Richard Anthony – J’irai Twister Le Blues – 1962

Un train, de la pluie, et du twist : Richard Anthony en 1962

En 1962, les jeunes twistent pendant que les trains s’en vont

Un piano, une basse qui pousse, une voix nette. En 1962, Richard Anthony sort un 45 tours qui résume toute une époque. Il commence avec « J’irai Twister Le Blues ». Une promesse de danser sur ce qui fait mal. C’est du twist, mais pas naïf. Il veut faire bouger les corps, sans oublier les histoires d’adultes. Sur le même sillon, « Reviens Vite, Mon Amour », adaptation de « Lover, Please », mêle urgence et romantisme sec. La voix ne supplie pas. Elle appelle. Elle frappe droit.

À ce moment-là, Richard Anthony est partout. Il vient de sortir « Tu Peux La Prendre ». Il enchaîne les galas, les émissions, les enregistrements. Il sort ce disque dans la foulée. Pas un simple produit. Un miroir. Sur la face B, il calme tout. « J’entends Siffler Le Train ». Trois minutes suspendues. Le silence derrière les rails. Une chanson qui glace. C’est la France des départs. Celle qui retient ses larmes. Et pour finir : « J’irai Pleurer Sous La Pluie ». Une phrase. Un rideau d’eau. Une pudeur totale. Il pleure seul. Et personne ne doit voir.

Quatre titres. Quatre climats. Un disque qui ne cherche pas la lumière facile. Il veut danser, puis faire taire. Il veut le twist, la fuite, et la pluie. Une tension d’époque. En moins de dix minutes.

A1 – J’irai Twister Le Blues / A2 – Reviens Vite, Mon Amour

« J’irai Twister Le Blues » ouvre le disque. Adaptée par Richard Anthony depuis le « Twistin’ To The Blues » de Buddy Greco, la chanson fusionne la structure du blues avec l’énergie du twist. Le résultat est frontal, efficace. Il chante l’envie de danser malgré les bleus à l’âme. Le morceau épouse parfaitement la mode du moment. Sur scène, il l’interprète en costume-cravate, entouré d’un orchestre, le public frappe des mains. Il passe à la radio, dans les cabarets, sur les jukebox de province.

« Reviens Vite, Mon Amour » enchaîne. Version française de « Lover, Please », le morceau conserve son tempo rapide, son ton implorant. Le texte, signé André Salvet, demande simplement le retour d’un amour parti. L’original avait été écrit par Billy Swan pour Elvis Presley, mais refusé. C’est Clyde McPhatter qui le rend célèbre aux États-Unis. En France, la version Anthony fonctionne. Les radios l’intègrent à leur rotation. Le public le fredonne dans les bals du samedi soir.

« J’entends Siffler Le Train » devient rapidement l’un des titres emblématiques de Richard Anthony. Adaptée d’un air américain, la chanson est réécrite en français par Jacques Plante. Elle raconte l’attente, la séparation, le départ. À sa sortie, elle frappe par sa retenue. Pas d’excès. Juste une voix posée sur une mélodie en suspension. Le morceau est diffusé en boucle à la radio. Il devient disque d’or. Des décennies plus tard, il reste associé au chanteur, au point d’être cité dans les anthologies de la chanson française.

« J’irai Pleurer Sous La Pluie » est l’adaptation de « Crying In The Rain », chanson signée Carole King et Howard Greenfield pour le duo The Everly Brothers. Ici, Richard Anthony choisit de ne pas forcer l’émotion. Il pose sa voix avec discrétion. L’homme dit qu’il va pleurer dehors, pour que personne ne voie. Le texte français reste pudique, sans débordement. Le titre n’a pas le même retentissement que celui du train, mais il complète le disque avec cohérence. Il installe une autre facette de l’artiste : celle de l’homme seul, digne, et triste.

Richard Anthony, roi du twist et du train en 1962

Richard Anthony naît au Caire en 1938, dans une famille polyglotte. Il vit en Argentine, puis en France. Il écoute Glenn Miller, Nat King Cole, Bill Haley. En 1958, il sort ses premiers disques. Il reprend « You Are My Destiny » de Paul Anka. Son style se précise : des hits anglo-saxons réécrits en français, avec une diction propre, une voix posée, des orchestrations sobres.

En 1962, il publie le 45 tours « J’irai Twister Le Blues ». Le disque synthétise son approche. Deux titres dansants. Deux titres mélancoliques. Il vise tous les publics. Le twist fonctionne. La presse parle du « gentleman du rock ». Il ne crie pas, ne gesticule pas. Il adapte. Il installe. Il convainc. « J’entends Siffler Le Train » devient son plus grand tube. Le titre est repris, rediffusé, réédité. Il est encore joué en boucle cinquante ans plus tard. Il entre dans les manuels, les classements, les mémoires collectives.

Une trajectoire installée en quatre chansons

Ce 45 tours ouvre une série de succès. Richard Anthony devient une star. Il rivalise avec Johnny Hallyday, Claude François, Adamo. Mais son registre reste unique. Il ne cherche pas la démesure. Il choisit l’adaptation maîtrisée. Entre 1962 et 1966, il classe plus de 20 titres dans les meilleures ventes. Il vend des millions de disques. Il tourne dans les galas, les émissions télé, les radios régionales.

« J’irai Twister Le Blues » reste un témoignage précieux. Il capture l’instant où la France balance entre l’Amérique et ses propres refrains. Un disque à écouter comme une photo d’époque. Dans un train. Sous la pluie. Ou en train de danser.

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