Richard Anthony – Le Grand Meaulnes – 1967

Richard Anthony embarque 1967 dans un rêve éveillé avec « Le Grand Meaulnes ».

Un 45 tours entre roman d’enfance, fleurs psychédéliques et nuits sans sommeil

À l’automne 1967, Richard Anthony sort un 45 tours où les rêves d’adolescence croisent les volutes d’un monde en bascule. Quatre titres, quatre paysages, entre adaptation littéraire, pop californienne et murmure sentimental. Le disque s’ouvre sur « Le Grand Meaulnes », tiré du film inspiré du roman d’Alain-Fournier. Trois minutes pour évoquer les bois du Sologne, les escapades d’Augustin Meaulnes, et l’amour perdu d’Yvonne de Galais.

En face A toujours, une reprise audacieuse de « Let’s Go to San Francisco », tube psychédélique des Flower Pot Men. Devenu « Il Faut Croire Aux Étoiles », le titre conserve ses effluves de liberté. Tony Meehan aux arrangements, F. Gerald à l’adaptation. Dans la version française, plus de route vers Haight-Ashbury, mais un appel à croire, tout simplement. Le voyage reste intact.

Face B, « Comment Tu Fais », version française de « Sand » de Lee Hazlewood. Christie Laume, demi-sœur de France Gall, y prête sa voix. Duo suspendu, dialogue de sentiments, ornementé par Charles Blackwell. Dernière escale : « Pour Toi Qui Dors », berceuse d’ombres écrite par Christine Fontane et Jean-Pierre Morlane. Mélancolie de fin de soirée, discrètement orchestrée par Tony Meehan.

Richard Anthony enchaîne alors les succès depuis « Nouvelle Vague » ou « J’entends siffler le train ». Il mélange les genres, adapte des tubes étrangers, explore l’anglais, l’italien, l’allemand. Ce disque de 1967 prolonge une veine hybride, mi-pop, mi-chanson, où chaque morceau devient un tableau de son époque.

A1 – Le Grand Meaulnes / A2 – Il Faut Croire Aux Étoiles

Le Grand Meaulnes ouvre le disque. Adapté du film éponyme sorti en 1967, le titre plonge dans l’univers d’Alain-Fournier. L’histoire d’un adolescent, entre errance et éblouissement. Richard Anthony traduit cette atmosphère en chanson. L’arrangement de Christian Chevallier pose le décor, feutré, mélancolique. Trois minutes pour retrouver Yvonne de Galais, la fête étrange, l’absence.

Diffusé sur les ondes dès l’hiver 1967, le morceau s’inscrit dans la tradition des adaptations cinématographiques. Jean-Pierre Bourtayre et Louis Amade signent les paroles. Le titre passe en radio, s’insère dans les émissions télé. Les fans de Richard Anthony retrouvent une voix familière, mais dans un décor nouveau : littéraire, sombre, élégant.

Des étoiles au bout de la route

Il Faut Croire Aux Étoiles poursuit la face. Version française de « Let’s Go To San Francisco », le titre des Flower Pot Men sorti quelques mois plus tôt. Adaptation signée F. Gerald, direction musicale confiée à Tony Meehan, ancien batteur des Shadows. Les guitares planent, les harmonies flottent. Mais le message se transforme : plus de ville à rejoindre, seulement une croyance, presque mystique, en l’au-delà des choses.

Le morceau rencontre son public. Il circule en radio, dans les bals. Il s’ancre dans cette fin d’année 67, entre flower power et quête intérieure. Un pont entre la Californie de 1967 et la France du même moment, moins exubérante, plus rêveuse.

Comment Tu Fais entame la face B. Reprise du morceau « Sand » de Lee Hazlewood, interprété à l’origine avec Nancy Sinatra. En français, c’est Christie Laume qui accompagne Richard Anthony. Leur duo glisse, calme, feutré. Adaptation de Pierre Delanoë, arrangements de Charles Blackwell. Échange sentimental, tension douce, confession à deux voix.

Le public découvre Christie Laume, jeune chanteuse alors au début de sa carrière. Demi-sœur de France Gall, elle enregistre avec Anthony sur quelques titres, sans véritable suite. Le duo intrigue. Pas de clip, mais des diffusions sur Europe 1, RTL, RMC. Un titre discret, presque confidentiel.

Clôture nocturne

Pour Toi Qui Dors ferme le disque. Ballade lente, paroles de Christine Fontane et Jean-Pierre Morlane, orchestration signée Tony Meehan. Trois minutes pour dire l’attente, le silence, la nuit. Moins diffusé que les autres titres, le morceau s’adresse aux initiés. Il clôt une séquence douce, suspendue, entre rêverie et désillusion.

Le disque s’achève là, sans esbroufe. Une dernière note s’éteint. Et Richard Anthony referme doucement son année 1967.

Richard Anthony, voyageur discret entre les styles et les langues

Richard Anthony naît à Le Caire en 1938. De son vrai nom Ricardo Btesh, il grandit entre l’Égypte, l’Argentine et la France. Polyglotte, mélomane, il débute comme représentant de commerce avant d’enregistrer ses premières adaptations. Dès 1958, il transforme des succès anglo-saxons en tubes français. « Peggy Sue », « Nouvelle Vague », « J’entends siffler le train » balisent les années 60. Il vend des millions de disques. Il chante aussi bien en allemand, italien, espagnol qu’en français.

En 1967, il sort ce 45 tours aux teintes variées. Quatre titres, dont deux adaptations internationales. Ce n’est pas un cas isolé dans sa carrière. Richard Anthony multiplie les versions françaises de titres américains ou anglais. Il y impose sa voix, douce, reconnaissable entre mille. Ses arrangements oscillent entre pop orchestrée et chanson intimiste.

Entre Pathé Marconi et EMI

Le disque est publié chez Columbia, filiale de Pathé Marconi, sous le label ESRF 1889. Il est pressé à Chatou, par les usines Pathé. La pochette est signée Tony Franck, photographe actif dans le monde de la variété française. Les arrangements sont répartis entre Christian Chevallier, Tony Meehan et Charles Blackwell. Les auteurs adaptent des titres signés Hazlewood, Carter, Lewis.

À cette époque, Richard Anthony prépare déjà la suite. Il participera au Gala de l’Union, se produira à L’Olympia, enregistrera en italien. Sa carrière continue jusqu’aux années 80, avant un retrait progressif. Il meurt en 2015, à Pégomas. Ce disque de 1967 reste l’un des instantanés les plus singuliers de sa production. Une photographie musicale de cette époque entre deux mondes.

Quatre chansons à (re)découvrir, casque aux oreilles, yeux mi-clos.

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