Richard Anthony – À Présent, Tu Peux T’en Aller – 1964

Une rupture, un refus, un souffle de protest song : Richard Anthony en 1964

En 1964, il ne supplie plus, il congédie

Richard Anthony commence l’année avec un 45 tours frontal. Le premier titre, « A Présent, Tu Peux T’en Aller », est l’adaptation de « I Only Want To Be With You », chanté un an plus tôt par Dusty Springfield. L’original est une déclaration d’amour joyeuse. Lui inverse tout. Il renverse le sens. Il rompt. Il lâche. Et le fait calmement. Le ton est net, le texte tranchant. La chanson surprend, accroche, se classe.

En deuxième position, « Rien Que Toi », version française de « You’ll Never Walk Alone », standard de comédie musicale signé Rodgers & Hammerstein. Il chante l’encouragement, la fidélité. Il l’adoucit, la rend intime. Richard Anthony n’en fait pas un hymne. Il en fait une promesse à voix basse. Une déclaration pour un seul être. Ce disque arrive après « Donne-moi Ma Chance », sorti quelques mois avant. Ici, plus de supplication. Juste des constats froids.

Sur la face B, « Écoute Dans Le Vent », adaptation de « Blowin’ In The Wind » de Bob Dylan. Il traduit la protest song en français simple. Moins politique. Plus mélodique. Le titre circule, touche. Il devient un classique. Puis « Elle A Dit Non », reprise de « Laddy Lo », conclut. Rythmée. Courte. Fermée.

A1 – A Présent, Tu Peux T’en Aller / A2 – Rien Que Toi

« A Présent, Tu Peux T’en Aller » est l’adaptation de « I Only Want To Be With You ». Le morceau original, chanté par Dusty Springfield, est une déclaration amoureuse enthousiaste. Richard Anthony en inverse le message. Le texte devient un ordre poli. Le ton reste léger, mais la décision est prise. À sa sortie, la chanson intrigue. Elle entre dans les classements. Elle est diffusée en radio, reprise dans les galas. Elle devient rapidement un de ses plus gros succès de l’année 1964.

« Rien Que Toi » reprend « You’ll Never Walk Alone », extrait de la comédie musicale Carousel. Le morceau, devenu hymne de stades, reste ici dans un format sobre. La voix ne monte jamais trop haut. Pas de chœur, pas d’orchestre gonflé. Juste une phrase répétée. Un lien intime, personnel. La version passe plus discrètement. Elle ne rencontre pas le même accueil que la face A. Mais elle s’inscrit dans un ton, une ligne : celle de l’encouragement doux, sans démonstration.

« Écoute Dans Le Vent » est l’adaptation de « Blowin’ In The Wind », écrite par Bob Dylan en 1962. Richard Anthony la reprend en français. Il n’y met pas de colère. Il ne crie pas. Il pose les questions. Doucement. Une voix tranquille sur un texte grave. La chanson dépasse les cercles militants. Elle touche un public plus large. Elle devient une pièce récurrente de son répertoire. Elle traverse les décennies. Elle reste associée à son nom en France.

« Elle A Dit Non », reprise de « Laddy Lo », referme le disque. Le tempo est rapide. Le sujet net : un refus. Pas de drame, pas de poursuite. Elle dit non, et il s’arrête là. Le morceau est bref. Il contraste avec la densité de la face B. Il conclut sans détour, sans fioriture. Une sortie en point final.

Richard Anthony, voix douce sur chansons dures

Richard Anthony est né au Caire en 1938. Il grandit entre l’Argentine et la France. Il parle cinq langues. Il écoute du jazz, du rock, du classique. En 1958, il enregistre ses premiers 45 tours. Il adapte des succès venus d’Amérique. Il impose un style : propre, net, franc. En 1964, il a déjà enchaîné plusieurs disques à succès. « Donne-moi Ma Chance », « À Toi De Choisir », « Un Moment De Bonheur ».

Avec le 45 tours « A Présent, Tu Peux T’en Aller », il marque un coup d’arrêt. Il ne supplie plus. Il congédie. Il affirme. Le morceau devient l’un de ses plus gros tubes. Il reste associé à cette rupture calme, posée, définitive. Sur la même galette, il reprend Bob Dylan, Rodgers & Hammerstein, Dusty Springfield. Il ne copie pas. Il traduit. Il reformule. Il interprète.

Un virage stratégique

Ce disque confirme un changement. Richard Anthony n’est plus seulement le chanteur des slows et des adaptations. Il commence à imposer une sélection plus exigeante. Il cherche des textes forts. Des titres internationaux à recontextualiser. Le public suit. Les ventes continuent. Les salles sont pleines.

Ce 45 tours devient un jalon. Une rupture maîtrisée. Une passerelle entre les romances d’avant et les interprétations fortes à venir. Un disque à écouter seul, sans bruit autour.

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