consommé des Compagnons de la chanson dans l’adaptation de hits internationaux. Cette version française de E. Marshall adaptée par Jean Broussolle transforme le tube de Frankie Avalon en hymne choral sophistiqué. L’original américain, sorti en février 1959, propulse le jeune crooner de Philadelphie au sommet du Billboard Hot 100 pendant cinq semaines consécutives. Cette supplique adressée à la déesse romaine de l’amour devient instantanément un standard mondial.

L’adaptation chorale des Compagnons transcende la version originale par sa dimension polyphonique. Jean Broussolle respecte l’essence romantique de l’œuvre tout en y ajoutant la profondeur harmonique caractéristique du groupe. Cette transformation révèle leur capacité à faire leurs des créations contemporaines sans altérer leur esprit initial. Des décennies plus tard, Les Nuls utiliseront cette interprétation dans une parodie publicitaire décalée, inventant une “crème de jour à base de compagnons” et présentant le groupe comme une espèce menacée, détournement humoristique qui témoigne de l’ancrage profond de leur musique dans la culture populaire française.

Carioca, Mon Ami, adaptation française de Madeira De Lei par Jean Broussolle d’après L. Bandeira et R. Araujo, transporte l’auditeur vers les rythmes brésiliens authentiques. Cette composition puise dans l’héritage musical sud-américain, pays où résonnent traditionnellement les sambas et autres danses populaires aux syncopations complexes. L’arrangement des Compagnons respecte ces influences tropicales tout en conservant leur couleur chorale française distinctive. Cette fusion culturelle témoigne de leur ouverture artistique aux musiques du monde.

Le Marchand de bonheur représente l’un des sommets créatifs du tandem Calvet-Broussolle. Cette composition originale naît de l’inspiration subite de Jean-Pierre Calvet lors d’une tournée en Israël, quelques notes griffonnées sur une nappe en papier qui deviennent rapidement une mélodie obsédante. Jean Broussolle y ajoute des paroles évoquant un vagabond répandant le bonheur par ses chansons, métaphore parfaite de l’art des Compagnons. Ce titre atteint le sommet des hit-parades français en 1959 et devient l’une des mélodies françaises les plus exportées selon les statistiques de la SACEM. Cette chanson emblématique symbolise si parfaitement l’esprit du groupe qu’elle inspire le nom de sites internet dédiés à leur mémoire.

Les Compagnons de la chanson, virtuoses de l'adaptation internationale

La Guitare et la mer illustre parfaitement leur maîtrise de l’adaptation internationale. Cette composition allemande de Lotar Olias et Von Pinelli, adaptée par Jean Broussolle, devient Die Gitarre und das Meer dans sa version originale interprétée par Freddy en janvier 1959. Le titre allemand connaît un succès phénoménal, culminant quatorze semaines au sommet des charts germaniques. L’adaptation française des Compagnons respecte l’atmosphère évocatrice de l’original tout en y apportant leur sophistication chorale caractéristique.

Cette période faste consolide leur position d’interprètes incontournables de la chanson française. Leur discographie s’enrichit de plus de 350 titres au total, dont 50 demeurent encore inédits aujourd’hui. Cette productivité témoigne d’une créativité constante et d’une exigence artistique qui ne se dément jamais. Chaque membre assume des responsabilités spécifiques : Jean-Louis Jaubert fait fonction de directeur artistique, Jean-Pierre Calvet assure les compositions originales, Jean Broussolle supervise arrangements et adaptations.

Impact culturel et héritage artistique

L’homogénéité remarquable de cette formation vocale masque des personnalités individuelles brillantes. Fred Mella demeure la principale vedette soliste, apparaissant en relief sur les couplets avec son timbre caractéristique aux accents italiens, tandis que les huit autres compagnons assurent les harmonies d’accompagnement sur plusieurs tonalités. Cette répartition des rôles crée la touche si caractéristique de cette formation exceptionnelle. Jean Broussolle enseigne simultanément plusieurs instruments à ses confrères, révélant leur polyvalence musicale croissante.

Leur collaboration avec des photographes comme Gérard Sabbat et des imprimeurs prestigieux témoigne de leur attention constante à tous les aspects de leur production artistique. Cette exigence globale, des arrangements vocaux jusqu’à la présentation visuelle, établit des standards de qualité qui influencent durablement l’industrie musicale française. Leur capacité à transformer des hits internationaux en créations chorales françaises authentiques révèle un art de l’adaptation qui demeure inégalé.

Rayonnement international et postérité

Cette production de 1959 survient à l’apogée de leur reconnaissance internationale. Leurs tournées mondiales les mènent du Canada au Japon en passant par l’Israël et les États-Unis. Cette omniprésence géographique témoigne de l’universalité de leur art choral, transcendant les barrières linguistiques et culturelles. Leur influence sur l’évolution de l’art choral français demeure considérable, inspirant de nombreuses formations vocales contemporaines par leur approche respectueuse et créative des répertoires internationaux.

Cet EP de 1959 illustre parfaitement leur capacité à concilier fidélité à leurs origines lyonnaises et ouverture aux influences mondiales. Cette synthèse créative unique fait des Compagnons de la chanson des ambassadeurs exceptionnels de l’art vocal français, capable de transformer n’importe quelle mélodie en véritable création chorale qui révèle toute la richesse de leur univers musical raffiné.

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