Pétula Clark – Dans Le Temps = Downtown – 1965

Pétula Clark adapte "Downtown" en français avec son EP "Dans Le Temps" de 1965

En 1965, Pétula Clark transpose son succès mondial “Downtown” sur le marché français avec “Dans Le Temps”. Cette version française, adaptée par Georges Aber et Tony Hatch, témoigne de la stratégie multilingue de la chanteuse britannique qui conquiert l’Europe en enregistrant dans plusieurs langues. L’EP français, référencé EPL 8310 chez Disques Vogue, rassemble quatre titres qui illustrent parfaitement cette approche continentale.

L’inspiration originale de Downtown naît de la première visite de Tony Hatch à New York. Compositeur et producteur britannique, il conçoit cette mélodie comme une chanson doo wop R&B qu’il destinait initialement aux Drifters. Mais quand Petula Clark entend cette composition lors d’une session, elle propose immédiatement d’écrire les paroles pour que celles-ci atteignent le même niveau de qualité que la mélodie. Cette collaboration donne naissance au tube planétaire de 1964.

Une artiste déjà établie en France

Depuis son invitation à l’Olympia de Paris en 1957, Pétula Clark développe une carrière parallèle en français. Elle y rencontre Claude Wolff, attaché de presse des disques Vogue, qu’elle épousera en 1961. Cette union lui ouvre les portes du marché francophone avec des succès comme “Guitare et tambourin”, “Prends mon cœur” et “Chariot” qui se vend à plus d’un million d’exemplaires en Europe.

Le couple s’installe à Paris, facilitant cette approche bilingue. Pétula Clark maîtrise remarquablement le français, ce qui lui permet d’enregistrer des versions authentiques plutôt que de simples traductions. En Europe, elle règne déjà avec “Sailor” (numéro un britannique), “Roméo” et “Monsieur” (numéro un en Allemagne). Cette assise européenne solide justifie l’adaptation française de son triomphe américain.

L’accompagnement musical d’exception

Pour cet EP français, Pétula Clark retrouve Tony Hatch qui dirige son orchestre sur trois des quatre titres. Les arrangements conservent l’esprit des versions originales tout en s’adaptant aux spécificités de la langue française. Le photographe Roland Bianchini signe les visuels de la pochette, imprimée par Dillard et Cie à Paris et pressée par la Manufacture De Productions Phonographiques Vogue.

Cette production française s’inscrit dans la continuité du succès américain de “Downtown”, qui atteint la première place du Billboard Hot 100 le 23 janvier 1965, faisant de Pétula Clark la première artiste féminine britannique à conquérir le sommet des charts américains. Le titre reçoit un Grammy Award en 1965 et se vend à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde. L’adaptation française “Dans Le Temps” permet à cette réussite de rayonner sur les marchés francophones d’Europe et du Canada.

A1 – Dans Le Temps = Downtown / A2 – Puisque Tu Pars

“Dans Le Temps” transpose fidèlement l’esprit de “Downtown” en français. Cette adaptation de Georges Aber et Tony Hatch, d’une durée de 2 minutes et 59 secondes, conserve la mélodie originale tout en proposant des paroles spécifiquement conçues pour les auditeurs francophones. Le titre évoque l’évasion urbaine chère à la version anglaise, mais avec une sensibilité française qui respecte l’identité artistique de Pétula Clark.

La version française rencontre un succès immédiat en 1965, se classant honorablement dans les charts francophones. Cette adaptation démontre la capacité de Pétula Clark à transcender les barrières linguistiques sans perdre l’émotion originale. “Dans Le Temps” bénéficie des arrangements de Tony Hatch et de son orchestre, reproduisant la richesse instrumentale qui a fait le succès de “Downtown”. L’édition française est publiée par Vogue International, consolidant la position de Pétula Clark sur le marché continental européen.

Puisque Tu Pars, une composition personnelle

“Puisque Tu Pars” révèle les talents de compositrice de Pétula Clark. Co-écrite avec Hubert Ballay, cette chanson de 2 minutes et 54 secondes s’inscrit dans le répertoire français original de l’artiste britannique. Publiée par les Éditions Carrousel, elle témoigne de la volonté de Clark de créer du contenu spécifiquement français plutôt que de se contenter d’adaptations de ses succès anglais. Cette approche enrichit considérablement son répertoire francophone et confirme sa légitimité artistique sur le marché français.

“Partir, Il Nous Faut” constitue l’adaptation française de “Nobody I Know”, composition des Beatles signée Lennon-McCartney. Cette chanson de 2 minutes et 30 secondes bénéficie de l’adaptation française de Georges Aber, qui transpose les paroles originales tout en conservant la mélodie caractéristique du duo britannique Peter & Gordon qui l’avait popularisée. L’arrangement de Tony Hatch respecte les guitares douze cordes et l’esprit folk-rock de la version originale.

