Pétula Clark – Un Mal Pour Un Bien / Les Incorruptibles – 1965

Pétula Clark explore la création française avec son EP "Un Mal Pour Un Bien" de 1965

En 1965, Pétula Clark révèle une facette plus créative de son talent artistique avec un nouvel EP français. Forte du succès planétaire de “Downtown”, l’artiste britannique s’aventure désormais dans la composition originale française, collaborant avec des figures emblématiques de la chanson hexagonale. Cette production marque un tournant dans sa carrière continentale, démontrant sa volonté de dépasser le statut d’interprète pour devenir une véritable auteure-compositrice.

Installée à Paris depuis son mariage avec Claude Wolff en 1961, Pétula Clark maîtrise parfaitement la langue française et développe une compréhension intime des spécificités culturelles hexagonales. Son époux, attaché de presse des disques Vogue, facilite ses collaborations avec l’élite parolière française. Cette expertise linguistique et culturelle lui permet de créer un répertoire authentiquement français, loin des simples adaptations de ses succès anglais.

Des collaborateurs d’exception

Pour cette création, Pétula Clark s’entoure de Pierre Delanoé, figure majeure du parolier français. Né Pierre Leroyer le 16 décembre 1918 à Paris, cet ancien inspecteur des impôts s’est reconverti dans la chanson après la Libération. Directeur des programmes d’Europe 1 de 1955 à 1960, il a déjà signé des succès retentissants pour Gilbert Bécaud avec “Mes mains” en 1953, “Et maintenant” en 1961 et “Nathalie” en 1964.

Sa collaboration avec Pétula Clark s’inscrit dans sa capacité remarquable à adapter son écriture à tous les univers artistiques. Delanoé, qui écrira plus de 5000 chansons au cours de sa carrière, maîtrise l’art de se fondre dans la personnalité de chaque interprète. Il travaillera également pour Édith Piaf, Tino Rossi, et plus tard pour Joe Dassin avec “Les Champs-Élysées” et “L’Été indien”.

La révélation Gainsbourg

Serge Gainsbourg apporte sa créativité iconoclaste avec une composition originale spécialement créée pour Pétula Clark. En 1965, Gainsbourg développe déjà son art narratif sophistiqué, créant des univers musicaux complexes dans le format de la chanson populaire. Cette collaboration témoigne de l’éclectisme artistique de Clark, capable d’interpréter avec conviction les univers les plus variés.

L’apport de Georges Aber complète cette équipe créative exceptionnelle. Spécialiste des adaptations françaises, il avait déjà travaillé avec Pétula Clark sur “Dans Le Temps”, version française de “Downtown”. Sa maîtrise de la transposition linguistique permet à l’artiste britannique de conserver l’essence de ses compositions tout en s’adaptant parfaitement à la sensibilité française. Cette synergie créative produit un répertoire d’une authenticité remarquable.

A1 – Un Mal Pour Un Bien / A2 – Le Ciel De Mon Pays

“Un Mal Pour Un Bien” révèle les talents de compositrice de Pétula Clark dans une collaboration avec le parolier Georges Aber. Cette création originale s’inscrit dans la tradition de la chanson sentimentale française, explorant les thèmes universels de la séparation et de la consolation amoureuse. Clark y développe une philosophie optimiste face aux épreuves du cœur, suggérant que les chagrins d’aujourd’hui peuvent devenir les bonheurs de demain.

La mélodie, entièrement signée par l’artiste britannique, témoigne de sa maîtrise compositionnelle et de sa compréhension intime de la sensibilité française. Cette approche positive correspond parfaitement à l’image rayonnante que Pétula Clark véhicule en France depuis ses premiers succès francophones. Le titre démontre que l’artiste ne se contente plus d’adapter ses succès anglais mais développe un répertoire spécifiquement francophone, révélant une maturité artistique remarquable qui dépasse largement ses premières adaptations linguistiques.

Le Ciel De Mon Pays, une triple collaboration

“Le Ciel De Mon Pays” naît d’une collaboration exceptionnelle entre Pierre Delanoé, Petula Clark et Tony Hatch. Cette création illustre parfaitement la capacité de Delanoé à s’adapter aux univers artistiques les plus variés. Le parolier trouve ici le parfait équilibre entre poésie française et sensibilité internationale, créant un texte qui évoque avec nostalgie les paysages de l’enfance.

La mélodie, co-signée par Clark et Hatch, marie l’expertise britannique du producteur-compositeur aux instincts mélodiques de l’interprète. Cette synergie créative reflète parfaitement l’expérience personnelle de Pétula Clark, artiste britannique vivant en France, capable de chanter avec authenticité les beautés du terroir français tout en conservant sa sensibilité anglo-saxonne originelle. Le résultat transcende les frontières culturelles pour créer une chanson universellement émouvante.

“Va Toujours Plus Loin” transpose en français “Round Every Corner”, composition originale de Tony Hatch que Pétula Clark avait enregistrée en anglais la même année. L’adaptation française, signée Georges Aber, conserve l’esprit optimiste de la version originale. Clark elle-même qualifiait la chanson anglaise d’”anti-protest song”, message d’espoir face aux mouvements contestataires de l’époque.

