Le succès de “Words” propulse l’album Colour au sommet des charts britanniques en janvier 1990. L’album décroche la première place, surpassant même le score de leur premier disque qui avait culminé à la deuxième position. Cette réussite commerciale confirme l’évolution artistique du groupe de Liverpool et leur capacité à renouveler leur approche musicale. The Christians enchaînent les succès depuis 1987 avec une régularité remarquable. Leur premier album avait généré cinq singles dans le top 40 britannique : “Forgotten Town”, “Hooverville”, “When The Fingers Point”, “Ideal World” et “Born Again”. Le groupe avait aussi marqué les esprits avec leur reprise de “Harvest For The World” des Isley Brothers en 1988, atteignant la 8e place au Royaume-Uni. Ce titre caritatif avait bénéficié d’un clip en animation réalisé par quatre compagnies spécialisées, dont Aardman Animations, et remporté plusieurs prix.
Les racines liverpooliennes du succès
Formé en 1985 par les trois frères Christian – Garry né le 27 février 1955, Roger né le 13 février 1950, et Russell né le 8 juillet 1956 – et Henry Priestman, le groupe tire son nom du patronyme familial. Paradoxalement, Christian est aussi le deuxième prénom d’Henry Priestman, né Henry Christian Priestman le 21 juin 1955 à Kingston-upon-Hull mais élevé à Liverpool. Les frères Christian sont issus d’une famille nombreuse née d’un père jamaïcain ingénieur et d’une mère blanche de Liverpool. Cette origine métissée influence leur approche de la soul music. Roger Christian quitte la formation dès 1987, réticent aux tournées intensives, pour se consacrer à un projet solo. La formation initiale comprenait aussi Paul Barlow à la batterie, Mike Bulger à la guitare et aux chœurs, et Tony Jones à la basse. Henry Priestman apporte son expérience musicale acquise notamment avec son groupe précédent Yachts, qui avait fait les premières parties des Sex Pistols en 1977 et de The Who lors d’une tournée européenne en 1979.
Une “soul consciente” qui marque son époque
La critique musicale décrit The Christians comme “The Temptations en jeans déchirés”, soulignant leur capacité à moderniser la soul traditionnelle. Le groupe développe une “soul consciente” qui impacte la scène musicale britannique de la fin des années 1980. Leurs textes politiquement engagés les rapprochent de formations comme The Blow Monkeys, tandis que musicalement ils explorent les harmonies classiques de groupes comme The Persuasions. AllMusic classe le groupe dans le registre du “blue-eyed soul”, mélange de soul et de rhythm and blues interprété par des musiciens blancs. The Christians s’impliquent régulièrement dans les causes caritatives. En 1989, ils participent au single “Ferry Cross The Mersey” aux côtés de Paul McCartney, Holly Johnson et Gerry Marsden pour venir en aide aux victimes de la tragédie de Hillsborough. Le single reste numéro un trois semaines consécutives au Royaume-Uni et se classe 5e en Allemagne.
L’héritage d’Henry Priestman
Henry Priestman joue un rôle central dans le succès des Christians. Né à Kingston-upon-Hull mais élevé à Liverpool, il étudie à la Woodleigh School dans le Yorkshire du Nord puis à la Quaker School de Leighton Park. Sa carrière musicale débute dans les années 1970 avec Yachts, groupe qui évolue dans la mouvance punk et new wave. Avec The Christians, il développe ses talents de compositeur, arrangeur et producteur. Il co-écrit les paroles de “Ideal World”, “Hooverville” et “Sad Songs” avec Mark Herman pour le premier album du groupe. Parallèlement à son travail avec The Christians, Henry Priestman multiplie les collaborations. Il compose la musique du film “Blame It On The Bellboy” en 1991, produit des singles pour Ian McCulloch d’Echo & The Bunnymen en 1992, et travaille sur des bandes sonores pour la BBC, notamment pour l’émission “The Natural World”. En 2003, il produit l’album “In Your Own Time” de Mark Owen, qui atteint la 5e place des charts britanniques. Cette polyvalence illustre l’ampleur de ses compétences musicales.
Un avenir incertain mais prometteur
Après le succès de “Words”, The Christians poursuivent leur ascension. L’album Colour génère d’autres singles comme “I Found Out” qui atteint la 56e place au Royaume-Uni et la 22e en France, puis “Greenbank Drive” classé 63e britannique. Le groupe prépare déjà son troisième album Happy In Hell, prévu pour 1992. Les tournées se multiplient à travers l’Europe, confirmant leur statut international. “Words” illustre parfaitement la capacité des Christians à allier accessibilité radiophonique et profondeur artistique. Ce single demeure un passage obligé pour découvrir l’âge d’or de cette formation de Liverpool qui a su conquérir l’Europe entière.