Salvatore Cutugno, dit Toto Cutugno, naît le 7 juillet 1943 à Fosdinovo, en Toscane. Son père Domenico est sous-officier de la Marina militare, originaire de Barcellona Pozzo di Gotto en Sicile. Sa mère Olga est femme au foyer. La famille déménage à La Spezia, en Ligurie, quand Toto a cinq ans. C’est dans cette ville qu’il vit un drame terrible. Sa sœur Anna, âgée de sept ans, meurt sous ses yeux en s’étouffant en mangeant des gnocchis. Quelques mois plus tard naît son frère Roberto. Il a une autre sœur, Rosanna, qui subit une opération du cœur dans son enfance. Son père trompettiste s’endette pour cette opération et met plus de vingt ans à la rembourser, jusqu’en 1978, deux ans avant sa mort. C’est ce père musicien qui initie Toto à la musique. À neuf ans, le garçon joue du tambour dans le groupe paternel. Durant son enfance, il apprend la batterie, la guitare, le piano et le saxophone.
À dix-neuf ans, Toto Cutugno fonde son premier groupe, Toto e i Tati. En 1975, il crée son second groupe, Albatros, avec Lino Losito et Mario Limongelli. L’année suivante, Albatros participe au Festival de Sanremo pour la première fois et termine troisième avec la chanson Volo AZ 504. Parallèlement à sa carrière d’interprète, Cutugno se lance dans l’écriture de chansons. Il compose pour le chanteur franco-américain Joe Dassin certains de ses plus grands succès. Il signe les mélodies de L’été indien, Et si tu n’existais pas, Le Jardin du Luxembourg, Salut, Et l’amour s’en va. Ces titres deviennent des classiques de la chanson française. Cutugno collabore également avec Michel Sardou en composant les mélodies d’En chantant et de Musica. Pour Dalida, il écrit Voglio l’anima, qui devient en français Laissez-moi danser Monday Tuesday. C’est Orlando, le frère et producteur de Dalida, qui perçoit le potentiel de la chanson et en propose une adaptation. La version française de Dalida sort en 1979 et connaît un immense succès. Cutugno compose aussi pour Johnny Hallyday Derrière l’amour, pour Claude François Écoute ma chanson, pour Gérard Lenorman Voici les clés, pour Mireille Mathieu Ciao Bambino Sorry, et pour Sheila Kennedy Airport.
La consécration italienne
En 1978, Albatros connaît un nouveau succès avec la chanson Santamaria de Portugal. Toto Cutugno décide alors de quitter le groupe pour se consacrer à sa carrière solo. La même année, il obtient son premier tube en solo avec Donna donna mia, chanson d’ouverture de l’émission télévisée Scommettiamo présentée par Mike Bongiorno sur la RAI. En 1979, il écrit pour Adriano Celentano le titre Soli, qui devient numéro un en Italie. En 1980, Cutugno retourne au Festival de Sanremo et remporte la compétition avec la chanson Solo noi. C’est sa première victoire au festival le plus prestigieux d’Italie. Cutugno devient rapidement l’un des chanteurs les plus populaires de la péninsule.
L’histoire de L’italiano commence en 1981 dans un restaurant de Toronto, au Canada. Ce soir-là, Toto Cutugno vient de jouer devant trois mille cinq cents personnes. Dans le restaurant, il réalise que les sept mille yeux qui le regardent sont tous des yeux italiens. Il se dit qu’il va écrire une chanson pour ces gens-là, pour tous ces expatriés italiens qui vivent loin de leur pays. La genèse de la chanson remonte donc à 1981. Au départ, Cutugno souhaite confier l’interprétation à Adriano Celentano, la plus grande star italienne de l’époque. Mais Celentano refuse catégoriquement. Il se fige et déclare qu’il n’a pas besoin de dire qu’il est un vrai italien, parce qu’il l’est déjà. Cutugno décide alors de garder la chanson pour lui.
Le triomphe de Sanremo
Toto Cutugno présente L’italiano à la trente-troisième édition du Festival de Sanremo en 1983. La chanson ne termine que cinquième. Mais ce classement ne reflète absolument pas le destin exceptionnel qui attend le morceau. Dès sa sortie, L’italiano devient un phénomène. Le refrain entêtant Lasciatemi cantare con la chitarra in mano lasciatemi cantare sono un italiano fait vibrer toute l’Italie. Les expatrés italiens du monde entier s’approprient cette chanson qui célèbre leur identité. Le titre atteint le numéro un en Italie et en Suisse. En France, L’italiano grimpe à la deuxième place du Top 30 mensuel en juillet 1983. En Allemagne, la chanson se classe vingt-troisième. Le succès dépasse toutes les frontières. L’italiano séduit également le public en Israël, en Iran et en Corée du Sud. La chanson se vend à environ cent millions d’exemplaires dans le monde. Toto Cutugno a écrit, sans le savoir, l’hymne non officiel de tous les Italiens de la planète.
Hervé Vilard, connu pour Capri c’est fini, adapte L’italiano en français avec l’aide de Didier Barbelivien. La version française s’intitule Méditerranéenne. Elle sort en 1983 comme premier single de l’album Ensemble d’Hervé Vilard. Le titre s’écoule à plus de six cent mille exemplaires. Toto Cutugno compose également les mélodies de deux autres titres du chanteur français, Nous et Reviens. Cutugno explique que sa chanson n’a aucun lien avec la victoire de l’équipe d’Italie à la Coupe du monde de football de 1982. La confusion persiste pourtant dans l’esprit de nombreux auditeurs qui associent les deux événements.