La version originale anglaise avait atteint la 21e place du Billboard Hot 100 aux États-Unis, confirmant l’efficacité de cette collaboration Hatch-Clark. L’arrangement utilise la structure musicale d’un jeu chanté d’enfants pour véhiculer son message d’optimisme. La chanson avait également été enregistrée en italien sous le titre “Gocce di mare”, témoignant de l’approche multilingue systématique de Pétula Clark qui lui permet de toucher tous les marchés européens avec des versions authentiques.

Les Incorruptibles, l’univers Gainsbourg

“Les Incorruptibles” marque une incursion remarquée de Serge Gainsbourg dans l’univers de Pétula Clark. Cette composition originale évoque l’époque de la prohibition américaine et les agents fédéraux qui traquaient les contrebandiers d’alcool. Gainsbourg y développe un récit sophistiqué autour d’Eliot Ness et de ses hommes poursuivant les distilleries clandestines dans le Chicago des années 1920.

La chanson révèle l’art narratif de Gainsbourg qui transforme un épisode historique en conte moderne teinté d’ironie. L’évocation des alcools frelatés et l’humour final sur les ice-cream sodas témoignent de son goût pour les contrastes et les chutes inattendues. Cette collaboration entre le futur provocateur français et l’icône pop britanni

Pétula Clark, de l'interprète à la compositrice accomplie

Cet EP de 1965 s’inscrit dans l’apogée de la carrière internationale de Pétula Clark. Après le triomphe mondial de “Downtown”, qui avait fait d’elle la première artiste féminine britannique à atteindre la première place du Billboard Hot 100 en janvier 1965, elle consolide sa position créative sur tous les marchés européens. Le succès lui avait valu un Grammy Award et des ventes dépassant les trois millions d’exemplaires dans le monde.

Sa maîtrise du français, acquise depuis son installation parisienne, lui permet de dépasser le simple statut d’interprète pour devenir une véritable créatrice. Entre 1965 et 1968, elle place huit titres dans le Top 20 américain, dont “I Know a Place” qui lui vaut également un Grammy, et “My Love” qui atteint la première place aux États-Unis. Cette période faste confirme sa stature d’artiste internationale capable de conquérir simultanément tous les marchés mondiaux.

L’héritage de Pierre Delanoé

Pierre Delanoé représente l’excellence du parolier français des années 1960. Président de la SACEM à trois reprises entre 1984 et 1994, il incarne la tradition de l’auteur-artisan capable de créer des textes sur mesure pour chaque interprète. Sa reconversion réussie d’inspecteur des impôts en parolier illustre parfaitement les transformations sociales de l’après-guerre française. Sa rencontre avec Gilbert Bécaud chez la chanteuse Marie Bizet en 1953 avait marqué le début d’une carrière exceptionnelle.

Avec Gilbert Bécaud, il créera des classiques comme “Et maintenant” qui deviendra “What Now My Love” et sera repris par Elvis Presley, Frank Sinatra et Barbra Streisand. Sa collaboration avec Joe Dassin donnera naissance aux “Champs-Élysées” en 1969 et à “L’Été indien” en 1975. Pour Michel Sardou, il signera “Les Lacs du Connemara” et “Vladimir Ilitch”. Cette polyvalence remarquable fait de lui l’un des paroliers français les plus respectés de sa génération.

La carrière exceptionnelle de Pétula Clark

En 1965, Pétula Clark cumule déjà plus de 20 ans de carrière professionnelle. Débutée pendant la Seconde Guerre mondiale sur les ondes de la BBC à l’âge de dix ans, elle était devenue la mascotte de l’armée britannique, surnommée la “Shirley Temple britannique”. Sa carrière cinématographique, entamée en 1944 avec “Medal for the General” de Maurice Elvey, compte treize films jusqu’en 1949.

Son premier grand succès discographique, “The Little Shoemaker”, avait atteint la septième place au Royaume-Uni et la première en Australie en 1954. Elle avait ensuite conquis l’Europe avec “Sailor” (numéro un britannique en 1960), “Roméo”, “Chariot” et “Monsieur” (numéro un en Allemagne). Cette assise européenne solide lui avait permis d’aborder la conquête américaine avec “Downtown” depuis une position de force.

L’innovation et l’accomplissement

Le 15 novembre 1969, son concert “An Evening with Petula” au Royal Albert Hall de Londres deviendra la première transmission en couleur de BBC One. Elle anime parallèlement plusieurs émissions télévisées : “This Is Petula Clark” sur la BBC de 1966 à 1968, puis “Petula Clark Show” sur NBC et CBC de 1969 à 1970. Son émission américaine créera la polémique en 1968 quand elle prendra le bras de Harry Belafonte pendant qu’ils chantent ensemble, geste antiraciste salué quatre jours après l’assassinat de Martin Luther King.

Sa polyglottisme exceptionnelle lui permet de chanter en anglais, français, allemand, italien, espagnol, japonais et portugais, capacité rare qui explique son succès international. Avec plus de 68 millions de disques vendus dans le monde, elle s’impose comme l’une des artistes britanniques les plus accomplies de sa génération. Cet EP de 1965 témoigne d’un moment privilégié où elle concilie succès commercial international et recherche artistique personnelle, créant un répertoire français d’une richesse exceptionnelle qui révèle la maturité d’une artiste accomplie, capable de transcender les frontières linguistiques et culturelles pour toucher l’universel.

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