Philippe Clay – Dis Ma Femme / Mes Universités – 1971

Philippe Clay fait scandale en 1971 avec son 45 tours « Mes Universités ».

En 1971, Philippe Clay bouleverse le paysage musical français avec un 45 tours explosif. L’homme de 44 ans traverse alors un passage à vide depuis la fin des années 1960, supplanté par la vague yéyé qui a balayé ses succès de l’Olympia. Ce disque Polydor marque son grand retour, orchestré par une équipe de créateurs déterminés à faire entendre une voix différente. L’année 1971 voit les universités françaises encore secouées par les répliques de Mai 68, tandis que les tensions persistent dans les facultés.

Une collaboration décisive

La genèse de ce disque naît d’une rencontre déterminante avec Henri Djian, parolier prolifique qui collabore depuis le milieu des années 1960 avec les plus grands noms de la chanson française. Djian travaille alors pour Mireille Mathieu, Enrico Macias, Guy Mardel et bien d’autres. L’idée de « Mes universités » jaillit lors d’une discussion entre Clay et Djian autour de l’œuvre « Les Justes » d’Albert Camus. Cette conversation philosophique débouche sur un texte écrit en quelques heures, révélant une vision générationnelle tranchée.

L’équipe créative

Daniel Faure apporte sa partition musicale à ce projet audacieux. Compositeur formé au Conservatoire de Paris où il décroche un prix de clarinette en 1957, Faure collabore régulièrement avec Sébastien Balasko depuis plusieurs années. Ce tandem a déjà signé des succès pour Annie Cordy avec « Dis t’as-vu Monte Carlo ? » en 1969 ou encore travaillé pour Rika Zaraï. Leur approche mélodique accessible sert parfaitement le propos incisif de Philippe Clay. L’enregistrement se déroule sous la houlette de P. Ribert comme producteur, avec M. Grosjean à la direction artistique.

A – Dis Ma Femme

« Dis Ma Femme » ouvre ce disque sur un registre intimiste qui contraste avec la polémique à venir. Cette composition d’Henri Djian et Daniel Faure aborde les difficultés du couple installé dans la routine familiale. Le texte évoque avec finesse l’usure des sentiments, la distance qui s’installe entre époux quand les enfants grandissent et accaparent toute l’attention. Philippe Clay livre ici une interprétation nuancée, loin de ses personnages excentriques du music-hall.

La chanson dresse le portrait d’un homme qui observe sa relation se déliter dans le quotidien. Les références aux « feux de la Saint-Jean » et à l’intimité qui « bat de l’aile » révèlent la plume délicate d’Henri Djian. Cette face A prépare l’auditeur au style plus personnel que Philippe Clay développe dans cette période de reconquête artistique. La mélodie de Daniel Faure soutient cette confession conjugale avec justesse, évitant tout pathos excessif.

« Mes universités » provoque un raz-de-marée lors de sa sortie à l’été 1971. Cette face B devient rapidement la chanson la plus diffusée à la radio durant cette période. Le texte d’Henri Djian oppose frontalement deux générations : celle qui a vécu l’Occupation et celle de Mai 68. Philippe Clay y évoque ses « vingt ans » vécus dans le « Paris de la guerre », présentés comme une époque plus authentique que les contestations étudiantes contemporaines.

La chanson déclenche immédiatement une polémique nationale. Philippe Clay reçoit des menaces et des lettres d’insultes de la part d’étudiants et de sympathisants de gauche. Malgré cette hostilité, le disque rencontre un succès commercial phénoménal, se vendant à plus de 1 800 000 exemplaires. Cette performance place « Mes universités » parmi les plus gros succès de l’année 1971. La mélodie entraînante de Daniel Faure facilite la mémorisation de ce réquisitoire générationnel, amplifiant l’impact du message.

Philippe Clay, la voix de la France conservatrice.

Ce 45 tours marque un tournant idéologique majeur dans la carrière de Philippe Clay. L’ancien résistant qui avait rejoint un maquis à 16 ans en 1943 prend désormais position contre les mouvements contestataires de l’après-68. Cette évolution politique se confirme avec la sortie, la même année 1971, de « La Quarantaine », autre collaboration avec Henri Djian et Daniel Faure sur le même registre anticontestataire. Ces chansons annoncent son adhésion future au RPR de Jacques Chirac dans la décennie suivante.

Un succès controversé

Le triomphe commercial de « Mes universités » révèle l’existence d’un public conservateur en quête d’expression artistique. Cette France silencieuse trouve en Philippe Clay un porte-voix inattendu, lui qui avait bâti sa réputation dans les cabarets de Saint-Germain-des-Prés aux côtés de Boris Vian et Jacques Prévert. L’efficacité du propos tient à cette légitimité d’ancien résistant que nul ne peut contester. Son expérience de la guerre, évoquée dans le refrain sur le ton de la nostalgie assumée, résonne chez une génération qui se sent incomprise par la jeunesse révoltée.

L’impact artistique

Cette réussite redonne une seconde carrière à Philippe Clay qui enchaîne ensuite avec d’autres titres dans la même veine. Henri Djian devient son parolier attitré pour plusieurs années, signant également « La Quarantaine », « Sidi Bel Abbès » ou encore « Marie la France » en 1974. Daniel Faure poursuit également cette collaboration fructueuse, apportant ses mélodies à ce répertoire de la France traditionnelle. L’équipe créative ainsi constituée produit un corpus cohérent qui accompagne l’évolution politique de Philippe Clay vers la droite.

Un legs durable

Ce disque de 1971 reste l’un des témoignages les plus saisissants des fractures françaises post-soixante-huitardes. « Mes universités » cristallise les tensions entre générations avec une rare efficacité, dépassant le simple cadre de la chanson pour devenir un phénomène sociologique. Le style de Philippe Clay trouve ici sa maturité définitive, mêlant confession personnelle et prise de position politique. Cette alchimie entre l’intime et le collectif explique la portée exceptionnelle de ce 45 tours. Écoutez ces deux faces, et vous saisirez l’esprit d’une époque où la chanson française savait encore diviser et rassembler avec la même passion.

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