Richard Anthony – Tu Peux La Prendre – 1961

Un twist, une poignée de terre et des adieux sur fond de yé-yé.

Richard Anthony mêle groove américain et sentiments en 1961

En 1961, alors que le twist envahit les pistes de danse françaises, Richard Anthony enchaîne les adaptations anglo-saxonnes. Sur le 45 tours Tu Peux La Prendre, il propose quatre titres, tous issus du répertoire américain. Une fois encore, il francise, adoucit ou réinvente, selon les morceaux. L’ensemble donne un disque hybride, entre rupture amoureuse, foi retrouvée, danse collective et espoir messianique.

La face A s’ouvre sur « Tu Peux La Prendre », version française de « You Can Have Her » de Roy Hamilton. Suit « Avec Une Poignée De Terre », adaptation de « A Hundred Pounds of Clay », succès de Gene McDaniels. Sur la face B, place au célèbre « Let’s Twist Again » de Chubby Checker, puis à « Laissez Entrer Le Ciel », adaptation de « Let The Sunshine In » parue avant le succès mondial de la comédie musicale Hair.

Une palette complète entre désillusion, foi et tube dansant

Les orchestrations sont assurées par Christian Chevallier, les chœurs par Les Angels, fidèles compagnons de studio. La photographie est signée Claude Poirier, dans un style sobre et classique. Ce disque, sans tube équivalent à « Itsy Bitsy », marque cependant une étape importante : il montre la capacité de Richard Anthony à embrasser tous les registres américains, du rhythm & blues au twist, en passant par les ballades spirituelles.

A1 – Tu Peux La Prendre / A2 – Avec Une Poignée De Terre

« Tu Peux La Prendre » est l’adaptation de « You Can Have Her », chanson écrite par Bill Cook et popularisée par Roy Hamilton en 1961. En France, c’est André Salvet qui signe la version française. Richard Anthony y campe un homme trahi, blessé, qui abandonne une femme volage à son rival. Le ton est ferme, presque fataliste, et contraste avec les morceaux plus joyeux de son répertoire. Le titre conserve l’énergie de l’original mais avec une diction posée, volontaire.

« Avec Une Poignée De Terre » adapte « A Hundred Pounds of Clay », chanson gospel-soul écrite par Luther Dixon, Bob Elgin et Kay Rogers, enregistrée par Gene McDaniels. La version française est signée Michel Roblin et Raymond Revil. Le texte célèbre la création de la femme par Dieu avec une poignée de terre. Dans la bouche de Richard Anthony, le message spirituel devient plus discret, presque poétique, adouci par l’arrangement musical.

Sur la face B, « Let’s Twist Again » est la version française du hit dansant de Chubby Checker, écrit par Kal Mann et Dave Appell. Sorti aux États-Unis en 1961, le titre relance la mode du twist entamée l’année précédente. Richard Anthony livre une interprétation fidèle, bien rythmée, accompagnée par Les Angels. Le morceau séduit le jeune public sans bouleverser les classements français.

« Laissez Entrer Le Ciel » referme le disque sur une tonalité plus recueillie. Cette adaptation d’un morceau américain signé Teddy Randazzo, Bobby Weinstein et Billy Barberis, propose un message d’ouverture et d’apaisement. Le texte en français est confié à Jacques Plante. Richard Anthony y adopte un ton calme, presque introspectif, soutenu par une orchestration souple dirigée par Christian Chevallier.

Un disque spirituel, sentimental et dansant : l’Amérique en quatre nuances.

Avec cet EP de 1961, Richard Anthony poursuit son travail d’adaptation du répertoire américain. Sans tube retentissant, ce 45 tours montre pourtant toute sa palette : colère contenue dans « Tu Peux La Prendre », spiritualité dans « Avec Une Poignée De Terre », joie communicative dans « Let’s Twist Again », et prière finale avec « Laissez Entrer Le Ciel ». Chaque titre traduit une facette d’un chanteur soucieux de coller aux tendances sans jamais forcer sa voix.

Le disque reçoit un accueil favorable sans marquer profondément les classements. Il s’adresse à un public plus large, allant des jeunes danseurs aux amateurs de textes plus profonds. Ce n’est pas un EP de rupture, mais de consolidation. Richard Anthony y confirme qu’il peut tout chanter, tant qu’il le fait à sa manière. Un 45 tours à redécouvrir comme un patchwork élégant de l’Amérique popularisée en français.

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