Morris Albert – Feelings – 1975

Une balade douce-amère née sous le soleil brésilien

Un slow planétaire rattrapé par la justice

En 1975, le chanteur brésilien Morris Albert publie le 45 tours Feelings, un single qui s’apprête à conquérir la planète. Derrière ce nom de scène se cache Maurício Alberto Kaisermann, né à São Paulo, ancien animateur radio et ex-membre du groupe The Samwest. Le disque sort en France chez Copacabana et Vogue, sous la série Hit Discotheque Parade, au format 7″, 45 tours. La pochette porte la mention Version originale.

Feelings est né en 1974, au Studio Reunidos de São Paulo. La session, arrangée par Waldomiro et Sérgio Lemke, réunit le groupe studio Os Carbonos. À la batterie, on utilise des balais pour souligner l’atmosphère feutrée. La chanson s’inspire d’une relation platonique entre le chanteur et une femme connue au Brésil. Le titre figure d’abord dans l’album After We’ve Left Each Other.

Le morceau est repéré par la production de la telenovela Corrida do Ouro, ce qui propulse sa popularité au Brésil. Il atteint la première place du classement Grande Parada Brasil et s’écoule à 300 000 exemplaires dans le pays. Le succès dépasse rapidement les frontières sud-américaines.

Un tube mondial à diffusion rapide

En 1975, Feelings entre dans le Billboard Hot 100 américain et grimpe jusqu’à la 6ᵉ place. Il atteint aussi la 2ᵉ position du classement Easy Listening. Trois millions de copies sont écoulées aux États-Unis, ce qui vaut à Morris Albert un disque d’or certifié par la RIAA. La chanson est nominée aux Grammy Awards dans deux catégories majeures : Chanson de l’année et Meilleure prestation vocale pop masculine.

En France, Mike Brant enregistre une version en français sous le titre Dis-lui, avec des paroles de Michel Jourdan. Le titre est aussi repris par Hervé Vilard, Julio Iglesias, Caetano Veloso, Nina Simone, The Offspring ou Walter Jackson. En tout, plus de 300 versions sont comptabilisées à travers le monde.

A1 – Feelings

Le morceau Feelings est interprété avec douceur par Morris Albert. Il repose sur une mélodie simple accompagnée d’un piano, d’une contrebasse et d’une batterie discrète. Le titre évoque le chagrin d’amour dans une structure répétitive, ce qui le rend accessible et mémorisable pour un large public international.

Sa diffusion débute au Brésil via une telenovela, puis gagne les États-Unis, où il devient l’un des slows les plus programmés de l’année 1975. Sa popularité est immédiate en Europe, où le disque est pressé dans plusieurs pays, notamment en France, sous le label Vogue.

La face B du 45 tours propose un morceau plus rythmique : Ways Of Fire / Boombamakaoo. Il est coécrit par Morris Albert et P. Carlson, pseudonyme utilisé pour Pierre Delanoë, célèbre parolier français. Moins connu que la face A, ce titre propose une ambiance contrastée, avec des variations harmoniques marquées.

Ce morceau reste absent des classements mais souligne la volonté de Morris Albert d’étoffer son univers sonore au-delà d’un simple slow à succès. Il témoigne de ses collaborations internationales, notamment avec la scène française.

Le triomphe freiné par un procès retentissant

En 1986, une plainte est déposée par le compositeur français Loulou Gasté, affirmant que Feelings plagie son œuvre Pour Toi, enregistrée en 1956 par Dario Moreno pour le film Le Feu aux poudres. L’affaire est jugée à New York en 1988.

Le tribunal fédéral de Manhattan reconnaît que Morris Albert a plagié le thème principal de Pour Toi. 88 % des droits d’auteur sont alors réattribués à Loulou Gasté. Morris Albert est condamné à verser 500 000 dollars de dommages et intérêts et à inscrire désormais Gasté comme co-auteur du morceau.

Un nom resté célèbre, mais associé au litige

Après cette décision, la carrière de Morris Albert s’essouffle. Aucun de ses titres suivants n’atteindra le niveau de succès de Feelings. Le chanteur poursuit ses activités dans une discrétion relative. Malgré tout, la chanson reste présente dans la mémoire collective, régulièrement utilisée dans des films ou publicités.

Avec Feelings, Morris Albert a écrit un morceau qui continue d’émouvoir, malgré les polémiques. Un disque à redécouvrir pour ce qu’il a représenté à son époque.

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