Phil Collins – Against All Odds – 1984

Phil Collins signe sa ballade la plus poignante avec ce 45 tours de 1984.

Phil Collins traverse une période douloureuse en cette année 1984. Le batteur-chanteur de Genesis vient de vivre un divorce difficile avec sa première épouse Andrea Bertorelli. Cette rupture transforme le musicien britannique en authentique parolier de la souffrance amoureuse. Né le 30 janvier 1951 à Chiswick, dans la banlieue londonienne, Collins débute la batterie dès l’âge de cinq ans. Sa mère travaille dans une agence théâtrale, lui permettant de décrocher quelques rôles d’enfant acteur.

Des planches à la batterie

Le jeune Phil joue Artful Dodger dans la production londonienne d’Oliver à douze ans. Il fait même une brève apparition dans A Hard Day’s Night des Beatles, bien que la scène soit coupée au montage. Ces expériences sur grand écran ne le détournent pas de sa passion première : la musique rythmique. Collins forme son premier groupe sérieux, Freehold, en 1968 avec lequel il écrit sa première chanson Lying, Crying, Dying. L’année suivante, il fonde Flaming Youth avec son complice Ronnie Caryl. Le groupe enregistre l’album Ark II, salué par Melody Maker comme album du mois, mais se sépare rapidement faute de succès public.

L’entrée dans Genesis

En 1970, Collins répond à une annonce parue dans Melody Maker : Genesis cherche un batteur sensible à la musique acoustique. L’audition se déroule chez les parents de Peter Gabriel dans le Surrey. Collins arrive tôt et va nager dans la piscine tout en mémorisant les morceaux. Il réussit son audition et rejoint la formation progressive en août 1970. Durant cinq années, il occupe le poste de batteur et choriste derrière Gabriel. Quand ce dernier quitte le groupe en 1975, Collins hérite naturellement du micro. Genesis connaît alors ses plus grands succès commerciaux avec des titres comme Follow You Follow Me en 1978.

A – Against All Odds (Take A Look At Me Now)

Against All Odds naît d’une mélodie oubliée. Phil Collins compose la musique durant les sessions de son album Face Value en 1981, sous le titre initial How Can You Just Sit There?. Cette ballade figure alors parmi ses compositions les moins appréciées et reste dans les tiroirs. Trois ans plus tard, le réalisateur Taylor Hackford contacte Collins pour écrire la chanson-titre du film Against All Odds. Hackford vole à Chicago pour assister à un concert de Genesis en tournée.

Collins visionne le film sur magnétoscope dans sa chambre d’hôtel et ressort immédiatement la mélodie abandonnée. La musique colle parfaitement à l’atmosphère du long-métrage. Le chanteur écrit alors des paroles spécifiquement pour le film, transformant sa peine personnelle en une supplique universelle. Le divorce avec Andrea Bertorelli nourrit directement l’émotion de cette ballade déchirante. Collins enregistre les voix et la batterie à Los Angeles tandis que Rob Mounsey joue le piano et les claviers aux RCA Studios de New York. Arif Mardin dirige l’orchestre et produit l’ensemble en seulement deux jours.

Le single sort en février 1984 et explose immédiatement dans le monde entier. Against All Odds atteint la première place du Billboard Hot 100 américain pendant trois semaines, devenant le premier numéro un solo de Collins aux États-Unis. La chanson culmine également en tête des classements canadiens, irlandais et norvégiens. Au Royaume-Uni, elle stagne à la deuxième position pendant trois semaines, bloquée d’abord par Hello de Lionel Richie, puis par The Reflex de Duran Duran. En France, le titre se vend à 450 000 exemplaires et entre dans le Top 20.

The Search constitue le thème instrumental principal du film Against All Odds. Cette composition de Michel Colombier accompagne les séquences d’ouverture du long-métrage réalisé par Taylor Hackford. Le musicien français, reconnu pour ses arrangements sophistiqués, signe ici une mélodie contemplative de trois minutes et trente-trois secondes. Larry Carlton, guitariste virtuose, coproduit le morceau aux côtés de Colombier.

Cette face B instrumentale contraste parfaitement avec l’intensité émotionnelle d’Against All Odds. The Search développe une atmosphère plus cinématographique, privilégiant les nappes de synthétiseurs et les harmonies jazzy. Le thème s’inscrit dans la tradition des musiques de film hollywoodiennes des années 1980, mêlant sophistication harmonique et accessibilité mélodique. Cette approche instrumentale permet aux auditeurs de plonger dans l’univers visuel du film, complétant l’impact émotionnel de la chanson principale de Collins.

Phil Collins, l'homme aux sept Grammy Awards et à l'Oscar.

Against All Odds propulse Phil Collins au sommet de sa carrière solo. La chanson lui vaut le Grammy Award du meilleur chanteur pop en 1985, ainsi que des nominations pour la chanson de l’année et le meilleur clip. Aux Academy Awards, Collins vit une humiliation mémorable : non invité à interpréter sa chanson, il assiste depuis le public à la prestation de la danseuse Ann Reinking. Cette performance grotesque, largement critiquée par la presse, marquera durablement le chanteur britannique.

Les reprises légendaires

Le succès de Against All Odds traverse les décennies grâce à des reprises remarquables. Mariah Carey enregistre une première version en 1999 pour son album Rainbow, puis collabore avec Westlife l’année suivante. Cette version avec le boys band irlandais atteint la première place britannique et irlandaise. Steve Brookstein, vainqueur de la première saison de The X Factor en 2004, reprend également le titre comme single de lancement de sa carrière. Sa version culmine au sommet des charts britanniques mais demeure paradoxalement la moins vendue de l’histoire des gagnants du télécrochet. Dalida adapte la mélodie en français sous le titre Toutes ces heures loin de toi avec des paroles de Didier Barbelivien.

L’héritage d’une ballade universelle

Collins poursuit sa carrière solo avec des albums comme No Jacket Required en 1985, qui devient son plus grand succès commercial. Les problèmes de santé l’éloignent progressivement de la scène à partir de 2007. Une blessure à la colonne vertébrale lors de la tournée Genesis lui fait perdre l’usage de ses mains pour jouer de la batterie. Après avoir annoncé sa retraite, Collins revient timidement en 2016 pour quelques concerts caritatifs. La tournée The Last Domino? de Genesis en 2021 marque ses dernières apparitions scéniques, le chanteur apparaissant visiblement diminué, contraint de chanter assis. Against All Odds demeure aujourd’hui l’une des ballades les plus reprises et diffusées de l’histoire de la pop, témoignant de la capacité de Collins à transformer sa douleur personnelle en émotion universelle. Cette alchimie entre vulnérabilité et génie mélodique fait de ce 45 tours un incontournable de toute discothèque qui se respecte.

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