Newcastle, 1964 : une bande de gamins joue un air venu de Louisiane
Le 18 juin 1964, cinq jeunes Anglais débarquent dans les studios De Lane Lea à Londres. Ils s’appellent Eric Burdon, Alan Price, Hilton Valentine, Chas Chandler et John Steel. Ils viennent de Newcastle-upon-Tyne, une ville ouvrière du nord-est de l’Angleterre. Ils forment The Animals. Ce jour-là, ils enregistrent The House Of The Rising Sun, un air traditionnel américain arrangé par Alan Price. L’enregistrement ne dure que quatre minutes. Une seule prise. Le producteur Mickie Most ne touche à rien. Le résultat est envoyé à la BBC. L’histoire est lancée.
La chanson est une bombe. L’orgue Vox électrique d’Alan Price ouvre le bal. La voix râpeuse d’Eric Burdon entre, lente, menaçante. Le texte évoque une maison de perdition à La Nouvelle-Orléans. Le morceau dure quatre minutes quinze, une hérésie pour l’époque. Malgré tout, la BBC le programme. Le public est hypnotisé. À peine diffusé, le titre grimpe en flèche dans les classements.
Un vinyle français au format Présence Mondiale
En France, le morceau sort dans la série Présence Mondiale de Columbia. Référence : ESRF 1571. La pochette est sobre, étiquette verte, sobrement typographiée. Le 45 tours propose quatre titres : The House Of The Rising Sun, Talkin’ About You, Gonna Send You Back To Walker et Baby Let Me Take You Home. Il est distribué par Pathé Marconi, pressé à Chatou et imprimé par S.I.A.T.. C’est un disque essentiel, brut, sans détour.
Un air vieux d’un siècle réinventé par cinq jeunes Anglais
À l’origine, The House Of The Rising Sun est un chant populaire du XIXe siècle. Les premières versions connues remontent à 1905. Les paroles, transmises oralement, racontent l’histoire d’un homme (ou d’une femme) ruiné(e) par la débauche, le jeu, ou la prostitution, dans une maison nommée Rising Sun à La Nouvelle-Orléans. L’Amérique profonde connaît bien ce thème. Il est repris par Woody Guthrie, Leadbelly, puis Bob Dylan en 1962. Mais aucun ne l’interprète comme The Animals. Leur version n’adoucit rien. Elle fait entendre la douleur, sans filtre. Le public y croit.