Phil Collins – A Groovy Kind Of Love – 1988

Phil Collins endosse le costume d'acteur avec cette reprise numéro un de 1988.

Phil Collins explore de nouveaux territoires artistiques en cette année 1988. Le chanteur britannique, déjà consacré par ses succès solo et avec Genesis, se lance dans le cinéma avec le film Buster. Cette comédie dramatique britannique réalisée par David Green lui offre son premier grand rôle au cinéma. Collins y incarne Buster Edwards, l’un des auteurs de la célèbre attaque du train postal Glasgow-Londres de 1963, surnommée le “casse du siècle”. Né le 30 janvier 1951 à Chiswick, Phil n’en est pas à son coup d’essai avec le septième art. Enfant, il décroche déjà des petits rôles grâce à sa mère qui travaille dans une agence théâtrale.

Du batteur à l’acteur

Le jeune Collins joue Artful Dodger dans la production londonienne d’Oliver à douze ans. Il apparaît également dans A Hard Day’s Night des Beatles, bien que sa scène soit coupée au montage. Ces expériences précoces forgent sa confiance scénique. En 1988, Phil possède déjà une carrière musicale exceptionnelle. Batteur de Genesis depuis 1970, il devient chanteur du groupe en 1975 après le départ de Peter Gabriel. Sa carrière solo explose véritablement avec Face Value en 1981, puis atteint des sommets avec No Jacket Required en 1985. Cette année-là, il réalise l’exploit unique de participer aux deux concerts du Live Aid, traversant l’Atlantique en Concorde.

La genèse d’une reprise

A Groovy Kind of Love possède une histoire riche bien antérieure à Collins. La chanson naît en 1965 sous la plume de Carole Bayer Sager et Toni Wine. Sa mélodie s’inspire d’un extrait de la sonatine en sol majeur, opus 36 numéro 5 du compositeur italien Muzio Clementi. Le duo vocal américain Dianne and Annita l’enregistre en premier sous le titre Groovey Kind of Love. La même année, le groupe britannique The Mindbenders s’approprie le morceau et en fait un succès international. Cette version originale atteint la deuxième place des charts britanniques et le top 5 américain. Eric Stewart, futur membre de 10cc, assure alors le chant principal de la formation.

A – A Groovy Kind Of Love

A Groovy Kind Of Love s’impose naturellement comme chanson phare du film Buster. Phil Collins découvre cette mélodie des années 1960 et décide d’en faire une ballade moderne pour la bande originale. Il confie la production à Anne Dudley, compositrice et arrangeure reconnue, membre du groupe d’avant-garde Art of Noise. Dudley apporte une sophistication orchestrale à l’arrangement, privilégiant les cordes et les cuivres pour créer une atmosphère cinématographique. L’enregistrement se déroule avec Steve Chase à l’ingénierie du son.

Cette version de Collins transforme radicalement l’esprit du morceau original. Là où The Mindbenders proposaient un titre pop énergique typique des années 1960, Phil livre une interprétation plus intimiste et romantique. Sa voix chaude épouse parfaitement les arrangements orchestraux somptueux. Le single sort le 8 août 1988 et connaît un succès immédiat. Il atteint la première place dans de nombreux pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Canada. Cette performance confirme la capacité de Collins à revisiter les classiques avec succès.

Le triomphe de A Groovy Kind Of Love lui vaut une nomination au Grammy Award du meilleur chanteur pop en 1989. Le morceau devient l’un des plus gros succès de sa carrière solo, démontrant son talent pour s’approprier les compositions d’autrui. Cette reprise illustre parfaitement l’art de Collins : transformer un tube oublié en ballade intemporelle grâce à son interprétation personnelle et des arrangements modernes. Le titre accompagne parfaitement l’intrigue romantique du film Buster, soulignant l’amour entre le criminel et sa femme malgré les épreuves.

Big Noise constitue la face B instrumentale de ce single événement. Cette composition originale naît de la collaboration entre Phil Collins et Lamont Dozier, légendaire producteur et auteur de la Motown. Dozier, membre du trio Holland-Dozier-Holland, a signé certains des plus grands succès des Supremes, Four Tops et Martha and the Vandellas. Sa participation à la bande originale de Buster apporte une dimension soul authentique au projet. Dozier assure lui-même la production de ce morceau instrumental de trois minutes quarante-trois.

Big Noise développe une atmosphère plus rythmée que la face A, exploitant les sonorités électroniques alors en vogue à la fin des années 1980. Le titre s’inscrit dans la lignée des compositions instrumentales qui ponctuent régulièrement les bandes originales de films. Reggie Dozier supervise l’ingénierie du son pour cette face B. Cette pièce instrumentale complète habilement l’univers sonore du film, offrant une respiration musicale entre les moments dramatiques. La collaboration entre Collins et Dozier témoigne de l’ouverture du chanteur britannique aux influences soul américaines, héritage de ses collaborations avec Earth, Wind & Fire et autres formations emblématiques.

Phil Collins, de la musique au grand écran.

A Groovy Kind Of Love couronne une année exceptionnelle pour Phil Collins. Le film Buster révèle ses talents d’acteur face à Julie Walters, actrice britannique reconnue. Sa performance face caméra reçoit un accueil critique favorable, même si le long-métrage divise. Le prince Charles et la princesse Diana déclinent leur invitation à la première après que le film soit accusé de glorifier le crime. Malgré cette polémique, Collins livre une prestation touchante dans le rôle de ce criminel attachant. Sa sœur Carole Collins apparaît d’ailleurs dans une petite scène en tant que voisine bruyante.

Le triomphe musical du film

La bande originale de Buster se révèle plus réussie que le film lui-même. Collins compose également Two Hearts avec Lamont Dozier, second extrait qui atteint la sixième place britannique et le sommet américain. Cette chanson lui vaut un Golden Globe de la meilleure chanson originale, ex æquo avec Let the River Run de Carly Simon. Two Hearts reçoit aussi une nomination aux Academy Awards et remporte un Grammy Award pour la meilleure chanson écrite spécifiquement pour le cinéma ou la télévision. Phil coécrit également Loco in Acapulco avec Dozier, interprétée par les Four Tops sur l’album.

L’héritage d’une reprise

A Groovy Kind Of Love traverse les décennies grâce à de nombreuses reprises. Petula Clark, Patti LaBelle, Sonny and Cher et Neil Diamond s’approprient tour à tour cette mélodie intemporelle. Richard Anthony l’adapte même en français sous le titre Le Même Chemin. Le tribute band allemand Still Collins, formé en 1995, intègre régulièrement la chanson dans ses concerts. Cette version de Collins éclipse définitivement l’original des Mindbenders, devenant la référence absolue du titre.

Le déclin progressif

Après ce succès, la carrière de Collins amorce un lent déclin commercial. Son album Both Sides de 1993 marque une rupture avec ses productions précédentes, privilégiant des compositions plus longues et personnelles. Les ventes s’effondrent par rapport aux standards des années 1980. Les problèmes de santé l’éloignent progressivement de la scène. Une blessure à la colonne vertébrale en 2007 lui fait perdre l’usage de ses mains pour jouer de la batterie. Il tente désespérément de continuer en collant ses baguettes avec du gaffer. En 2009, Phil perd toute sensibilité dans les doigts suite à une opération des vertèbres. Sa dernière tournée solo Not Dead Yet en 2017-2019 le voit accompagné par son fils Nicholas à la batterie. A Groovy Kind Of Love demeure l’un des témoins les plus représentatifs de cette période faste où Phil Collins régnait simultanément sur les charts et les écrans.

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