Cette adaptation témoigne de l’ouverture de Pétula Clark au répertoire de ses contemporains britanniques. “Nobody I Know” avait été écrite par Paul McCartney avec des paroles qu’AllMusic qualifie de “rather twee birds-singing-in-celebration-of-our romance stuff”, mais la mélodie séduisante et les arrangements guitare justifiaient cette reprise. La version française de Clark démontre sa capacité à s’approprier des compositions externes tout en leur apportant sa signature vocale distinctive. Cette stratégie lui permet d’enrichir son catalogue français avec des titres déjà appréciés du public anglophone.

Il N’y A Qu’une Femme, une création originale

“Il N’y A Qu’une Femme” complète cet EP avec une composition originale de Jacques Plante et Pétula Clark. D’une durée de 2 minutes et 26 secondes, ce titre révèle une nouvelle facette du talent de compositrice de l’artiste britannique. Orchestré par Tony Hatch, il s’inscrit parfaitement dans l’esthétique de l’époque tout en apportant une couleur française authentique au répertoire de Clark. Cette chanson illustre la volonté de l’artiste de créer un catalogue français original, dépassant le simple cadre des adaptations de ses succès anglais.

Pétula Clark, ambassadrice de la chanson française à l'international

Le succès de cet EP français s’inscrit dans la carrière exceptionnelle de Pétula Clark, qui cumule plus de 85 ans de carrière. Née Sally Petula Olwen Clark le 15 novembre 1932 à Ewell dans le Surrey, elle débute pendant la Seconde Guerre mondiale sur les ondes de la BBC. À dix ans, elle devient la mascotte de l’armée britannique, chantant pour les soldats et participant aux tournées provinciales pour le moral des troupes aux côtés de Julie Andrews.

Sa carrière cinématographique débute en 1944 avec “Medal for the General” de Maurice Elvey. Elle enchaîne treize films jusqu’en 1949, tout en animant sa propre émission télévisée de 1947 à 1950. Son premier disque “Put Your Shoes On, Lucy” sort en 1949 chez Polygon Records. Le succès arrive en 1954 avec “The Little Shoemaker”, qui atteint la première place en Australie et la septième au Royaume-Uni.

La conquête des marchés internationaux

L’expansion européenne de Pétula Clark commence véritablement en 1957 avec son invitation à l’Olympia de Paris. Elle y signe avec Vogue pour enregistrer en français et rencontre Claude Wolff, qu’elle épouse en 1961. Ses premiers succès francophones arrivent avec “Guitare et tambourin” et “Prends mon cœur”. En 1960, “Sailor” devient numéro un britannique, tandis qu’en Europe elle triomphe avec “Roméo”, “Chariot” et “Monsieur”.

Entre 1965 et 1968, après le triomphe de “Downtown”, Pétula Clark place huit titres dans le Top 20 américain : “I Know a Place” (qui lui vaut également un Grammy), “My Love” (numéro un aux États-Unis), “A Sign of the Times”, “I Couldn’t Live Without Your Love”, “Don’t Sleep in the Subway” et “This Is My Song”, écrite pour “La Comtesse de Hong-Kong” de Charlie Chaplin. Cette série de succès établit sa domination sur les charts internationaux.

L’héritage culturel et artistique

Le 15 novembre 1969, son concert “An Evening with Petula” au Royal Albert Hall de Londres devient la première transmission en couleur de BBC One. Elle anime ensuite plusieurs émissions télévisées : “This Is Petula Clark” sur la BBC de 1966 à 1968, “Petula Clark Show” sur NBC et CBC de 1969 à 1970. Son émission américaine crée la polémique en 1968 quand elle prend le bras de Harry Belafonte pendant qu’ils chantent “On the Path of Glory”, geste antiraciste salué quatre jours après l’assassinat de Martin Luther King.

Sa polyglottisme remarquable lui permet de chanter en anglais, français, allemand, italien, espagnol, japonais et portugais. Elle vend plus de 68 millions de disques dans le monde et développe parallèlement une carrière théâtrale avec “La Mélodie du bonheur”, “Blood Brothers”, “Sunset Boulevard” et récemment “Mary Poppins” au Prince Edward Theatre de Londres en 2019. En 2003, “Downtown” intègre le Grammy Hall of Fame. Aujourd’hui encore, cet EP français de 1965 témoigne de l’intelligence artistique d’une chanteuse qui a su adapter son talent aux spécificités de chaque marché européen, créant ainsi un répertoire multilingue d’une richesse exceptionnelle.

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