Richard Anthony – Embrasse Moi – 1977

Richard Anthony, en 1977, murmure l’amour et la fin d’un monde sur vinyle.

Un 45 tours suspendu entre passion latine et drame silencieux

En 1977, Richard Anthony revient avec un 45 tours où la tension du cœur s’exprime en deux langues. Sur la face A, « Embrasse Moi », adaptation du tube espagnol « Abrázame » de Julio Iglesias. Une chanson lente, portée par une voix posée, sur un texte signé Pierre Delanoë. L’amour y apparaît fragile, urgent, brûlant. Trois minutes quarante de demande muette, d’étreinte suspendue.

Face B, changement de ton mais même intensité : « À L’Aube Du Dernier Jour ». Derrière cette version française se cache « Little Does She Know », succès du groupe britannique The Kursaal Flyers. Le texte est adapté par Pierre Loiseau. Un homme regarde partir celle qu’il aime. Il sait. Elle ne sait pas encore. L’aube comme dernier témoin.

Richard Anthony n’a plus les chiffres de ses débuts, mais il poursuit. Il enregistre, il adapte, il persiste. Sa voix a mûri. Moins yéyé, plus grave. Ce disque de 1977 s’inscrit dans une époque plus feutrée. Une fin de décennie entre désenchantement doux et balancements amoureux.

La pochette le montre assis, regard fixe, costume beige. Il ne sourit pas. Il attend. Entre deux mondes. Deux langues. Deux chansons.

A – Embrasse Moi (Abrazame)

Embrasse Moi est la version française du tube « Abrázame », sorti en 1975 par Julio Iglesias. L’original, ballade mélancolique écrite avec Rafael Ferro, devient rapidement un standard de la chanson romantique en langue espagnole. Pour la version française, c’est Pierre Delanoë qui signe l’adaptation. Il conserve l’intimité du texte, son urgence douce, son appel direct.

À sa sortie en 1977, Richard Anthony en fait un morceau central de ses concerts. Il le chante sur les plateaux de Antenne 2, dans quelques galas d’été. Le titre ne devient pas un tube au sens commercial. Mais il reste dans le cœur des auditeurs fidèles. Lent, intense, sans fioriture. Une déclaration à voix basse.

À L’Aube Du Dernier Jour est l’adaptation du morceau « Little Does She Know », titre du groupe The Kursaal Flyers, sorti en 1976. Texte dramatique, orchestration pop, récit d’un départ en silence. La version anglaise raconte l’ironie amère d’un homme qui prépare sa fuite pendant que sa compagne, insouciante, continue sa routine. En français, l’histoire reste, le style change.

Pierre Loiseau adapte le texte pour Richard Anthony. L’humour noir devient résignation. La rupture se fait douce. Le morceau, plus confidentiel, n’est pas promu à grande échelle. Peu diffusé, peu commenté. Mais il boucle le 45 tours avec cohérence. Deux chansons, deux adieux.

Richard Anthony, entre reprises internationales et retour discret en 1977

À la fin des années 70, Richard Anthony poursuit sa route. Né en 1938 au Caire, il a conquis les années 60 avec des reprises en cascade : « J’entends siffler le train », « Aranjuez mon amour », « Ce monde ». Polyglotte, touche-à-tout, il enregistre dans plusieurs langues, s’exporte en Europe, adapte aussi bien des tubes américains que latino-américains. Entre deux décennies, il ralentit. Il n’est plus en tête des ventes, mais il continue d’enregistrer, de tourner, de chanter.

En 1977, il choisit deux reprises étrangères. « Abrázame », écrite par Julio Iglesias et Rafael Ferro, devient « Embrasse Moi ». L’adaptation est confiée à Pierre Delanoë, pilier de la chanson française. Le second titre, « À L’Aube Du Dernier Jour », est une version de « Little Does She Know » du groupe britannique The Kursaal Flyers, traduit par Pierre Loiseau. Deux regards sur l’amour qui vacille. Deux adieux sans cris.

Des chansons entre deux mondes

La voix de Richard Anthony a changé. Moins solaire, plus grave. Ces morceaux n’ont pas marqué les classements, mais ils prolongent une fidélité : celle d’un artiste à son public, à son instinct, à cette idée de transmission. Il ne compose pas, il interprète. Il traduit, il incarne. Et il le fait sans esbroufe, avec cette retenue qui l’a toujours caractérisé.

Ce 45 tours de 1977 est une capsule discrète dans une carrière vaste. Ni retour, ni adieu, mais une continuité. Une manière douce d’occuper encore la scène, à sa façon. Un disque à écouter comme une confidence tardive.

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