En 1967, Pétula Clark se retrouve au cœur d’une collaboration artistique inattendue avec Charlie Chaplin. Le maître du cinéma muet, âgé de 77 ans, vient d’achever son dernier film “La Comtesse de Hong-Kong” avec Marlon Brando et Sophia Loren. Pour cette comédie romantique en couleur, Chaplin compose une mélodie qu’il destine initialement à Al Jolson. Problème : la star américaine est décédée en 1950. Le réalisateur accepte cette réalité seulement après qu’on lui montre une photographie de la tombe de Jolson.
Chaplin se tourne alors vers Pétula Clark, sa voisine en Suisse. En septembre 1966, Claude Wolff, mari et manager de la chanteuse, reçoit une copie de “This Is My Song” alors qu’il se trouve avec Clark à Reno, Nevada. La chanteuse pressent immédiatement le potentiel français du titre, mais son collaborateur habituel Tony Hatch refuse catégoriquement d’arranger cette composition qu’il juge inadéquate.
Une production contrariée
Vogue Records commissionne alors l’arrangeur français Jacques Denjean, mais Claude Wolff juge son travail inadéquat. Finalement, Warner Bros Records envoie Ernie Freeman qui s’envole pour Reno afin de préparer l’enregistrement aux Western Studios de Los Angeles. Sonny Burke assure la production de ces sessions qui bénéficient de l’accompagnement du célèbre Wrecking Crew.
Pétula Clark enregistre d’abord les versions française, allemande et italienne du titre. Pierre Delanoé signe l’adaptation française “C’est Ma Chanson”, bien qu’il considère également ce titre comme un mauvais choix pour Clark. La chanteuse déteste les paroles volontairement désuètes de Chaplin, qui refuse toute modification. Elle n’accepte d’enregistrer la version anglaise qu’en fin de session, persuadée qu’elle ne servira que pour un album.
Les collaborateurs français
Pour cet EP, Pétula Clark retrouve ses collaborateurs français habituels. Georges Aber, spécialiste des adaptations, avait déjà travaillé sur “Dans Le Temps” et “Va Toujours Plus Loin”. Hubert Ballay apporte sa double expertise de diplomate et de directeur artistique chez Barclay. Personnage aux multiples facettes, il inspire à Barbara sa chanson “Dis, quand reviendras-tu ?” et co-créera plus tard le dessin animé Watoo Watoo pour Antenne 2.
Cette production française s’inscrit dans la stratégie multilingue éprouvée de Pétula Clark. Depuis son installation parisienne en 1961, elle développe un répertoire spécifiquement francophone qui complète ses succès internationaux. Cette approche lui permet de dominer simultanément les marchés européens et américains, démontrant une intelligence commerciale remarquable pour une artiste de cette époque.