L’été 1962 marque un tournant décisif dans la carrière française de Petula Clark. Après quatre années de construction patiente de sa notoriété hexagonale, la chanteuse britannique s’apprête à connaître son premier véritable triomphe populaire avec Chariot. Ce single, gravé sous la direction artistique de Peter Knight et son orchestre, cristallise toutes les ambitions de Petula : s’imposer définitivement comme une vedette française à part entière.
L’EP paraît dans un contexte musical particulier. L’année 1962 voit éclore la vague yéyé avec Sylvie Vartan, Françoise Hardy et France Gall. Face à cette concurrence nouvelle, Petula Clark mise sur sa maturité artistique et la sophistication de ses arrangements. Mariée depuis un an à Claude Wolff, elle bénéficie désormais d’un management avisé qui orchestrera méthodiquement sa conquête du public français. L’EP Chariot représente l’aboutissement de cette stratégie.
Le mystère de la composition de Chariot
L’histoire de Chariot révèle l’une des plus savoureuses anecdotes du show-business français. La mélodie naît de la collaboration secrète entre Franck Pourcel et Paul Mauriat, deux géants de l’arrangement français. Les deux complices signent sous les pseudonymes de J.W. Stole et Del Roma pour préserver le secret de leur participation. Ils confient ensuite les paroles à Jacques Plante, parolier en vogue qui vient de signer les adaptations de J’entends siffler le train pour Richard Anthony et Les Comédiens pour Charles Aznavour.
L’année 1962 s’avère exceptionnelle pour Jacques Plante, qui accumule les succès : Un Mexicain pour Marcel Amont, Telstar pour Colette Deréal, et bien sûr Chariot. Cette dernière composition développe un climat western parfaitement dans l’air du temps, alors que sortent La Conquête de l’Ouest et L’Homme qui tua Liberty Valance. Le thème du chariot évoque l’aventure et l’évasion, séduisant un public français fasciné par l’imagerie américaine.